Aurélien Masson, YouTubeur et agriculteur dans la Meuse : « Je veux montrer qu’il y a encore des fermes à taille humaine »
Cet été, Réussir.fr vous propose des échanges avec celles et ceux qui communiquent sur le monde agricole et leur métier. Rencontre avec Aurélien Masson, l’agri-Youtubeur qui partage sans filtre son quotidien depuis la ferme familiale dans la Meuse, avec ses plus de 50 000 abonnés.
Cet été, Réussir.fr vous propose des échanges avec celles et ceux qui communiquent sur le monde agricole et leur métier. Rencontre avec Aurélien Masson, l’agri-Youtubeur qui partage sans filtre son quotidien depuis la ferme familiale dans la Meuse, avec ses plus de 50 000 abonnés.
Fils d’agriculteurs sur la même ferme depuis au moins quatre générations, c’est naturellement qu’Aurélien Masson s’est tourné vers l’agriculture. Après ses études, le jeune trentenaire a travaillé dans diverses exploitations agricoles en Ile-de-France, en Picardie et dans le Sud de la France avant de revenir dans la Meuse. Aujourd’hui salarié agricole sur le Gaec familial, il devrait s’y installer l’année prochaîne, à la retraite de son père. Avec son frère et ses parents, il élève plus de 130 vaches charolaises et cultive 275 hectares de céréales.
En parallèle, le Meusien développe, avec son franc-parler et son humour, son activité sur les réseaux sociaux, en particulier sur YouTube. Attaché à ses racines, il partage chaque semaine son quotidien avec ses 57 200 abonnés.
Réussir.fr : Comment avez-vous commencé sur les réseaux sociaux ?
Aurélien Masson : J’ai commencé sur Snapchat en 2013, je mettais beaucoup de choses, des bêtises pour faire rire la galerie et, comme je bricole pas mal, les gens aimaient bien regarder. J’avais même un personnage fictif, Séraphin, ça me faisait bien rire à l’époque. Après j’ai eu envie d’ouvrir une chaîne YouTube, ce que j’ai fait en 2024, pour être maître de mon contenu et pour prendre la parole sur ce qu’est réellement le métier. Les autres réseaux, Instagram, TikTok sont venus ensuite, mais plutôt pour accompagner ma chaîne.
Quel a été le déclic pour vous lancer sur YouTube ?
Ça faisait quelque temps que ça tournait dans ma tête, et c’est vraiment à partir du décès de mon grand-père que je me suis dit : « fais-le pour lui, laisse une trace ». Et je regrette aujourd’hui de ne pas l’avoir fait avant. Au moins, pour ma grand-mère, j’aurais des vidéos souvenirs avec elle.
Je veux redorer l’image de l’agriculture française, et montrer qu’il y a encore des jeunes dynamiques
Vous défendez aussi un modèle agricole…
Oui, je veux redorer l’image de l’agriculture française, et montrer qu’il y a encore des jeunes dynamiques. Il y a du travail mais quand tu n'as pas le soutien ni des politiques, ni de la population, c'est quand même compliqué. Je veux mettre en avant le fait que nous, en tant qu’agriculteurs, on veut juste gagner notre vie, nourrir la population, développer la ferme et pouvoir épargner pour les prochaines générations. Montrer aussi qu'il y a encore des fermes à taille humaine, parce que j’en ai ras-le-bol d’entendre parler que de méga-structures, de ferme industrielle et d’agro-business alors que l’agriculture française, ce n’est pas que ça !
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Après deux ans seulement, vous avez aujourd’hui plus de 57 000 abonnés sur YouTube, comment expliquez-vous cet engouement ?
Le mois dernier, en cumulé, je suis à 471 000 vues. Je pense être vrai et transparent. Il faut être crédible et droit dans ses bottes. Ça se ressent dans les partenariats que je fais, je ne vends pas n’importe quoi, ça a du sens. Et c’est toujours sur le ton de l’humour. Le côté familial aussi, ça crée de l’attachement, il y a un lien qui se crée. Par exemple, si je suis en retard pour poster une vidéo, les abonnés s’inquiètent !
Touchez-vous un public plus large que le milieu agricole ?
La grande majorité des gens qui regardent ont entre 20 et 55 ans, avec bien sûr beaucoup d’agriculteurs, de salariés agricoles et de personnes qui gravitent autour de ce milieu. Et ensuite, il y a de tout, même des Parisiens [rires].
Dans vos vidéos, on voit souvent votre famille : vos parents, votre frère, votre compagne… pourquoi souhaitez-vous montrer ce quotidien-là en plus de votre travail ?
Je trouve ça beau, une famille unie qui travaille ensemble. Il y a tellement de gens qui sont loin de leur famille…Et puis si la chaîne dure dans le temps, on verra notre évolution : le petit Noah [son neveu] grandir, commencer à conduire un tracteur seul et mon père diminuer doucement...
Quelle est la vidéo dont vous êtes le plus fier ?
Ce serait la première vidéo en hommage au grand-père. Ou bien celle sur l’historique de la ferme. J’avais mis les petits plats dans les grands ! Et je n’ai pas pu me retenir de pleurer. C’est important pour moi. La famille c’est sacré, tout ce qu’on a aujourd’hui, c’est grâce à ma mère, mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père et mon grand-oncle.
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Comment vous organisez-vous au quotidien entre votre travail sur l’exploitation familiale et votre activité sur YouTube ?
C’est assez simple, je sors une vidéo chaque semaine, le samedi à 9h30. Je prends six à huit heures chaque semaine pour le montage. Je m’en occupe le soir. Après je passe aussi du temps à répondre aux abonnés et aux marques. Mine de rien, ça fait pas mal de boulot, donc heureusement que ça rapporte de l’argent, même si ce n’est pas ma première motivation.
Je ne veux pas que ça empiète sur mon travail à la ferme ou sur ma vie perso
D’ailleurs, j’ai pensé plusieurs fois à arrêter parce que faire du montage jusqu’à minuit plusieurs fois par semaine, ça me saoule parfois. Et je ne veux pas que ça empiète sur mon travail à la ferme ou sur ma vie perso.
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Justement, vous montez vos vidéos seul ?
Oui ! Le montage, je partais de loin, et j’ai tout appris sur le tas. Aujourd’hui, j’arrive à faire des trucs sympas et dynamiques avec des beaux plans. Quand la chaîne prendra plus d’ampleur, j’engagerai sûrement un monteur ou un cadreur pour m’aider, sinon je ne m’en sortirai pas.
Recevez-vous des réactions négatives ? Comment est-ce que vous les gérez ?
Oula [rires], moi, je suis un peu nerveux, je ne suis pas très diplomate donc j’ai tendance à répondre. Les commentaires négatifs et mêmes des rumeurs viennent souvent de gens qui ne nous connaissent même pas ou des personnes pas loin de chez nous qui sont jalouses. Ça me fait mal au cœur cette jalousie entre paysans alors que je pense donner une bonne image de l’agriculture meusienne.
Quel conseil donneriez-vous à un agriculteur ou une agricultrice qui voudrait se lancer sur les réseaux sociaux ?
Je dirais que malheureusement ça ne marche pas pour tout le monde et qu’il faut en avoir conscience. Parfois je regarde les vidéos de chaînes qui ont 1 000 abonnés pour 2 000 vidéos postées, et je me dis que c’est vraiment beaucoup de boulot pour aucune rémunération.
Retrouvez Aurélien Masson sur Youtube sur sa chaine Le Quotidien d’Aurélien, @massonfamilyfarm