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Agroforesterie : comment se servir des arbres pour limiter l’érosion des sols sur les coteaux en pente du Sud-Ouest ?

Fortes pentes, abats d’eau, chaleur, sécheresse… dans le Sud-Ouest, les sols sont soumis à des contraintes les exposant à des phénomènes d’érosion. L’agroforesterie fait partie des moyens pour limiter ces pertes de sol. Exemples dans le Tarn-et-Garonne.

Sur la commune de Lafrançaise à proximité de Montauban dans le Tarn-et-Garonne, le relief est tourmenté avec une bonne proportion de parcelles en coteaux. Benoît Legein, agriculteur, doit composer avec. « Nous sommes dans une région avec du relief et de faibles potentiels de rendement qui ne nous aident pas pour les productions de grandes cultures. » L’agriculteur a planté des arbres en agroforesterie sur une parcelle de 3 hectares « qui penche dans tous les sens ». Le champ voisin montre un glissement de terrain sur quelques centaines de mètres carrés. « Ces arbres doivent contribuer à tenir les sols sur le moyen terme, mais la lutte contre l’érosion passe aussi par du non-travail du sol et une couverture végétale permanente avec les couverts d’interculture et les cultures », complète-t-il. L’agriculteur est en agriculture de conservation des sols (ACS) depuis 2015.

Les arbres sont encore jeunes : ils ont été plantés en 2022-2023. Benoît Legein remarque un effet de la bande végétale, au pied des arbres alignés tous les 6 mètres, qui limite l’érosion sur la pente en dévers en freinant le ruissellement de l’eau. « Je prends soin de garder une végétation assez haute sur cette bande pour optimiser cet effet », précise-t-il. La parcelle comprend quatre alignements d’arbres espacés de 27 mètres pour permettre le passage du pulvérisateur large de 24 mètres.

Un financement quasi intégral des plantations

« La plantation en agroforesterie ne m’a rien coûté sur les plants, les protections… La recherche de subventions a été assurée par l’association Campagne vivantes 82 », informe Benoît Legein. Chaque département de la région Occitanie compte des associations appartenant au Réseau Haies Occitanie (ex Afahc) dont l’objectif est « de promouvoir la haie champêtre et l’arbre hors forêt ». Ces organisations développent des projets de plantations avec des partenariats variés et des recherches de financements publics, tel le projet Cart’Oc.

Sur la ferme de Benoît Legein, des haies ont été plantées également et une plantation est programmée pour redécouper une parcelle de 21 hectares avec une haie au milieu. « Nous sommes dans un couloir avec des vents d’ouest parfois puissants, qui provoquent des verses sur les céréales et le maïs », souligne l’agriculteur. Les ligneux assureront le rôle de coupe-vent. Benoît Legein recherche également l’installation d’une certaine biodiversité avec ses plantations d’arbres qui serviront « de perchoirs à rapaces, d’abris à auxiliaires… »

L’agriculteur fait partie du groupe 30 000 SolÉcoVer comprenant 18 agriculteurs et animé par Céline Guillemain, de la chambre d’Agriculture du Tarn-et-Garonne. « Les producteurs pratiquent les techniques de l’agriculture de conservation des sols (ACS) pour améliorer la fertilité des sols. Le but est de faire évoluer le système de cultures vers des systèmes à bas niveau d’intrants », explique-t-elle. Dans les différents leviers pour réduire ces intrants et préserver la fertilité des sols figure la mise en place d’infrastructures agro-écologiques : haies, bandes fleuries, arbres en agroforesterie.

Une portance des sols nettement améliorée avec l’ACS

Outre les arbres, les couverts végétaux participent à la protection des sols de l’érosion. « Entre céréales à paille et maïs, j’ai choisi un mélange de féverole, gesse, sorgho fourrager et tournesol. Il est adapté à notre région pour une bonne couverture du sol », précise Benoît Legein. L’agriculteur exporte toutes les pailles pour ses élevages, d’où l’importance du couvert pour la fertilité du sol.

La destruction du couvert démarre avec le semis de maïs. « Le couvert est couché au sol avec un rouleau hacheur installé devant le tracteur au moment du semis du maïs ou de la céréale. Je fais en sorte que l’interrang soit couvert au maximum de façon à limiter l’évaporation du sol », remarque le producteur. Juste après le semis de maïs, un traitement au glyphosate à dose modérée parachève la destruction du couvert. « La biomasse de ce couvert peut atteindre 10 t/ha de matière sèche certaines années », souligne Céline Guillemain. L’agriculteur remarque l’effet « piège » du couvert sur les limaces : « plus il est développé, plus les limaces s’installent dessus et ne vont pas sur la culture. »

Avec le non-travail du sol et la couverture végétale, la portance des sols a été nettement améliorée. « Nous gagnons énormément en temps disponible pour les travaux en parcelle. Nous passons plus facilement pour intervenir, pour la fertilisation ou les traitements phyto », remarque l’agriculteur en se comparant à d’autres situations dans son secteur. Un facteur d’importance pour préserver du temps de travail sur ses élevages de chèvres et de volailles.

Quand on se lance dans un projet d’agroforesterie, il faut avoir conscience de l’engagement que l’on prend. Pour le moment, Benoît Legein ne projette pas de développer l’agroforesterie au-delà de sa parcelle de 3 hectares.

Cibler les zones sensibles à l’érosion pour les plantations

En Occitanie, le projet Cart’Oc est financé par l’Agence de l’eau Adour-Garonne et le Fonds vert du gouvernement. « Ce projet vise à mener des actions ciblées et efficaces contre l’érosion des sols dans notre région avec une cartographie fine du territoire à différentes échelles (commune, bassin versant, parcelles) pour cibler les zones sensibles à l’érosion », informe Aurore Carlot, de l’Afahc Occitanie. Avec l’identification de ces zones prioritaires, les techniciens accompagnent la mise en œuvre d’actions comme la plantation d’arbres et de haies champêtres.

Jusqu’à 35 % de parcelles en pente sur l’exploitation

Ferme de Combebiac à Lafrançaise (Tarn-et-Garonne), Benoît Legein est associé avec son épouse Christel

100 hectares de cultures et 20 de fourrage : 25 de blé tendre, 25 d’orge d’hiver, 30 de maïs grain, 10 de colza, 10 de féverole d’hiver

Élevage de chèvres laitières (380) et de poulets + pintades (210 m2) pour vente directe

Sols en majorité argilo-calcaire, très hétérogènes (potentiel à 55-60 q/ha en blé)

Jusqu’à 35 % de pentes sur certaines parcelles

En agriculture de conservation des sols depuis 2015

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