La fissuration mécanique présente de multiples intérêts, mais ses bénéfices ne valent sur le long terme que si elle s’accompagne de leviers agronomiques.
Avec la répétition des hivers humides et des étés secs, la décompaction des sols trouve de plus en plus d’intérêts. Elle favorise l’infiltration de l’eau pour éviter la saturation et l’asphyxie des sols et elle facilite l’accès à l’eau en profondeur, quand la ressource hydrique s’épuise en surface.
« Sur le marché, on rencontre soit des gros décompacteurs, soit des fissurateurs de surface, explique Robin Euvrard, vigneron à la SCEA Eco-Dyn, spécialisée dans les matériels destinés à la biodynamie et l’agriculture régénérative. Nous avons souhaité créer un outil intermédiaire entre ces deux familles d’outils. »
Présenté au Sival 2024, le prototype de fissurateur d’Eco-Dyn se compose de dents fines, précédées de disques ouvreurs ayant pour vocation de trancher net les premiers centimètres de sol. Les dents assurent ainsi un travail de fissuration, sans générer de perturbation dans les différents horizons de sol. Depuis le salon angevin, le fissurateur désormais commercialisé a peu évolué. « Toutes les dents sont désormais sur une seule et même poutre, pour avoir un outil compact », précise Robin Euvrard. Un relevage trois points arrière permet d’accueillir un outil complémentaire, comme une cuve ou un semoir.
Trois leviers pour une fissuration durable
« Cependant, le travail du fissurateur n’est durable que s’il y a de la vie en profondeur, prévient Robin Euvrard. Même en présence de matière organique en profondeur, l’absence de vie microbienne ne permet pas de dégrader cette matière et d’inciter au développement racinaire en profondeur. On peut être amené à repasser le fissurateur au bout de trois ans. »
Pour le vigneron, une fissuration efficiente passe donc par trois leviers intimement liés : rouvrir le sol mécaniquement, favoriser l’enracinement profond de l’enherbement et activer une vie microbienne en profondeur. En tranchant le sol, les disques ouvreurs préservent l’enherbement en place, tandis que les dents vont aider ce dernier à s’implanter plus en profondeur, pour la ressource en eau notamment. Ces dents favorisent une oxygénation suffisante et nécessaire au développement de la vie microbienne dans les couches inférieures, ce qui accélère la minéralisation et favorisent le développement racinaire.
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Ce travail de minéralisation peut être enclenché et/ou accéléré par l’injection de ferments lactiques. « Bon nombre des fissurateurs que nous avons vendus l’ont été avec un pulvérisateur Eco-Dyn optionnel, ajoute Robin Euvrard. Mais rien n’interdit un montage maison sur la base d’une cuve présente sur l’exploitation. Attelé sur l’attelage arrière du fissurateur, cet appareil est doté d’une pompe et d’un système de tuyaux et de canules fixées derrière la dent qui appliquent les ferments lactiques, la soupe microbienne, en profondeur. »
Une réussite plus ou moins longue
Après deux saisons, il est encore difficile de prouver l’efficacité de cette combinaison de solutions. « Mais avec ces deux années climatiques compliquées, la mise en œuvre est forcément difficile, contextualise Robin Euvrard, qui reste très confiant. En grandes cultures et dans les prairies, cette technique est expérimentée depuis beaucoup plus longtemps. Et cela fonctionne. Le temps nécessaire à la remise en activité du sol en profondeur dépend bien sûr d’où l’on part. Mais lorsque les conditions sont réunies, en quelques mois, on peut avoir une structure de sol granuleuse, qui sent l’activité, comme la terre en lisière de forêt. » Une phase exploratoire, pouvant comprendre des analyses de sol, peut être utile pour déterminer les rééquilibrages à entrevoir.
L’enrichissement en matières organiques peut être envisagé de plusieurs façons. Le semis d’essences à racines pivot est une solution, en exploitant éventuellement les dents et les canules du fissurateur, combiné à un semoir. Le fissurateur peut aussi servir à implanter de l’engrais organique en granulés.
Faire sa "soupe microbienne"
La solution microbienne à injecter peut être réalisée à partir de LiFofer (litière forestière fermentée) du commerce en diluant dans l’eau. Mais il est également possible de la fabriquer à partir de litières forestières de la région. « Il faut une base d’eau et du sucre pour multiplier la population microbienne, indique Robin Euvrard, un peu comme un boulanger cultive son levain. »