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Face à la sécheresse historique, les éleveurs réclament des mesures rapides et proportionnées

Alors que la sécheresse et les canicules successives n'en ont pas fini de laisser des stigmates sur l'agriculture, le président de la Fédération nationale bovine, Patrick Bénézit appelle à la responsabilité la filière et réclame une réactivité des pouvoirs publics pour activer sans délai les indemnisations de solidarité nationale.

Au cœur de l'été, la loi d'urgence agricole a finalement été adoptée. On a beaucoup parlé de la réintroduction de produits phytos comme l'acétamipride. En quoi la loi ne se résume pas seulement à cette mesure et que peuvent en attendre les éleveurs ?

Patrick Bénézit : Effectivement, beaucoup d'agriculteurs dans leurs cours de ferme pensent que cette loi ne va rien leur apporter, en partie parce qu'il y a une surmédiatisation autour de la réautorisation de l'acétamipride prévue par la loi. Mais la loi d'urgence agricole est éminemment plus complète que cela avec à terme des avancées tangibles pour les agriculteurs

Ainsi, la loi simplifie les règles techniques pour les petites retenues d'eau de moins de 3 hectares et les plans d'eau de moins de 1 hectare, ensuite les éleveurs soumis à la prédation du loup vont pouvoir utiliser des armes à visée nocturne, enfin l'ensemble des produits contenant de la viande y compris les plats préparés devront garantir au consommateur l'origine de toute la viande

Autre avancée notable garantie par a loi : la mise en place de tunnel de prix qui garantit l'achat aux producteurs a minima au niveau de son coût de production

Ce tunnel de prix a été très débattu. Aujourd'hui, il est dans la loi et disponible pour les producteurs qui seraient intéressés. Il s'agit d'une nouvelle reconnaissance sur le fait que l'on ne peut pas acheter des produits agricoles en dessous des coûts de production. Nous espérons que le ministère de l'Agriculture prenne rapidement les décrets d'application de cette loi, qui ne règle certes pas tous les problèmes, mais qui comprend des avancées pour lesquelles la FNSEA et ses associations spécialisées se sont battues.

« On ne peut pas appuyer sur les prix, alors qu'il y a peu de marchandise et des débouchés ».

Lire aussi : Interview « Après des mois de combats, c’est une loi qui fera date » Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA.

Sur la question du prix justement, fin juillet, les éleveurs ont manifesté devant les sites du groupe Bigard pour dénoncer des baisses de prix. Où en sommes-nous aujourd'hui ?

P.B. : Les éleveurs se sont en effet fortement mobilisés devant les abattoirs du leader français fin juillet. Depuis, sur certaines catégories d'animaux, les prix sont repartis à la hausse, sur les broutards et sur les vaches grasses notamment. Sur les JB, nous espérons que les cours vont rapidement se redresser comme c'est d'ailleurs le cas partout ailleurs en Europe. Les analyses que nous faisions sur une consommation pas si dégradée que cela, sur des importations à des niveaux pas exceptionnelles et sur une disponibilité d'animaux réduite nous ont donné raison.

Depuis le printemps, nous dénonçons des baisses injustifiées des prix à rebours des fondamentaux de marché. 

Des animaux qui ont été dévalorisés jusqu'à 800 euros, tout cela ne tient pas dans le temps et démontre qu'il est grand temps que la filière change de logiciel si elle veut continuer d'avoir des animaux pour faire tourner ses outils. C'est une attitude irresponsable et qui laisserait des traces sur les projets à venir. 

Les éleveurs ont besoin de stabilité. Depuis la première semaine de canicule de fin mai, nous avons expédié plus d'animaux en Espagne et en Italie qu'en 2025. Les prix ne remontent pas aussi vite qu'ils sont redescendus.

Notre coup de gueule de fin juillet était très utile. Maintenant, les prix doivent revenir rapidement à des niveaux rémunérateurs.

Lire aussi : Les éleveurs de viande bovine vont bloquer les abattoirs du groupe Bigard

La France comme une bonne partie de l'Europe traverse une sécheresse inédite que les observateurs jugent encore plus sévère que celle de 1976. Avec quelles conséquences pour l'élevage ?

P.B. : Nous sommes en train de vivre une situation exceptionnelle, du jamais vu dans notre pays. Tous les secteurs agricoles sont touchés. 

D'après les premières estimations remontées par les préfets, on est sur un taux de 50 % de pertes sur les prairies en annuel dans la majorité des régions d'élevage. 

Certains éleveurs ont perdu l'intégralité de leur récolte de maïs. La situation est extrêmement tendue au niveau fourrager. On limitera la décapitalisation si les éleveurs ont les moyens de nourrir les animaux. 

Par unité de gros bétail, on estime qu'il manque 2,5 tonnes de fourrages, ce qui représente 4 à 5 milliards d'euros.

