La Fédération nationale ovine a renouvelé les seize membres de son bureau le 30 septembre, à l'issue de son congrès au Cap d'Agde. A sa présidence siège désormais Patrick Soury, éleveur ovin en Charente. Il réaffirme la volonté de la FNO de développer la production française d'agneaux.
Il succède à Michèle Boudoin, à la présidence de la Fédération nationale ovine depuis onze ans. Patrick Soury, éleveur ovin et bovin allaitant en Charente, a été élu président de la FNO, association spécialisée de la FNSEA, ce 30 septembre, lors de du 79e congrès du syndicat, au Cap d'Agde. En parallèle, l'éleveur poursuivra son mandat de président de la section ovine d’Interbev, deux missions qu’il estime complémentaires. Quinze autres membres du bureau ont été élus pour cette nouvelle mandature de six ans. Composé de treize hommes et trois femmes, ce nouveau bureau « représente tous les territoires et tous les systèmes de production », souligne Patrick Soury et compte quelques nouvelles têtes.
Cap sur la viabilité économique des élevages ovins
Cette nouvelle mandature se veut dans la continuité des travaux déjà engagés, notamment sur le revenu, la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations. Avec, pour fil conducteur, la recherche de la viabilité économique des élevages. « C’est par cette logique que nous sécuriserons le futur de nos élevages, et que nous faciliterons l’installation et la transmission », souligne Patrick Soury, lors d’une conférence de presse tenue le 7 octobre.
Bien qu’affichant un des taux de renouvellement le plus haut du secteur agricole (94% en ovin allaitant, et 91% en ovin laitier), le secteur ovin doit continuer à travailler sur l’attractivité de ses métiers, car « rien n’est définitivement acquis ». Le programme Inn’ovin se poursuivra, toujours avec pour objectif de mettre en avant le métier d’éleveur ovin auprès des jeunes.
«L’acte de production doit rester au cœur du métier d'éleveur ovin », affirme Guillaume Metz. Dans cette optique, les travaux de la FNO poursuivront deux objectifs majeurs. D’une part, défendre une Politique agricole commune (PAC) réellement commune, avec un budget maintenu et une aide ovine revalorisée et pérenne. D’autre part, augmenter la production française d’un million d’agneaux pour passer de 48% à 55% d’auto-approvisionnement en France.
Ce qui nécessitera de faire correspondre objectifs des éleveurs et besoins des filières en viande d'agneau. Et pour ce faire, la FNO compte mettre l’accent sur un accompagnement technique des éleveurs renforcé et personnalisé, « pour produire plus et mieux ». Quant au lait de brebis, qui affiche un excellent taux d’approvisionnement, l’objectif sera de le maintenir tel quel : « Si on ne veille pas au grain, l’autosuffisance pourrait péricliter », prévient Patrick Soury.
Pour que la viande ovine trouve le consommateur, la FNO travaille aussi sur les débouchés des agneaux avec Interbev, au travers de la campagne « Nos clients changent, changeons l’agneau ». Notamment auprès des clients plus jeunes, moins habitués à en consommer. « Il s’agit de travailler sur la praticité de la production ovine pour l’amener jusqu'aux consommateurs les plus jeunes », explique Guillaume Metz, en charge du dossier à la FNO.
La prédation, l'autre dossier majeur de la FNO
La lutte contre la prédation reste au cœur des préoccupations de nombreux éleveurs ovins. Soixante-dix départements sont désormais concernés par la prédation, avec des conséquences économiques et techniques évidentes, mais aussi sociales, plus insidieuses. C’est pourquoi « la FNO ne compte pas les moyens investis sur cette question », souligne Patrick Soury. Certes, le déclassement du loup en 2025, d’espèce strictement protégée à protégée, a permis d’assouplir la gestion du prédateur. Mais la FNO réclame désormais un changement de paradigme face au loup.
Selon Claude Font, élu référent sur le sujet, cette politique de gestion du loup ne sera pas satisfaisante « tant qu’elle restera basée sur une estimation du nombre de loups et sur des quotas de prélèvement». La principale revendication de la FNO est donc l'augmentation des tirs de prélèvement, en proportion de la pression de prédation réellement exercée par les loups, et non de leur effectif.
Or, un décret pris en août permet au préfet coordonnateur du plan loup de suspendre les autorisations de tirs à l’échelle départementale. Ce qui signifie que certains territoires pourraient être lésés de leurs tirs au profit d’autres, selon Claude Font. Une gestion « différenciée» entre fronts de colonisation et territoires historiquement prédatés, qu’il juge inacceptable. « On continue de gérer les prélèvements plutôt que la pression de prédation en tant que telle », déplore Claude Font.
Anticiper les menaces sanitaires, indemniser les pertes et les adaptations des élevages, reconstituer les cheptels le cas échéant… sont autant d’objectifs clés de la politique sanitaire défendue par la FNO. Avec en ligne de mire, la conservation du potentiel de production français. La FNO réclame un plan de prévention contre la clavelée et la peste des petits ruminants. Elle demande un engagement fort de l’Etat sur la question, notamment dans le cadre des Assises du sanitaire. Les contrats de filière, qui devraient voir le jour à l’issue de ces Assises, devront garder un financement régalien, souligne Guillaume Metz.