La fédération nationale des Safer, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, a tenu sa conférence annuelle sur le prix des terres fin mai 2023. L’occasion de faire le point sur l’évolution du prix des vignes en 2022.
Le nombre de transactions de parcelles de vigne effectuées en 2022 a atteint 9 490, soit une progression de + 1,1 % par rapport à 2021, pour atteindre le plus haut niveau depuis 2008. Ces bons résultats ont été portés « par les parcelles non bâties, en progression, en particulier en Val de Loire-Centre (+10,8 %), en Champagne (+8,7 %) et en Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura (+3,9 %) », indique la Safer.
Le nombre d’hectares ayant changé de main a lui aussi été en hausse, de + 5,4 %, avec 18 400 hectares cédés en 2022. « Après un rebond en 2021, consécutif à la crise de 2020, le marché progresse encore et atteint un niveau de surfaces inédit », commente la Safer. Le Languedoc-Roussillon et le Val de Loire-Centre ont particulièrement soutenu cette croissance.
En moyenne, le prix des terres de vignes en AOP a atteint 151 200 euros l’hectare (€/ha) en 2022. Cela représente une progression de + 2,3 % par rapport à 2021. Hors Champagne, le chiffre se monte à 81 600 €/ha, pour une croissance annuelle de + 2,1 %. Des « performances » à nuancer au regard de l’inflation estimée à + 5,2 % en 2022 par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques).
Cette évolution cache comme tous les ans de fortes disparités. « Certaines appellations prestigieuses s’envolent encore », note la Safer, à l’instar de celles de la Côte-d’Or, du Cher ou encore du Vaucluse.
Bordeaux-Aquitaine, victime de la crise
Reflet de la crise et des problèmes commerciaux rencontrés par les vins bordelais depuis plusieurs millésimes, le prix des terres girondines a chuté de 3 % sur un an. Le prix moyen à l’hectare pour le bassin Bordeaux-Aquitaine est ainsi passé de 117 500 euros en 2021 à 114 000 euros en 2022. « Les vignes en bordeaux rouge ont désormais perdu plus d’un tiers de leur valeur en quatre ans, observe la Safer, pour 2022. Les appellations prestigieuses (pauillac, pomerol, saint-julien), stables, ne contrebalancent pas cette baisse. »
Le bordeaux blanc a eu exactement la même évolution que le rouge, à savoir -13 % sur un an. Un hectare vaut à présent 10 500 euros, tant en blanc qu’en rouge. Les côtes ont aussi toutes reculé : -13 % pour blaye, -15 % pour cadillac, -20 % pour castillon et francs et -11 % pour bourg.
Sud-Ouest occitan : Cahors en plein essor
Les évolutions en valeur ont été disparates dans le Sud-Ouest occitan. Les prix des terres de vignes sont restés stables dans des appellations telles que madiran, armagnac, gaillac, mais ont progressé de 6 % en AOP fronton (9 000 €/ha), de 11 % en AOP marcillac (21 000 €/ha) et de 36 % en AOP cahors (15 000 €/ha).
Alsace : la stabilité après la baisse des prix des terres
En Alsace, le marché des vignes a retrouvé du dynamisme tant dans le Haut-Rhin que dans le Bas-Rhin, avec une hausse des surfaces échangées. « Dans ce contexte, les prix se stabilisent, ajoute la Safer. La forte baisse enregistrée au cours des deux dernières années semble enrayée. » Les prix moyens sont même repartis à la hausse dans le Bas-Rhin. Dans les deux départements, les grands crus sont très prisés, à l’inverse des vignes sur « sols séchants ».
Évolution du prix des vignes en Alsace, en milliers d’euros par hectare
Département/Année
20015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
Évolution 2022/2021
Moyenne départementale AOP Bas-Rhin
103
99,1
106
111,1
114,7
107,7
85,3
90,5
+6%
Moyenne départementale AOP Haut-Rhin
145,2
142,9
153,6
154,3
155,1
126,4
131,2
130
-1%
Source : Groupe Safer
Champagne : ça pétille
Reflet de son succès commercial, tous les signaux sont au vert dans le vignoble champenois : hausse du nombre de transactions, des surfaces échangées et des prix des terres de vigne. Dans l’Aisne, les prix ont progressé de 3 %, atteignant une moyenne départementale de 840 100 €/ha. Dans l’Aube, « le marché reste très stable tant en surface qu’en valeur », rapporte la Safer. Dans la Marne, les surfaces vendues ont atteint un record avec des prix des terres qui ont augmenté de 3 % en moyenne sur le département (1,16 M€/ha).
