En marge des groupes de travail mis en place par Michel Barnier, la CCVF planche sur son plan de modernisation à 5 ans. Jouant la mouche du coche, les coopérateurs veulent bousculer les règles.
«Il faut sortir du conservatisme actuel. Nos voisins immédiats (Espagne, Italie) font la démonstration que le développement de la viticulture se fait chez eux », a asséné à plusieurs reprises Denis Verdier, président des vignerons coopérateurs de France (CCVF), mercredi lors d'un séminaire organisé à Paris pour
« jeter les bases d'un plan à 5 ans pour la filière viti-vinicole ». L'annonce de Michel Barnier, le 11 octobre dernier, de vouloir mener une réflexion à moyen terme sur la modernisation de la filière viticole française n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd.
« On dit banco ! », lance Denis Verdier.
Mais la CCVF n'adhère pas forcément à la méthode énoncée. Craignant que les trois groupes de travail, présidés par de hauts responsables viticoles (présidents de l'INAO, de l'Institut Français de la vigne et du vin, et du Conseil « vin » de Viniflhor), n'aillent vers la
« recherche de consensus mous », le président des coopératives viticoles a décidé de jouer le rôle de l'aiguillon. D'ici la fin de l'année, plusieurs propositions formalisées seront déposées rue de Varenne, à Matignon et à l'Élysée. Les premières pistes se sont dessinées au cours du séminaire.
« On a envie de sortir du conservatisme viticole qui marche sur 20 % de la production (les grands châteaux) », confiait mercredi à la presse Denis Verdier. Les propositions de la CCVF respectent les trois axes prédéfinis par le ministre : recherche et innovation, gouvernance et compétitivité des entreprises.
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Face au désengagement de l'Etat et au renforcement prévisible du rôle des interprofessions, les coopérateurs demandent une seule interprofession par bassin et
« un lieu au niveau national » pour unir la filière autour de la promotion de l'image du vin et de la recherche fondamentale. Sur la compétitivité, les coopérateurs veulent frapper fort. Denis Verdier, qui se voit bien en
« mouche du coche » n'y va pas par quatre chemins :
« le conservatisme “INAOtesque” va nous crever », tranche-t-il. D'accord pour ne pas toucher aux grands crus, mais pour le reste, la CCVF devrait demander l'assouplissement des règles d'irrigation au goutte-à-goutte, la libéralisation des rendements sur les vins de table, la hausse de 10 hl/ha pour ceux des vins de cépages, l'autorisation d'utiliser des copeaux sur les vins de pays et les AOC régionales, et le droit de désalcooliser.
En parallèle, coopératives et négoce (à travers l'Afed
Association française des éleveurs, embouteilleurs et distributeurs de vins et spiritueux) organisent actuellement avec plusieurs banques dont le Crédit agricole un tour de table pour créer un fonds d'investissement doté de 30 à 40 M Eur en 2008. Ce fonds aurait pour mission de soutenir des opérations restructurantes.
« Il faut faciliter la mise en place de groupes de metteurs en marché, il y a trop de PME dans le secteur », justifie Denis Verdier. Ce tour de table devrait être clos en janvier estime-t-il. D'ici là la CCVF aura finalisé ses propositions, qui devront tenir compte des décisions prises le 19 décembre en conseil des ministres européens.