L'hypothèse d'une France sans OGM est incompatible avec l'état actuel de l'élevage. Au plan européen, l'arrêt des autorisations d'OGM pourrait être désastreux, selon une étude de la Commission européenne.
Ce serait
« aller au bout de la logique », estime Jean-Michel Lemétayer. Si vraiment les OGM sont néfastes pour le consommateur et l’environnement, il faut arrêter d’en importer, a commenté le président de la FNSEA, affligé par le moratoire sur la culture du MON 810. La section des producteurs de grains, Orama, a laissé entendre pour sa part que ses adhérents n’hésiteraient pas à tenter de s’opposer au débarquement dans les ports français de soja OGM américain. En toute logique, il faudrait aussi barrer la frontière espagnole aux cuisses de porc. L’Espagne, où se cultive le MON810 et qui en importe de France, livre annuellement quelque 230 000 tec de viande porcine à la salaison française. L’apport du premier fournisseur de jambons est considérable, comparé aux 2 Mt de viande de porc française.
L’élevage français, toutes espèces confondues, est tributaire à 45 % des importations de protéines végétales, selon Proléa, l’organisation représentative de la filière oléo-protéagineuse. Le soja provient essentiellement du Brésil où un hectare sur deux est issu de cultures génétiquement modifiées. La rareté du soja non OGM dans les échanges mondiaux (9 tonnes sur 10 selon l’Isaa) et la croissance de la demande mondiale laissent apprécier la fragilité de la source brésilienne non-OGM. La production de pois demeure nettement insuffisante pour couvrir les besoins de l’élevage porcin. Les tourteaux de colza et de tournesol qui sortent des huileries sont en forte expansion avec la demande énergétique. Mais les porcins n’en consomment que 30 % et les volailles et poules pondeuses 10 %. L’aviculture française est particulièrement dépendante du soja en l’absence d’alternatives comme les protéines d’origine animale. La volaille de chair ne peut s’en passer.
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L’arrêt des importations de soja et de maïs OGM a pourtant été envisagé par la direction Agriculture dans une étude remise à la Commission. Il ne serait pas d’origine politique mais proviendrait de la montée des modifications génétiques non autorisées dans l’UE. Selon un scénario catastrophe, les principaux pays exportateurs de maïs et de soja que sont les Etats-Unis, l’Argentine et le Brésil s’autoriseraient des cultures de variétés dont le débouché européen serait compromis par une tolérance-zéro. Il en résulterait un assèchement de la ressource importée qui affecterait durablement, voire définitivement l’élevage européen, même si cette situation ne durait que deux ans.
L’émergence de débouchés autre que l’UE rend plausible l’hypothèse d’une absence de prise en compte de la demande européenne dans les politiques de production des trois principaux pays fournisseurs. Le maïs d’Argentine en subit déjà les conséquences. L’Argentine cultive deux maïs OGM dont l’un est toléré dans l’UE en dessous de 0,9 % de présence fortuite et l’autre complètement prohibé. Ainsi, le maïs importé ces derniers mois est venu principalement du Brésil.
D’après l’étude intitulée
« Impact économique des OGM non-approuvés sur l’alimentation animale et l’élevage », deux années d’importations impossibles multiplieraient par six (!) le coût de l’alimentation animale. En effet, les cultures de remplacement ne combleraient que de 10 % à 20 % le trou laissé par le soja importé. Un tsunami qui ferait reculer la production porcine européenne de 35 %, la production avicole de 44 % et la production bovine de 2 % en 2010. La consommation reculerait aussi : de 17 % pour la viande de porc, de 26 % pour la viande de volaille. Elle augmenterait de 23 % en viande bovine, à la faveur d’une montée des importations. En supposant que l’UE reprendrait ses autorisations après deux années de moratoire, l’élevage européen ne s’en remettrait qu’en 2013, et la consommation serait changée. La DG Agri se garde de prendre à son compte la conclusion selon laquelle il faudrait accélérer les autorisations d’OGM.