Bourgogne : un marché au beau fixe
Le marché du foncier viticole bourguignon est toujours dynamique, avec une hausse des surfaces échangées et des valeurs. L’ensemble des appellations de Côte-d’Or a progressé, atteignant pour certaines des prix astronomiques. Le bourgogne premier cru blanc a ainsi franchi la barre des 2 millions d’euros. Le nombre de transactions est néanmoins demeuré très limité.
En Saône-et-Loire, la demande est également restée très forte « avec un marché extrêmement fermé, qui ne permet donc pas de constater d’évolutions importantes de prix », analyse la Safer.
Évolution du prix des vignes dans l’Ain et la Saône-et-Loire, entre 2015 et 2022, en milliers d’euros par hectare
Dans l’Yonne, le volume de transaction a été très faible et seuls 25 hectares ont changé de mains. Les prix des terres de vignes sont stables en petit chablis et chablis, mais en hausse en chablis premier cru de 5 % (420 000 €/ha).
Évolution du prix des vignes dans l’Yonne, entre 2015 et 2022, en milliers d’euros par hectare
Appellation
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
Évolution 2022/2021
Bourgogne appellation régionale
47
48
50
52
55
55
56
56
0 %
Chablis
158,3
155
164
167
175
181
201
200
0 %
Chablis premier cru
321,8
346
350
331
400
400
400
420
+ 5 %
Petit chablis
80,5
83
85
85
90
91
105
105
0 %
Beaujolais : un désintérêt pour les parcelles non mécanisables
Si les prix des terres sont « attractifs » dans le Beaujolais, la demande se porte essentiellement sur les « lieux-dits cotés » ou « les meilleurs terrains, mécanisables », pointe la Safer. Elle constate un désintérêt croissant pour les parcelles non mécanisables. Les prix des vignes en appellation beaujolais sont stables, à 12 000 €/ha. Les crus ayant enregistré la plus forte progression en 2022 sont morgon (+7 %), avec un prix à l’hectare de 75 000 euros, et brouilly (+5 %), à 68 000 €/ha.
Évolution du prix des vignes dans le Rhône, entre 2015 et 2022, en milliers d’euros par hectare
Appellation
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
Évolution 2022/2021
Beaujolais rouge
11
11
11
12
12
12
12
12
0 %
Beaujolais villages rouge
11
11
12,5
9
9
9
10
12
+ 20 %
Cru du Beaujolais
60,1
60
61
60,3
61
61
61,8
63,5
+ 3 %
Dont Brouilly
65
65
65
63
65
65
65
68
+ 5 %
Dont Chénas
35
35
35
35
35
35
35
35
0 %
Dont Chiroubles
40
38
32
40
38
38
30
30
0 %
Dont Côte de brouilly
50
55
55
60
65
65
70
70
0 %
Dont Fleurie
85
85
89
87
87
87
90
90
0 %
Dont Juliénas
45
45
48
42
40
40
35
35
0 %
Dont Morgon
65
66
67
65
65
65
70
75
+ 7 %
Dont Moulin à vent
95
96
98
95
100
100
100
100
0 %
Dont Régnié
20
16
20
20
20
20
20
20
0 %
Coteaux du lyonnais
14
14
14
14
14
14
14
14
0 %
Vallée du Rhône : des difficultés en côtes-du-rhône
Comme dans le Bordelais, « les difficultés des côtes-du-rhône génériques entraînent des baisses dans la Drôme et le Gard sur 2022 », témoigne la Safer. Cela n’a pas empêché certaines appellations rares et prestigieuses du Vaucluse ou du Rhône de progresser, à l’image du châteauneuf-du-pape et de la côte-rotie qui ont pris +4 % en un an, portant respectivement le prix de l’hectare à 500 000 euros et 1,25 million d’euros. Dans le Vaucluse toujours, le luberon a été dynamique, « sa partie sud concentrant la majorité des transactions », précise la Safer. L’hectare s’y est échangé autour de 23 000 euros, soit une hausse de +5 % par rapport à 2021. Les crus de ce département sont toujours très recherchés.
Languedoc-Roussillon : globalement en hausse
Le bassin occitan a connu une contraction du nombre de transactions en 2022, mais a progressé tant en surface qu’en valeur. Au niveau des départements, si les prix des vignes sont en moyenne restés stables en valeur dans le Gard et dans les Pyrénées-Orientales, ils ont évolué positivement dans l’Hérault et dans l’Aude, tant en AOP que hors AOP. Dans l’Hérault, les ventes des terres de vigne ont notamment été dopées par l’AOP pic-saint-loup, qui a culminé à 72 000 €/ha, contre 37 000 €/ha en 2015 ! Les vignes IGP ont atteint 17 000 €/ha, et les sans IG 15 000 €/ha. Dans l’Aude, fitou a stagné à 10 500 €/ha et dans le Gard, l’hectare d’IGP s’est échangé à 16 000 euros, tiré par le sable de camargue (30 000 €/ha). Dans les Pyrénées-Orientales, le muscat de rivesaltes a poursuivi sa tendance baissière, avec 8 500 €/ha contre 10 500 €/ha en 2015.
