Arboriculture : bien gérer ses couverts végétaux spontanés sur l’interrang
Comment entretenir l’enherbement spontané sur l’interrang de son verger sans augmenter le risque de gel, la concurrence hydrique ou la présence de ravageurs ? Le projet Greenfruit donne des réponses.
Comment entretenir l’enherbement spontané sur l’interrang de son verger sans augmenter le risque de gel, la concurrence hydrique ou la présence de ravageurs ? Le projet Greenfruit donne des réponses.
Sur l’interrang en verger, vaut-il mieux avoir un couvert spontané haut ou bas ? Les arboriculteurs sont nombreux à se poser la question. En Nouvelle-Aquitaine, la station d’expérimentation Invenio s’est penchée sur le sujet, dans le cadre du projet Greenfruit (septembre 2022-février 2026) dont elle est partenaire.
Pour réduire le risque de gel, faut-il préférer un couvert haut ou un sol le plus nu possible, et donc un broyage du couvert juste avant le gel ?
La réponse dépend de votre méthode de lutte contre le gel. Ainsi, choisissez plutôt un couvert haut dans le cadre d’une lutte active (aspersion sous frondaison) et un couvert bas dans le cadre d’une lutte passive (sans aspersion). « Un couvert haut sans lutte par aspersion, ce n’est pas intéressant », résume Christine Béasse, chargée de programme sol à Invenio, lors d’un webinaire Greenfruit.
Cela s’explique par des phénomènes physiques. « Le couvert bas permet de mettre en œuvre une méthode de lutte passive car la nuit, le sol restitue la chaleur à l’atmosphère et un sol nu, humide et tassé restitue mieux qu’un sol aéré et plus sec, la chaleur circulant mieux dans l’eau que dans l’air », explique l’experte.
Et dans le cas d’une lutte par aspersion, c’est paradoxalement la glace formée sur le couvert qui réduit le risque de gel. « Il s’agit, par la formation de glace sur le couvert ou le mulch, de libérer de l’énergie puisque le passage de l’eau liquide à l’eau gelée libère de l’énergie qui réchauffe l’atmosphère, et cela nécessite plutôt un couvert haut pour la prise en masse de la glace », souligne Christine Béasse.
Pour limiter la concurrence hydrique entre le couvert végétal et les arbres, faut-il automatiquement s’interdire les couverts hauts, et toujours privilégier les couverts bas ?
La réponse est non, car les couverts hauts ne consomment pas nécessairement plus d’eau, comparés à des couverts bas, si on regarde à l’échelle de la saison, et pas seulement juste après la fauche. Christine Béasse décrypte le phénomène à l’œuvre : « Immédiatement après la fauche, on a moins de feuilles. Qui dit moins de feuilles, dit moins de transpiration et moins de consommation d’eau par le couvert. Par contre, sur la saison, la fauche stimule la production de biomasse (plus ou moins selon la période). »
Des mesures en verger de noyer avec un couvert de luzerne ont ainsi permis d’étudier la teneur en eau du sol à différentes profondeurs, selon trois régimes de fauches : une fauche, deux fauches ou trois fauches. « Avec trois fauches, le sol se dessèche en surface, alors qu’en profondeur il reste correctement humidifié, rapporte la référente sol. Lorsqu’on augmente le nombre de fauches, le noyer ne consomme pas plus d’eau à l’inverse de la luzerne qui, sur la saison, en consomme davantage. »
Toujours sur la concurrence hydrique, un autre enjeu est l’ampleur des compartiments explorés par les racines des arbres et celles des couverts, les premières allant bien sûr plus profond. « Lorsque l’arbre et le couvert sont en présence, décrit l’experte, le couvert a tendance à puiser l’eau dans les parties les plus hautes de son compartiment, alors que l’arbre a tendance à la puiser dans les parties les plus basses. » Les espèces s’adaptent donc plutôt bien, et il ne semble pas y avoir ici d’influence du nombre de fauches.
Les couverts favorisent-ils les ravageurs ?
Faucher plus tard et moins souvent est bénéfique à la biodiversité. Mais est-ce que cela favorise plutôt la présence de ravageurs ou d’auxiliaires ? « Globalement, on voit qu’avec un couvert végétal par rapport à un sol nu, on a un petit peu moins d’insectes parasites, pointe Christine Béasse, et que les couverts végétaux favorisent les auxiliaires, notamment les prédateurs. » Elle s’appuie entre autres sur l’étude Judt et al. (2023) basée sur 116 articles car « quand on regarde les études prises individuellement, les résultats peuvent parfois être contradictoires ». Autre point capital : « La présence de couverts n’altère pas la qualité sanitaire des fruits. »
Le projet Greenfruit
Objectif Gestion agroécologique de l’herbe dans les vergers.
Cultures et bassins Principalement noix, châtaigne et prune d’Ente dans le Sud-Ouest et Sud-Est.
Partenaires Senura, station expérimentale de Creysse, Invenio, chambres d’agriculture de Corrèze, Dordogne, Isère et Lot-et-Garonne.