Pour aménager son temps de travail Distribuer la ration des vaches plus simplement

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Pour aménager le temps de travail et diminuer sa pénibilité, se libérer le week-end, voire pour mieux gérer une éventuelle main-d´ouvre salariée, il peut être très intéressant d´organiser autrement la distribution quotidienne de la ration. Cela revient à ne pas distribuer chaque jour tous les aliments qui composent la ration. « Tant que la ration est essentiellement constituée de fourrages, ceci ne pose pas a priori de problème au bon fonctionnement du rumen », analyse Cécile Martin de l´équipe Digestion microbienne de l´unité de recherche sur les herbivores, Inra de Theix. « Les conditions ruminales sont ainsi stables, en équilibre. » Ce ne serait pas possible évidemment pour des taurillons à l´engraissement qui ont de forts besoins de production et reçoivent des rations à haute densité énergétique !
Lot expérimental ©SB

Les vaches du lot expérimental. Elles ont reçu leur ration la veille au matin.
Lot témoin ©SB

Les vaches du lot témoin. Elles ont reçu leur ration le matin même.

Peu d´effets à court terme pour les vaches
Trois essais présentés ici montrent par contre que les effets à court terme sont peu importants pour les vaches allaitantes. La ration semble être valorisée différemment de lorsque tous les aliments sont distribués chaque jour, mais les vaches semblent s´en accommoder. Pour les autres catégories d´animaux, il convient pour l´instant d´être plus prudent. Des essais sur les génisses (voir partie 2) montrent a priori une plus grande sensibilité des jeunes. Un essai en cours à la ferme expérimentale des Etablières devrait apporter d´autres résultats intéressants sur les veaux et les génisses.
1 Distribuer la ration trois fois par semaine
A la Ferme expérimentale des Etablières, un essai mené par l´Institut de l´élevage et la Chambre d´agriculture de Vendée consiste à distribuer la ration trois fois dans la semaine au lieu de tous les jours. « Cette technique permet de gagner du temps à l´échelle de la semaine », explique Guillaume Eudeline, responsable du troupeau de la ferme expérimentale.
Des vaches en vêlage d´automne reçoivent les fourrages et le concentré le lundi matin, le mercredi matin et le vendredi matin. Des lots témoins correspondants les reçoivent chaque matin. La ration est composée d´ensilage d´herbe et de foin, avec dix kilos de concentré par semaine. L´ensilage est distribué avec une désileuse classique et le foin est à disposition dans des rateliers situés au milieu des cases. Le concentré est soigneusement mélangé à la main pour que les vaches le consomment en même temps que l´ensilage. « C´est le deuxième hiver que nous testons cette technique sur des vaches allaitantes », explique Guillaume Eudeline. « Nous n´avons pas les résultats définitifs de l´essai, mais l´an dernier, cela a bien marché. Nous n´avons pas observé de différence significative sur le poids ni sur l´état d´engraissement des vaches du lot expérimental par rapport à celles qui avaient leur ration tous les jours.

