Face à une pénurie de fourrages qui menace l'équilibre des exploitations et fait peser un risque de décapitalisationsur les troupeaux, la FDSEA de la Corrèze multiplie les initiatives. Bourse au fourrage, opérations d'approvisionnement en maïs ensilage, recherche de solutions avec les fournisseurs d'aliments : le syndicat agit pour apporter des réponses concrètes aux éleveurs. Une conviction guide cette mobilisation : la sécheresse ne doit pas condamner les agriculteurs à sacrifier leur outil de production.
La sécheresse de 2026 laisse des traces profondes dans les exploitations corréziennes. Avec des températures caniculaires et un déficit de précipitations, la pousse de l'herbe a été fortement pénalisée, jusqu'à s'arrêter précocement dans de nombreux secteurs. Résultat : des stocks entamés avec plusieurs mois d'avance, des besoins alimentaires qui augmentent et des achats extérieurs qui pèsent lourdement sur les trésoreries. Dans un département où l'élevage repose largement sur l'herbe et l'autonomie fourragère des exploitations, la situation est particulièrement préoccupante.
Ne pas laisser la sécheresse décider de l'avenir des troupeaux
Au-delà de l'urgence alimentaire, c'est bien l'avenir de l'élevage corrézien qui est en jeu. Lorsque les stocks manquent et que les achats de fourrages ou d'aliments deviennent trop coûteux, certains éleveurs peuvent être contraints de vendre des animaux plus tôt que prévu ou de réduire leurs effectifs. Une décapitalisation subie, qui fragilise durablement les exploitations, leur capacité de production et les revenus futurs. Reconstituer un troupeau ne se décrète pas : cela demande du temps, des investissements et des années de travail.
Pour la FDSEA, il est donc hors de question de considérer cette situation comme une simple difficulté passagère que chaque exploitation devrait gérer seule. L'enjeu est de permettre aux éleveurs de franchir ce cap sans sacrifier leur cheptel ni leur outil de travail.
« On ne peut pas accepter que les éleveurs soient contraints de vendre leurs animaux pour faire face à une pénurie de fourrages. Derrière chaque animal vendu, il y a des années de sélection, de travail et d'investissement. Une décapitalisation aujourd'hui, c'est une capacité de production en moins demain. Notre responsabilité syndicale, c'est de tout mettre en œuvre pour éviter cela et préserver l'élevage corrézien », insiste Emmanuel Lissajoux, président de la FDSEA.
Un syndicalisme de solutions, des actions sur le terrain
Depuis le début de la crise, la FDSEA est à pied d'œuvre pour identifier les besoins, mobiliser les ressources disponibles et organiser des solutions d'approvisionnement. Parce que le syndicalisme doit aussi se traduire par des actes, plusieurs initiatives ont été engagées.
La première action a consisté à mettre en place une bourse au fourrage, pour mettre en relation les éleveurs à la recherche de foin et les agriculteurs disposant de stocks à vendre. L'objectif : recenser les disponibilités dans le département, faciliter les contacts et trouver des solutions d'approvisionnement au plus près des exploitations qui en ont besoin. Dans un contexte où chaque tonne de fourrage compte, il était essentiel de mobiliser les ressources disponibles en Corrèze et de favoriser les échanges entre agriculteurs.
La FDSEA a également organisé trois opérations d'approvisionnement en maïs ensilage. Concrètement, elle a acheté du maïs sur pied, puis coordonné sa récolte, son conditionnement en boules et sa livraison directement dans les exploitations. Les éleveurs ont ainsi pu bénéficier d'un tarif unique à la boule, quelle que soit leur localisation dans le département. Une organisation collective qui permet de mutualiser les démarches et de faciliter l'accès au fourrage pour les élevages les plus touchés.
Les volumes mobilisés n'ayant pas suffi à répondre à l'ensemble des demandes, la FDSEA a élargi ses recherches au-delà des frontières départementales. Elle a ainsi engagé des démarches auprès d'un opérateur pour faire venir du maïs ensilage d'Espagne, avec la négociation d'un tarif unique à la tonne livrée. L'objectif reste le même : trouver des volumes supplémentaires, maîtriser autant que possible le coût du transport et permettre aux éleveurs de sécuriser l'alimentation de leurs troupeaux.
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« Notre priorité a été d'apporter des réponses rapidement et de ne pas laisser les éleveurs se débrouiller seuls. Nous avons cherché du fourrage, organisé des livraisons, négocié des tarifs et multiplié les contacts pour trouver des volumes supplémentaires. C'est aussi cela, le rôle de la FDSEA : être au contact des réalités des exploitations et transformer les besoins exprimés par les adhérents en solutions concrètes », souligne Marie-France Forest, secrétaire générale de la FDSEA.
Anticiper les prochains mois et construire une réponse collective
La mobilisation ne s'arrête pas à l'approvisionnement en fourrage. La FDSEA a également réuni les acteurs de la nutrition animale du département afin de dresser un état des lieux des stocks disponibles, d'anticiper les besoins des prochains mois et d'étudier les possibilités de diversification des ressources alimentaires.
De ces échanges est née une nouvelle démarche : la mise au point d'un « aliment sécheresse Corrèze ». À l'initiative de la FDSEA, un partenariat est en cours de construction avec la Chambre d'agriculture et quatre fabricants d'aliments du département. L'objectif est de proposer un aliment complémentaire unique, reposant sur des caractéristiques techniques communes, pour accompagner les éleveurs bovins allaitants et ovins confrontés au déficit de fourrages. Cette solution doit permettre de coordonner les approvisionnements et de rechercher des conditions tarifaires adaptées aux volumes commandés. La Chambre d'agriculture assurera la communication technique auprès des agriculteurs afin que cette démarche puisse bénéficier au plus grand nombre. Le dispositif est actuellement en cours d'expertise ; des précisions seront communiquées prochainement.
« Il faut aussi anticiper les besoins des prochains mois. L'urgence, c'est de trouver du fourrage aujourd'hui, mais nous devons également réfléchir à la manière de sécuriser les rations et de limiter les surcoûts pour les exploitations. C'est tout l'intérêt de travailler collectivement avec les fabricants d'aliments et la Chambre d'agriculture pour construire une réponse adaptée aux élevages corréziens », poursuit Marie-France Forest.
Défendre les élevages, c'est défendre l'avenir de la Corrèze
Bourse au fourrage, livraisons de maïs ensilage, recherche de nouvelles sources d'approvisionnement, travail avec les fabricants d'aliments : ces initiatives traduisent une même volonté. La FDSEA ne se contente pas de dénoncer les conséquences de la sécheresse. Elle se mobilise, fédère les acteurs et construit des réponses opérationnelles pour accompagner les exploitations. Ce syndicalisme de solutions n'exclut évidemment pas l'action auprès des pouvoirs publics. La FDSEA continuera de porter les difficultés des éleveurs et de défendre les dispositifs de soutienindispensables pour faire face aux conséquences de cet épisode climatique.
« Nous sommes dans notre rôle : défendre les éleveurs, défendre leur capacité à produire et leur permettre de vivre de leur métier. Nous ne voulons pas d'une agriculture qui subit, qui renonce et qui se résigne à perdre ses troupeaux. Nous voulons maintenir des élevages nombreux, des exploitations viables et une production agricole sur notre territoire. La FDSEA continuera à se battre pour cela », conclut Emmanuel Lissajoux.
Car derrière les tonnes de fourrage manquantes, ce sont des exploitations, des familles, des emplois et toute une filière qui sont en jeu. Préserver le cheptel corrézien, c'est préserver notre capacité à produire et l'avenir de l'agriculture de notre département.