Sécheresse, chaleur, pertes de rendement, hausse des charges, tension sur les fourrages, baisse des cours bovins et trésoreries fragilisées : pour la FNSEA de l’Allier, 2026 restera comme une année agricole particulièrement difficile. Face au plan CASI présenté par le Gouvernement, le syndicat hausse le ton : « Le compte n’y est pas ».
Rentrée syndicale
À l’occasion de sa rentrée syndicale, la FNSEA de l’Allier a dressé un état des lieux sans concession de la situation des exploitations.
Sur le terrain, les conséquences des aléas climatiques sont désormais bien visibles.
La sécheresse et les fortes chaleurs ont lourdement pénalisé les cultures et les prairies.
« Chaque jour qui passe sans pluie et sans baisse des températures coûte un peu plus cher », résume Emmanuel Bernard, vice-président de la Fédération Nationale Bovine (FNB).
En élevage, les stocks de fourrage diminuent et les achats de foin ou de maïs augmentent, dans un contexte où les prix sont eux-mêmes sous tension.
Toutes les filières touchées
L’élevage n’est pas le seul secteur concerné.
Grandes cultures, cultures de printemps, maraîchage et viticulture subissent également les effets de cette campagne compliquée.
« Quand on cumule sécheresse, chaleur et manque d’eau, c’est une année catastrophique pour l’agriculture », constate Geoffrey Rivaux, président de la FNSEA 03.
Au-delà des pertes agronomiques, c’est bien la situation économique des exploitations qui inquiète.
Les charges continuent de progresser alors que les rendements et les recettes sont fragilisés.
Pour les responsables syndicaux, l’urgence est désormais de donner de l’oxygène aux trésoreries.
« Ce qu’il nous faut, c’est de la trésorerie »
Le syndicat demande des mesures immédiatement mobilisables.
Le report des annuités en fin de tableau, avec une prise en charge du surcoût par l’État, figure notamment parmi les pistes avancées.
« Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est une trésorerie qui arrive au plus vite sur les exploitations », insiste Geoffrey Rivaux.
Pour Christophe Chambon, secrétaire général de la FNSEA, les annonces nationales constituent un premier pas, mais restent très en-deçà de l’ampleur des besoins.
« Aucune exploitation touchée ne doit être laissée au bord du chemin », défend-il.
Car une exploitation peut difficilement attendre plusieurs mois pour faire face à ses échéances.
Il faut acheter des aliments, payer les charges, préparer la prochaine campagne et continuer à produire.
Bovins : le risque d’une nouvelle décapitalisation
Dans les élevages bovins, la situation est particulièrement préoccupante.
Face au manque de fourrage, les éleveurs doivent arbitrer entre acheter davantage d’aliments, réduire les effectifs ou prendre le risque de manquer de stocks avant la prochaine récolte.
Pour Emmanuel Bernard, le danger dépasse la seule campagne 2026.
Une décapitalisation massive des cheptels compromettrait la capacité de production française de demain.
La baisse des cours est également un mauvais signal.
Après une année 2025 qui avait permis de retrouver des niveaux de prix plus favorables, certaines catégories de bovins voient désormais leurs coûts de production repasser au-dessus des prix de vente.
Le risque est double : fragiliser le revenu des éleveurs et décourager les installations.
Or l’élevage bovin demande des investissements lourds et une visibilité sur le long terme.
La FNB appelle donc à un véritable « contrat de confiance » entre l’État et l’ensemble de la filière, afin de donner aux jeunes éleveurs les moyens d’investir et de maintenir la production.
La grande distribution est également directement interpellée.
« On n’a pas besoin de l’aumône : nous sommes avant tout des chefs d’entreprise », rappelle Emmanuel Bernard.
Pour les éleveurs, la priorité reste simple : des prix qui couvrent les coûts de production et permettent de dégager un revenu.
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La mobilisation paie
Sur le dossier bovin, la mobilisation menée notamment à Villefranche-d’Allier a toutefois permis d’obtenir des résultats.
Le prix des broutards a progressé et les sorties de jeunes bovins ont repris.
Pour Geoffrey Rivaux, cette évolution démontre que l’action syndicale peut peser : « La mobilisation a été utile, mais elle ne règle pas la question de fond : les prix doivent rester suffisamment rémunérateurs pour maintenir les élevages dans la durée ».
L’eau, priorité pour l’avenir
Au-delà de l’urgence économique, la FNSEA de l’Allier veut surtout tirer les leçons de cette campagne.
L’accès à l’eau et son stockage deviennent une priorité stratégique.
Le syndicat réclame une accélération des procédures pour permettre la réalisation de retenues adaptées aux besoins locaux : irrigation de petites surfaces, abreuvement des animaux, mais aussi constitution de réserves utiles en cas d’incendie.
« Les agriculteurs sont prêts à investir dans ces ouvrages ; il faut leur laisser l’opportunité de le faire », défend Geoffrey Rivaux.
Le sujet dépasse d’ailleurs largement la seule agriculture.
Les événements de l’été ont rappelé le rôle des agriculteurs dans la lutte contre les incendies.
Tracteurs, tonnes à eau et accès aux parcelles ont permis d’intervenir dans des secteurs parfois difficiles d’accès pour les secours.
Pour le syndicat, maintenir une agriculture active sur l’ensemble du territoire contribue également à limiter les friches et donc la propagation des incendies.
« Plan CASI : le compte n’y est pas »
C’est finalement devant la préfecture que la FNSEA de l’Allier a voulu faire entendre son message après la présentation du plan d’urgence.
Avec une formule volontairement provocatrice : « Plan CASI… rien ! ».
Pour le syndicat, le milliard d’euros affiché ne constitue pas une enveloppe nouvelle à la hauteur de la crise.
Une partie relève du recyclage de dispositifs existants.
L’ISN existait déjà. Pour la MSA, les 20 millions d’euros annoncés sont jugés très insuffisants au regard des pertes subies.
Sur les engrais, les délais évoluent mais pas les critères, laissant certains exploitants à l’écart.
Quant au GNR, le dispositif est essentiellement prolongé.
Le principal angle mort reste cependant la trésorerie.
Geoffrey Rivaux pose la question directement : « Les établissements bancaires ont-ils été conviés autour de la table ? ».
Pour le syndicat, il faut désormais travailler sur des solutions de financement permettant aux exploitations de tenir : reports d’échéances, prêts adaptés et accompagnement bancaire.
156 millions d’euros de pertes ?
Christophe Jardoux, président de la Chambre d’agriculture, met lui aussi les chiffres sur la table.
« L’Allier compte 520 000 hectares de SAU. Si l’on retient une perte moyenne de 300 euros par hectare, le préjudice subi par l’agriculture départementale atteindrait 156 millions d’euros. Cherchez l’erreur ! »
Un chiffre qui, selon les responsables agricoles, illustre le décalage entre l’ampleur des pertes constatées dans les exploitations et les réponses apportées au niveau national.
Pour la FNSEA de l’Allier, le message de cette rentrée syndicale est donc clair : il faut des réponses immédiates pour passer la crise, mais aussi des décisions structurelles pour préparer l’avenir.
Trésorerie, revenu, eau, maintien de l’élevage, renouvellement des générations et souveraineté alimentaire sont désormais étroitement liés.
La mobilisation continue.
Sur le terrain comme dans les instances, la FNSEA de l’Allier entend rester aux côtés des agriculteurs pour défendre leur revenu, leurs exploitations et l’avenir de l’agriculture bourbonnaise.
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