Ananas : que donnent les essais de production en France métropolitaine ?
Des essais du CTIFL de Balandran montrent que la production d’ananas sous serre verre ou tunnel plastique semble possible dans le sud de la France.
Des essais du CTIFL de Balandran montrent que la production d’ananas sous serre verre ou tunnel plastique semble possible dans le sud de la France.
En fin d’été 2026, le centre CTIFL de Balandran, dans le Gard, devrait récolter les premiers ananas issus de son essai de production d’ananas en France métropolitaine. « L’essai a été lancé à la demande des professionnels, indique Amandine Boubennec, ingénieure au CTIFL. Dans le Sud-Est, des abris vieillissants deviennent moins performants pour la tomate. Vu l’évolution climatique dans la région et l’augmentation de la consommation d’ananas, les producteurs ont voulu savoir s’il était possible d’en produire dans ces abris et dans quelles conditions. » L’essai porte sur trois variétés : Cayenne lisse, à gros fruits (de 1,5 à 2 kilos), juteux, acidulé à chair ferme, Queen Victoria, à petits fruits dorés (de 0,9 à 1,5 kilo), croquant, avec une forte production de rejets, et MD2, peu fibreux, utilisé en frais ou en transformation (de 1,3 à 3 kilos). La production est testée sous serre verre, en pots, avec possibilité de chauffage, et sous tunnel plastique simple paroi, en bacs.
Importance de la luminosité
La culture a été implantée à partir de vitroplants. La phase d’acclimatation des plants en petits godets en milieu confiné (température supérieure à 20 °C, forte humidité avec des fogs, filet d’ombrage) réalisée d’octobre 2024 à mars 2025 s’est bien passée, avec un taux de reprise de 99 %.
La culture sous serre verre ou tunnel s’est également bien déroulée. « En janvier 2026, il a fait jusqu’à -2 °C sous tunnel. Les plants, protégés par du P17, n’ont pas souffert du froid. Il y a eu en revanche des mortalités de plants dans le tunnel non chauffé, liées à des Fusarium et Pythiaceae, ce qui nous a amenés à adapter l’irrigation. » La luminosité semble cependant très importante, et le développement de la culture est plus rapide sous serre verre que sous tunnel. « À partir de septembre 2025, la longueur de la feuille de référence des plants était en moyenne 24 % plus élevée sous serre que sous tunnel », indique l’expérimentatrice.
Peu de différences ont été observées entre variétés. Dans toutes les modalités, des fruits s’étaient formés sur les plants mi-janvier, après un test de traitement d’induction florale. « La mise à fruit sans traitement d’induction florale est possible, mais la production est alors moins homogène », précise Amandine Boubennec. Différentes modalités de traitement d’induction florale par application de PRM 12 RP (éthéphon) seront testées (application quand une feuille de référence atteint un poids seuil, application en fin d’automne, application avant le début de printemps).
Un cycle long de 18 à 24 mois
Une fois l’itinéraire technique mis au point, la faisabilité économique sera aussi étudiée. « Les charges sont très limitées pour l’instant, analyse Amandine Boubennec. Il n’y a pas d’éclairage, très peu de chauffage et un seul traitement fongicide en début de culture. L’essentiel du coût pour nous a été l’achat de microplants. Mais par la suite, il sera possible de récolter et replanter des rejets des ananas. La production mobilise aussi de la surface, mais nécessite très peu de main-d’œuvre jusqu’ici. Les seules interventions sont l’acclimatation des plants, qui peut être déléguée, la plantation, l’arrosage, la récolte des fruits et la récolte des rejets. » La durée de cycle, évaluée est de 18 à 24 mois alors que les ananas sont produits en un an à La Réunion, devra aussi être prise en compte, avec la nécessité d’une très bonne valorisation.
Avis de producteur
« Il est essentiel d'installer les plants à l'ombre »
Erven Gicquel, gérant du Tropical Parc, dans le Morbihan cultive de l'ananas depuis dix ans.
« Dans notre parc botanique, nous produisons différents fruits et légumes tropicaux, dans un but pédagogique. La production d’ananas a débuté il y a dix ans à partir de quatre plants de la variété Victoria ramenés de La Réunion. Aujourd’hui, nous en cultivons 150 par an. Au début, comme nous n’utilisions pas de traitement d’induction florale, les floraisons étaient hétérogènes. Aujourd’hui nous maîtrisons mieux la culture. Les plants sont d’abord élevés sous serre, à 5 °C en hiver, puis installés en pleine terre. Ils aiment les terres acides bien drainées, mais pas l’excès d’humidité. Un point essentiel est de les installer à l’ombre. Comme il y a beaucoup d’UV en Bretagne, les fruits mûrissaient avant d’avoir atteint la taille nécessaire. En plantant à l’ombre, ils ont le temps de grossir, puis mûrissent d’eux-mêmes. Les ananas, qui ont la taille de deux grosses pommes, sont très sucrés. »