Sur les prétailleuses viticoles, les constructeurs proposent différentes solutions de pilotage d’ouverture et de fermeture autour du piquet. Le point sur les technologies disponibles.
Les ventes de prétailleuses neuves constituent un marché essentiellement de renouvellement. Avec l’augmentation des surfaces d’exploitation, les viticulteurs passent souvent, lors du remplacement de leur parc, à une solution avec ouverture et fermeture automatisées, afin de gagner en confort ou en débit de chantier. Le pilotage manuel de l’ouverture et de la fermeture au piquet est en effet un travail rébarbatif qui demande beaucoup d’attention, d’autant que le chauffeur doit gérer en parallèle la hauteur et le bon centrage de la prétailleuse. L’objectif premier reste de laisser une quantité limitée de sarments autour des piquets, afin de limiter le nombre d’heures de taille et de tirage des bois par les tailleurs manuels par la suite. De ce fait, la vitesse d’avancement en pilotage manuel ne dépasse généralement pas 5 km/h.
Ce pilotage manuel s’effectue depuis une commande sur un joystick ou un interrupteur électrique. En fin de longues journées de travail, le pilotage manuel se solde souvent par une plus grande quantité de sarments laissés autour du piquet, ou par un risque de casse accru sur le piquet et la machine. À cela, s’ajoute « la difficulté de trouver de la main-d’œuvre qualifiée, qui incite également à l’investissement vers des solutions automatisées », explique Didier Andelfinger, de Provitis.
Trois types d’automatismes
Afin de gagner en débit de chantier et/ou en précision, les constructeurs de prétailleuses proposent différentes technologies d’automatismes d’ouverture. On en distingue trois grandes familles : électromécaniques, magnétiques et optiques.
La solution d’automatisation la plus économique consiste à utiliser des palpeurs électromécaniques. Compter entre 2 000 et 4 000 euros pour cette solution, qui reste un système d’automatisation simple et robuste. Comparativement aux sarments, les piquets, plus rigides et plus gros, sollicitent davantage les palpeurs. Au-delà d’une certaine amplitude (à paramétrer en fonction de la taille des piquets), les palpeurs déclenchent l’ouverture de la prétailleuse. Cette solution fonctionne quelles que soient les conditions de luminosité, de météo, de poussière.
Cependant, dans les vignes très vigoureuses, mais aussi dans les parcelles où les sarments sont relevés manuellement par paquets, le nombre ou la grosse section des sarments peuvent déclencher inopinément l’ouverture en l’absence de piquet. Les constructeurs conseillent généralement de positionner les deux palpeurs à des hauteurs distinctes, l’un presque au sommet du piquet, l’autre à une position plus basse. Ce n’est que l’activation conjointe des deux palpeurs (piquet vertical) qui va provoquer l’ouverture. Au besoin, il est possible de repasser en pilotage manuel, par exemple dans les parcelles aux piquets tordus, en désactivant ou en démontant les palpeurs. « Il faut deux minutes avec une clé, pour les démonter, confie Didier Andelfinger. Et pour les pentes importantes, pour lesquelles l’axe de deux rangées de disques n’est plus aligné avec les piquets, nous pouvons monter deux paires de palpeurs. Les palpeurs du haut vont actionner l’ouverture, tandis que ceux du bas vont la prolonger. »
Fonctionnant avec tout type de piquet, ces solutions mécaniques permettent d’augmenter la vitesse de travail jusqu’à 8-9 km/h.
L’ouverture magnétique pour les piquets métalliques
Seconde technologie, la détection magnétique (ou inductive) des piquets. Proposé autour de 5 000 à 6 000 euros, ce système se compose, d’un côté, de bobines qui génèrent un champ magnétique et, de l’autre côté, d’un capteur qui mesure les variations du champ magnétique générées par le piquet. Exclusive aux piquets métalliques, cette solution présente l’avantage de détecter ceux de petite section (dès 25 mm de diamètre).
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Elle n’est pas impactée par les sarments et peut travailler en présence de feuillage, un atout dans certains vignobles du nord de la France qui débutent le prétaillage précocement dans la saison. Les gros fils de palissage peuvent éventuellement générer des perturbations. Mais les récentes générations de capteurs inductifs ont corrigé ce biais. Elles permettent de travailler à une distance importante du piquet (jusqu’à 50 cm entre l’émetteur et le récepteur sur le récent capteur magnétique Pellenc) et dépendent moins du bon centrage des deux parties du capteur autour du piquet pour un fonctionnement optimal. Elles prennent aussi en compte les piquets inclinés ou déformés.
De bonnes performances avec les capteurs optiques
La dernière technologie s’appuie sur des capteurs optiques. Ils se composent d’un côté d’un émetteur lumineux, qui émet généralement dans l’infrarouge, de l’autre d’un récepteur. Lorsque le système passe devant un piquet, la source lumineuse est cachée : l’absence de réception du signal lumineux déclenche alors l’ouverture. Pour bon nombre de constructeurs, c’est la solution la plus précise, mais aussi la plus coûteuse (6 000 à 10 000 euros). Bien souvent, elle permet de mesurer le diamètre du piquet, adaptant ainsi l’amplitude d’ouverture des deux rangées de disques et peaufinant le nettoyage autour du piquet. Certains utilisateurs atteignent des vitesses de chantier de 9 km/h, quand les conditions sont bonnes (parcelles longues et bien nivelées).
Comme tout capteur optique, il est sensible à la poussière et à la boue, nécessitant d’être nettoyé régulièrement. Certains capteurs sont également sensibles à certaines conditions de luminosité (forte, soleil au ras du sol), mais les nouvelles générations tendent à corriger ce défaut. Ces dernières se montrent également plus à l’aise en situations de feuillage encore abondant (qui peut cacher les piquets), aidées par un algorithme et/ou une IA (intelligence artificielle) qui analyse les données.
« En option, le capteur optique peut également servir au suivi de cordon, ajoute Pascal Braccolino de la société Ferrand. Le chauffeur est ainsi délesté de la gestion de la hauteur en plus de celle de l’ouverture/fermeture. Il ne s’occupe plus que du centrage de l’outil sur le rang. »
Mesurer la vitesse pour piloter les automatismes
Pour actionner au bon moment l’ouverture et la fermeture à la suite de la détection du piquet, l’information de la vitesse est capitale. Elle est généralement paramétrée par le chauffeur en cabine. Mais de plus en plus d’automatismes s’appuient sur la mesure en direct de la vitesse. Celle-ci est donnée en se branchant sur le tracteur sur les modèles récents ou à l’aide d’un radar. La temporisation entre la détection du piquet et l’ouverture/fermeture s’adapte alors à la vitesse. Un atout notamment lors des phases d’accélération et de décélération en bouts de rangs.
Ouvrir et fermer vite
La qualité de nettoyage autour du piquet dépend également de la vivacité d’ouverture et de fermeture. Naotec avance une « vitesse de déplacement des organes de coupe deux fois supérieure à la concurrence », annonce Bruno Fairé. Ferrand argumente sur le système d’ouverture sur glissière, comme une porte automatique de magasin, qui « ne laisse plus aucun sarment autour du piquet, puisqu’on peut paramétrer la course », précise Pascal Braccolino.