Aller baisser les prix en plein milieu de la sécheresse cette année ce n’était vraiment pas une bonne idée.

Lire aussi : Le bilan très lourd de la sécheresse pour l'agriculture française

Quelles sont selon vous les mesures prioritaires à actionner ?

P.B. : Déjà, la filière doit être responsable. Vis-à-vis des éleveurs, des signaux d'achats positifs au niveau du bétail et du lait doivent se faire sentir très rapidement. Ensuite, la puissance publique doit donner des signaux forts en faveur des éleveurs. 

La première des priorités, est le déclenchement de l'indemnisation de solidarité nationale (ISN). Beaucoup d'éleveurs pensent encore ne prétendre à rien s'ils ne sont pas assurés, mais tous les éleveurs déclenchent dès lors que les pertes atteignent 30 % qu'ils soient assurés ou non. 

Dans la mesure où il a été établi que dans la majorité des cas les pertes atteignent 50 %, l'ISN doit se déclencher. Or, le déclenchement dépendant de l'indice satellitaire qui ne fonctionne toujours pas, nous avons donc demandé depuis juillet à la ministre des expertises de terrain. Il est urgent que ces enquêtes soient réalisées, car à quoi bon réunir les préfets si ce n'est pour ne pas tenir compte de leurs observations. On ne peut pas attendre la fin octobre pour voir si le satellite a constaté des pertes de 50 %. Les éleveurs sont d'autant plus légitimes pour réclamer ces expertises qu'ils participent au financement du fonds de solidarité nationale par un prélèvement de 11 % sur les taxes d'assurances de leur exploitation.

Normes sanitaires : Enfin la suspension des imports de viandes brésiliennes

« Ce jeudi 3 septembre marque l’application des règles européennes sur l’usage d’antibiotiques. À compter de cette date, d’après la liste publiée par la Commission européenne au printemps dernier, les imports de viandes bovines brésiliennes par l’Union européenne seront suspendus ! Enfin ! », se félicite la FNB dans un communiqué de presse.

En 2025, les imports européens depuis le Brésil ont représenté 120 000 tec de viandes bovines. La production brésilienne, appuyée sur les feedlots, est bien différente des élevages européens. Au-delà de règles environnementales, sanitaires et de bien-être animal bien moins strictes que celles appliquées en Europe, l’usage d’antibiotiques comme activateurs de croissance y est largement répandu.

« Bien consciente de ces failles, la Commission européenne a pourtant bataillé pour la conclusion d’un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. L’accord ajoute un contingent de 99 000 t à droits de douane réduits et supprime les droits sur les 60 000 t du contingent Hilton déjà existant… Comble de l’hypocrisie, l’accord est entré en application provisoire en mai 2026, malgré le scandale sur l’importation de viandes hormonées en provenance du Brésil, et alors même que la Cour de Justice européenne a été saisie, et que le Parlement européen ne s’est pas encore prononcé… » 

Avec l’application de cette nouvelle décision, la Commission européenne reconnaît donc, enfin, que le Brésil ne respecte pas les normes européennes en matière d’usage d’antibiotiques. 

« La suspension des imports de viandes bovines doit donc être effectivement appliquée, et dans la durée. Nous savons que les Brésiliens ne comptent pas faire évoluer leurs pratiques à court terme, et il apparaît inconcevable qu’une série de justificatifs “sur l’honneur” suffise à accréditer de nouveau les mêmes viandes brésiliennes. La Commission ne doit pas être dupe. Pour la première fois depuis longtemps, l’Europe fait preuve de lucidité et décide de protéger son marché, ses producteurs et ses consommateurs. Nous saluons cette décision. Désormais, nous avons besoin de garanties : cette suspension doit être effectivement appliquée dans la durée ! De plus, l’accord avec les pays du Mercosur doit être définitivement stoppé ! », indique Patrick Bénézit.

Lire aussi : Boeuf brésilien hormoné : la FNB appelle Emmanuel Macron à suspendre toute importation de bœuf brésilien ! 

Vu l'ampleur des besoins, le fonds de solidarité national sera-t-il suffisant et quid de la disponibilité des fourrages ?

P.B. : Nous savons déjà que le dispositif du fonds de solidarité ne suffira pas, c'est pourquoi nous demandons un soutien à l'UGB pour que les éleveurs puissent acheter de la nourriture pour leurs animaux afin de passer le cap.

Autant sur le bétail, sur l'export, nous avons des chiffres fiables, autant sur la disponibilité des fourrages, nous sommes dans le flou. On espère qu'il y aura suffisamment de matière. Mais, encore faut-il que les éleveurs aient les moyens d'acheter. Nous militons en ce sens.

Lire aussi : Sécheresse : « Les agriculteurs ne doivent pas être les seuls à payer la facture »

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