Évolution du prix des vignes dans le Languedoc-Roussillon, entre 2015 et 2022, en milliers d’euros par hectare
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Provence : attention à l’arrivée des acteurs du luxe
À l’image du marché des rosés qui se porte toujours bien, le foncier provençal est resté très actif. La moyenne départementale AOP dans le Var s'est stabilisée à 60 400 €/ha, mais « l’arrivée des nouveaux acteurs, notamment du luxe, et la notoriété mondiale des vins rosés de Provence entraînent une forte hausse du prix de cession des domaines », prévient la Safer pour 2022. Dans les Bouches-du-Rhône, la Safer relève que « la quasi-absence de marché foncier viticole ne permet pas d’observer de variations de valeur » pour la plupart des AOC.
Val de Loire-Centre a le vent en poupe
Dans le centre, et plus particulièrement dans le sancerrois, la superficie moyenne des transactions a été de 60 ares, et la surface globale vendue de 7 hectares. Ce manque de biens a tendu le marché qui a pris 24 % en un an, l’hectare de sancerre s’étant échangé à 260 000 euros. Et cela ne devrait pas s’arrêter de sitôt. « Le marché foncier dans le Sancerrois ne peut que continuer de progresser » extrapole la Safer. À noter que l’appellation quincy « offre un potentiel de développement intéressant ».
En Touraine, le marché est resté stable en 2022 par rapport à 2021 en valeur, malgré « une nette augmentation du nombre de transactions, traduisant un renforcement des besoins de restructurations des vignerons en place » atteste la Safer. Montlouis-sur-Loire est l’appellation ayant le plus progressé en valeur avec +8 % (13 000 €/ha). La Safer signale par ailleurs « un fort attrait » pour l’AOC touraine-chenonceaux.
L’anjou saumur se porte bien. La moyenne départementale (AOP) du Maine-et-Loire a pris +7 % par rapport à 2021. L’appellation saumur-champigny a notamment connu une augmentation de +11 % de la valeur, une évolution qui « nécessite parfois la création de binômes entre jeunes à l’installation et investisseurs », remarque la Safer. Un hectare s’y échange à 70 000 euros, contre 57 000 euros en 2015. Le pays nantais n’est pas en reste ; il « suscite l’intérêt et séduit de nouveau » se réjouit la Safer. Les vignes en muscadet sèvre-et-maine ont ainsi pris +5 %, ce qui a monté le prix de l’hectare (10 500 euros).
Évolution du prix des vignes dans le Val de Loire-Centre, entre 2015 et 2022 (en milliers d'euros par hectare)
Département et dénomination/Année
20015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
Évolution 2022/2021
Allier, Saint-Pourçain
15,5
15,5
10
13
15
13
13
13
0%
Cher, moyenne départementale AOP
120,8
127,1
136,4
140,5
144,2
183
175,5
214,2
+22%
Châteaumeillant
17
11
11
15
15
15
17
20
+18%
Menetou-Salon
87
85
75
75
75
80
80
90
+13%
Quincy, Reuilly
69
68
60
62
62
65
65
60
-8%
Sancerre
136
145
160
165
170
220
210
260
+24%
Indre, moyenne départementale AOP
37,4
37,4
37,4
37,4
37,4
37,4
37,4
37,4
0%
Reuilly
69
70
70
70
70
70
70
70
0%
Valençay
8
7
7
7
7
7
7
7
0%
Indre-et-Loire, moyenne départementale AOP
20,3
21,1
21,6
21,4
23
24,1
23,5
23,6
0%
Bourgueil
20
20
20
20
20
14
13,5
14
+4%
Chinon
22
22
22
23
23
27
26
26
0%
Montlouis-sur-Loire
10
8
9
9
12
12
12
13
+8%
Saint-Nicolas-de-Bourgueil
40
42
46
42
50
52
50
50
0%
Touraine
8
ND
8
8
8
8
8
7,5
-6%
Vouvray
18,5
21
21
21
23
26
26
26
0%
Indre-et-Loire, vins sans IG
3,7
ND
4,3
4,3
4,3
4,3
4,3
ND
ND
Loir-et-Cher, moyenne départementale AOP
8
10
11
11
11
11
11,9
