A quelques semaines du début de campagne, la filière pêches et nectarines de France présente sa nouvelle organisation et ses ambitions. Très affaiblie par le virus de la Sharka, la production française souhaite se maintenir face à son concurrent espagnol, expansionniste.
«Merci aux routiers espagnols ! Leur blocus en juin 2008 nous a permis de mettre plus tôt notre production en GMS, ce qui a initié une saison un peu plus clémente que prévu » : François Bes, porte-parole de la nouvelle association d’organisations de producteurs (AOP), Pêches et nectarines de France, résume ainsi la campagne 2008. La deuxième semaine de juin 2008, en début de saison de la pêche française, une grève des transporteurs espagnols avait en effet bloqué le transport des marchandises dans la péninsule ibérique et réduit les arrivages de pêches espagnoles en France. Une brèche dans laquelle les producteurs français avaient su s’engouffrer. Résultat : malgré un désintérêt des consommateurs en fin de saison, pour la première fois depuis cinq ans, la filière pêche nectarine française n’avait pas connu de crise.
« En moyenne le prix départ expédition s’est situé autour de 1,35 euro, soit au-dessus du prix de revient de 1,30 en moyenne. Les 5 années précédentes, le prix départ se situait plutôt 5 centimes en dessous du coût de production qui ne cesse de progresser », précise Pierre Giovanelli, président de l’AOP. Une situation qui s’explique aussi par la chute de la production française, très affectée par la sharka, maladie virale des arbres fruitiers (encore incurable). Entre 2002 et 2007, le verger français de pêchers est passé de 21 819 à 15 857 hectares (soit une baisse de 28 %), selon l’enquête des services statistiques du ministère de l’Agriculture. La Drôme est particulièrement touchée par le virus.
« Un potentiel de 100 000 à 150 000 t de pêches y a été perdu à cause de la sharka », estime Pierre Giovanelli. Dans ce département, la taille du verger de pêchers a été divisée par trois depuis 1992, passant de 12 000 ha à 4 000 ha (en 2007).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La production française de pêche et nectarine a baissé de 37 % entre 2001 et 2008, pour tomber à 285 000 tonnes (source Europêch’ 2008). Or le marché français à la consommation est estimé à 350 000 t par l’AOP . La réduction du verger français profite ainsi aux importations, espagnoles en particulier, alors que les exportations françaises reculent. 134 000 t de pêches ont été importées l’an passé (espagnoles, à plus de 90 %), soit près de deux fois plus qu’en 2000. Les exportations françaises, surtout tournées vers l’Allemagne et la Belgique, se sont contractées dans le même temps de 76 000 t à 52 000 t (-32 %). Le potentiel de production du verger français est aujourd’hui de 300 000 t. Un minimum à protéger pour maintenir la place de la France sur le marché européen.
« Notre première mission, c’est d’au moins maintenir ce potentiel », confirme Pierre Giovanelli, président de la jeune AOP, initiée par écopêche. Créé en 2004, ce collectif des 19 plus grosses entreprises de pêches et nectarines de France avait pour objectif de dynamiser l’aval de la filière. La nouvelle configuration sous forme d’AOP nationale, regroupant 21 entreprises soit 80 % de la production organisée (150 000 t de fruits pour un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros), n’a aucune incidence sur les questions « aval ».
« La grande nouveauté (ndlr : par rapport à Ecopêche)
réside dans le fait que l’on peut désormais intégrer toutes les problématiques amont, comme la production, l’expérimentation et la problématique phytosanitaire », se félicite Pierre Giovanelli. Son ambition : contribuer à replacer l’offre française dans une position forte sur les marchés européens et le marché domestique en priorité, face à une production espagnole qui ne cesse de progresser depuis 2000 (+11 % sur un an entre 2007 et 2008).
Une campagne à 650 000 €
À l’heure où les premières pêches marocaines sont arrivées sur les étals (les pêches espagnoles ne devant pas tarder), le début de campagne 2009 de la pêche française, habituellement fin mai, s’annonce tardif.
« Pas mal de soucis de grêle ont été enregistrés localement. Sinon, on a eu une très belle floraison, très courte », avance le président de l’AOP. Un grand décalage de floraison entre les régions françaises laisse supposer un bon étalage d’arrivages sur le marché tout au long de la saison, ce qui est plutôt bon signe. L’AOP, qui a simplifié sa signature en « pêche d’ici » (au lieu de « pêche d’envie, pêche d’ici ») pour mieux surfer sur la tendance « locavore », prévoit un budget de 650 000 euros pour soutenir la campagne. Le 2 juin, distributeurs et producteurs se retrouveront à Paris pour le lancement de la saison. Animations de magasins et opérations de promotion (type « 10 % de produits gratuits ») sont prévues tout au long de la campagne, au moment des pics de production. Auprès du grand public, l’association veut mettre en valeur la charte d’engagement PFI (production fruitière intégrée).