Au Gaec Capriluz, « Nous transmettons l’élevage de chèvres à notre fils Raphaël »
Dans les Deux-Sèvres, Christine et Philippe Monneau ont anticipé la transmission de leur élevage de 450 chèvres à leur fils Raphaël. Aujourd’hui, le Gaec a investi dans un robot d’alimentation en vue de la future retraite des parents.
Dans les Deux-Sèvres, Christine et Philippe Monneau ont anticipé la transmission de leur élevage de 450 chèvres à leur fils Raphaël. Aujourd’hui, le Gaec a investi dans un robot d’alimentation en vue de la future retraite des parents.
À l’âge de 55 ans, Christine et Philippe Monneau ont commencé à s’interroger sur la suite de leur exploitation. En 2020, ils suivent une formation de sept après-midi pour les futurs cédants. « Il y avait une super ambiance et nous avons eu plaisir à nous retrouver avec d’autres chefs d’entreprise de notre âge, se souvient Christine. Surtout, cela prépare bien psychologiquement et économiquement car nous n’avions pas pensé à tout. » Ils se font aussi accompagner par Dominique Varin, conseillère transmission à la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime Deux-Sèvres, et remplissent leur déclaration d’intention de cessation d’activité agricole (Dicaa). Une des difficultés est aussi d’estimer le prix de l’exploitation, ici plus de 500 000 euros. À partir de 2023, ils testent le projet d’association avec leur fils Raphaël qui est d’abord salarié puis associé.
Une transmission anticipée entre apprentissage en famille et robotisation de l’alimentation
« L’élevage de chèvres, c’est ce que je voulais faire depuis tout petit, justifie Raphaël. Pour moi, c’est le plus beau métier du monde ! » Il suit donc une formation agricole au lycée agricole des Sicaudières puis à celui de Melle. Après son Bac pro CGEA et son CS caprin, le jeune homme est salarié chez ses parents. En parallèle, il rencontre le point accueil installation en 2023 pour lancer sa démarche d’installation qui comprend un autodiagnostic, un PPP (projet prévisionnel d’installation), un stage de 21 heures « très enrichissant » et des formations juridiques. En 2024, c’est l’installation plus administrative avec l’affiliation à la MSA en avril et l’obtention de la dotation jeunes agriculteurs.
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Une transmission réussit rarement en solitaire
Son installation se construit aussi avec les partenaires. « J’ai commencé par la banque parce que c’est l’acteur principal », explique Raphaël qui voulait investir dans un robot d’alimentation pour anticiper la baisse à venir de main-d’œuvre avec la retraite des parents. Il évoque ainsi le ping-pong permanent entre études chiffrées, faisabilité des investissements et projet de vie. Autour de la table, les partenaires techniques et économiques jouent aussi leur rôle, notamment la coopérative Agrial qui accompagne ses jeunes producteurs par de la formation, un prix garanti sur cinq ans et de la trésorerie.
« Une transmission réussit rarement en solitaire, insiste Christophe Aubin, référent du plan Capr’1 au sein de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime Deux-Sèvres. Le maître mot, c’est travailler en collectif et en partenariat. » Le timing a aussi son importance et, ici, les choses se sont faites dans l’ordre. « Plus on anticipe, plus on enlève les freins avant l’installation. »
Anticiper le départ en retraite
Le choix a ainsi été fait d’une transition progressive et Raphaël peut continuer d’apprendre de ses parents. « En travaillant avec nous, Raphaël expérimente nos pratiques mais il peut aussi en discuter et parfois ne pas être d’accord et proposer autre chose », reconnaît Christine. Cette période de cohabitation professionnelle permet de transmettre non seulement l’outil mais aussi le savoir-faire et l’expérience.
En 2027, au départ à la retraite des parents, il y a aura une deuxième transmission à anticiper. Raphaël cherchera un salarié, voire un associé, et Christine et Philippe pourront profiter de journées moins intenses à l’âge de 63 ans.
Chiffre clés
Gaec Capriluz
Dominique Varin, chambre d’agriculture de Charente-Maritime Deux-Sèvres : « Nous accompagnons les cédants pour une transmission en douceur »
« La transmission agricole est avant tout un processus humain qui se prépare sur le temps long. En accompagnant les futurs cédant, on peut anticiper toutes les dimensions de la cession — familiale, patrimoniale, économique, foncière et organisationnelle — tout en les aidant à prendre de la distance et à repérer les points de fragilité. Il faut travailler autant l’humain que l’économique, y compris en famille car parents et enfants n’ont pas forcément le même projet. Parmi les sujets les plus sensibles figurent souvent la maison d’habitation et le lâcher-prise. L’objectif est d’identifier ces points à risque suffisamment tôt, idéalement autour de 55-60 ans, afin d’espérer une transmission apaisée. L’accompagnement des cédants est nécessaire pour qu’ils puissent cheminer. Être capable de transmettre sans douleur, ça demande du temps et du travail sur les relations humaines. Les formations de groupe et l’accompagnement personnalisé aident à s’y préparer au mieux. »