11,9
0%
Cheverny
9
11
12
12
12
12
12
12
0%
Côteaux du Vendômois
4
4
6
6
6
6
7
7
0%
Touraine
8
10
11
11
11
11
12
12
0%
Loir-et-Cher, vins IGP
4
5
5
5
5
5
5
5
0%
Loir-et-Cher, vins sans IG
3,5
ND
3,5
3,5
3,5
3,5
4
ND
ND
Loire, moyenne départementale AOP
11,7
11,7
11,7
11,7
11
11
11
11
0%
Côte roannaise
12
12
12
12
12
12
12
12
0%
Côtes du Forez
11
11
11
9
9
9
9
9
0%
Loire-Atlantique, moyenne départementale AOP
8,9
11,3
11,3
11,1
11,1
9,3
9,3
9,7
+4%
Coteaux d’Ancenis
7
7
ND
ND
ND
ND
6
6,5
+8%
Gros Plant du Pays nantais
7
8
8
8
8
6
6
6
0%
Muscadet
7
10
10
8
8
7
7
7
0%
Muscadet Côtes de Grandlieu
8
8
8
9
10
10
11
11
0%
Muscadet Sèvre-et-Maine
9,5
12
12
12
12
10
10
10,5
+5%
Loire-Atlantique, vins IGP
9
9
9
9
9
9
9
9
0%
Maine-et-Loire, moyenne départementale AOP
18,7
19
19,7
20,9
22,7
22,9
24,2
25,8
+7%
Anjou et Anjou Villages
13
13
14
15
17
17
18
19
+6%
Coteaux du Layon
16
16
17
18
20
20
21
22
+5%
Saumur
18
19
19
20
21
22
25
26
+4%
Saumur-Champigny
57
58
58
61
63
63
63
70
+11%
Nièvre, moyenne départementale AOP
135,8
140,2
140,2
140,3
140,3
142,2
142,2
144,9
+2%
Coteaux du Giennois
16
16
16
17
17
18
18
18
0%
Pouilly-Fumé
150
155
155
155
155
157
157
160
+2%
Puy-de-Dôme, Côtes d’Auvergne
13
12
13
13
13
15
15
15
0%
Vienne, moyenne départementale AOP
10,8
10,8
11,3
12,1
12,6
12,6
12,6
12,6
0%
Saumur
13,5
13,5
14
14,5
15
15
15
15
0%
Haut-Poitou
9
9
9,5
10,5
11
11
11
11
0%
Source : Groupe Safer
Charentes : de légers ralentissements
Les prix des vignes en AOP cognac ont poursuivi la tendance haussière de ces dernières années, avec +6 % en 2022 par rapport à 2021 en Charente et une stabilité en Charente-Maritime (+0 %), soit une évolution globale de +3,2 %. Le prix moyen de l’hectare s’y établit respectivement à 60 400 et 60 800 euros. Le rythme est néanmoins moins soutenu qu’en 2021 où la progression était de +5,8 % ou qu’en 2020 (+6,9 %). « Ce ralentissement peut traduire le repli des ventes en volume du cognac, même s’il s’agit du troisième niveau le plus haut de l’histoire de l’eau-de-vie », résume la Safer. Ce ralentissement s’accompagne d’un léger repli des ventes en volume (1 300 hectares).
Périgord et sud-ouest aquitain : des hausses en Lot-et-Garonne
Évolution du prix des vignes dans le Lot-et-Garonne, entre 2015 et 2022 (en milliers d'euros par hectare)
Département et appellation/Année
20015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
Évolution 2022/2021
Buzet
15
15
15
15
14
14
16
17
+6%
Côtes de Duras
10
10,5
11
11,2
11
9,5
11
12
+9%
Côtes du Marmandais
9
10
10
9,5
9
9
9
9,5
+6%
Lot-et-Garonne, moyenne départementale AOP
11,9
12,3
12,5
12,5
11,9
11,3
12,7
13,6
+7%
Source : Groupe Safer
Les prix des terroirs en Lot-et-Garonne ont augmenté avec par exemple +6 % (9 500 €/ha) pour les côtes du marmandais et autant (17 000 €/ha) pour buzet. De son côté, l’hectare de bergerac rouge a enregistré une progression de 13 % à 9 000 euros, ce qui le place à présent au même niveau que l’hectare de bergerac blanc. Monbazillac et pécharmant sont restés stables à 15 000 et 30 000€/ha.
voir plus loin
Davantage de personnes morales
À l’inverse de 2021, c’est la catégorie des acquisitions par des personnes morales agricoles qui a cru en 2022. Les sociétés d’exploitation et de portage ont ainsi vu leur nombre progresser de 6 %, pour des surfaces en hausse de 27,5 % . Les achats par les personnes physiques agricoles ou non agricoles ont quant à eux été en repli respectifs de -3,6 % pour les premières et -4,6 % pour les secondes.