La ration est distribuée le lundi, le mercredi et le vendredi
Leurs veaux ont réalisé des croissances identiques. » Chaque soir, l´ensilage mélangé au concentré est repoussé devant les cornadis. Les expérimentateurs ont observé que les vaches mangeaient et ruminaient à peu près en même temps que celles du lot témoin. Avec un ensilage de très bonne qualité l´hiver dernier, les vaches ont eu peut-être tendance à manger d´abord de l´ensilage, et le foin ensuite. Cette année, elles semblent manger du foin chaque jour comme le lot témoin. Cet hiver, l´essai a été étendu dans les mêmes modalités au rationnement des veaux et des génisses d´un an et de dix-huit mois. Affaire à suivre !
2 Distribuer l´ensilage d´herbe cinq jours en semaine et les autres aliments le week-end
L´Institut de l´élevage, avec le Lycée agricole de Chaumont (52) et l´Enesad (21) ont essayé sur un troupeau Limousin de distribuer l´ensilage d´herbe chaque matin du lundi au vendredi, et les autres aliments le samedi et le dimanche. Les lots témoins recevaient chaque jour à la fois l´ensilage d´herbe et les autres aliments. Pour les génisses d´un an, ont été testés des régimes ensilage d´herbe, foin et concentré et ensilage d´herbe, ensilage de maïs et concentré calculés pour permettre des croissances de 600 grammes par jour. Pour les génisses de deux ans, une croissance de 300 g par jour était visée avec en plus de l´ensilage d´herbe, soit du foin et du concentré, soit de la paille et du concentré. Les vaches en vêlage d´automne recevaient de l´enrubannage, avec soit du foin et du concentré, soit de la paille et du concentré. L´objectif que s´était fixé les expérimentateurs étant qu´elles ne perdent pas plus de vingt-cinq kilos. « Pour les génisses des lots expérimentaux, les variations des apports entre un jour de semaine et un jour de week-end étaient de 1,5 à 2,5 UFL et pouvaient aller jusqu´à 250 g de PDI. Les génisses ont eu des croissances plus faibles que celles du lot témoin, d´environ 130 grammes par jour pour celles d´un an et de 70 grammes par jour pour celles de deux ans. » Les vaches allaitantes, dont les apports entre la semaine et le week-end variaient de 2 à 4 UFL et de 200 à 400 g de PDI, n´ont perdu que sept kilos de plus que celles du lot témoin.
Leurs veaux ont accusé un retard de croissance de cinq kilos en moyenne à la fin de l´hiver. « La récupération au pâturage n´est que partielle chez les génisses d´un an et les génisses de deux ans n´ont pas du tout rattrapé leur retard. Les vaches par contre ont complètement récupéré à l´herbe », explique l´Institut de l´élevage. Leurs intervalles vêlage - vêlage n´ont pas été affectés.
« En conclusion, ce mode d´affourragement simplifié parait sans conséquence sanitaire mais réduit l´efficacité alimentaire, avec semble t-il une plus grande sensibilité des jeunes animaux. Des génisses élevées selon cette technique pourrait accuser un retard de croissance de 20 kg à l´entrée de leur troisième hiver. »

* Simplification de l´alimentation hivernale en troupeaux allaitants par distribution alternée des fourrages. 1997, Grenet, Haurez, Billant, Imbert, Journées 3R.
3 Distribuer le foin et la paille une fois par semaine
Les fourrages récoltés en grosses balles sont plus simples à distribuer une seule fois dans la semaine, plutôt que de les manipuler tous les jours. Partant de cette observation deux essais ont été menés à l´Inra de Theix, l´un sur des Salers et l´autre sur des Charolaises, vêlant fin février-début mars, qui recevaient une ration composée de foin et de paille. Chaque vache du lot expérimental recevait 63 kg de foin le lundi matin et de la paille à volonté, celles du lot témoin recevaient chaque matin 9 kg de foin et de la paille à volonté. « Le foin a été toujours ingéré en totalité par le lot expérimental. La consommation de paille par contre, bien qu´elle ait progressé au cours de l´essai, a été pénalisée par le fait d´être distribuée une fois par semaine », selon l´Inra. Cette moindre consommation de paille du lot expérimental a représenté une faible différence d´apports énergétiques, de l´ordre de 0,3 UFL par jour. « En début de semaine, les vaches mangent uniquement du foin, puis au fur et à mesure que le stock diminue, elles consomment de la paille. A partir du cinquième jour, elles ne disposent plus que de paille. » L´énergie ingérée par chaque vache du lot expérimental passe donc de 13 UFL le lundi à 3 UFL le vendredi et l´encombrement calculé de la ration passe de 21 à 10 UEB avant de s´élever à nouveau, avec l´augmentation de la consommation de paille en fin de semaine, à 16 UEB le dimanche.
Les vaches affouragées une fois par semaine ont perdu au total 44 kg (± 17 kg) et 0,8 point de note d´état.
Celles du lot témoin ont perdu 30 kg (± 19 kg) et 0,6 note de point d´état. Leurs productions laitières et les croissances des veaux ont été similaires dans les deux lots. « Le mode de distribution simplifié des fourrages ne limite pas le niveau de production des vaches mais entraîne une mobilisation supérieure des réserves corporelles. » Ce n´est pas la différence de l´apport énergétique à l´échelle de la semaine, due à une moindre consommation de paille dans le lot expérimental qui explique cette plus forte mobilisation des réserves. Elle reste d´ailleurs facilement compensable à l´herbe ou par un apport de concentrés. « Ceci laisse supposer une valorisation différente de la ration par les vaches quand on distribue le fourrage une fois par semaine », explique l´Inra.

* Distribution à l´échelle de la semaine d´une ration foin/paille à des vaches allaitantes. 1997, Lassalas, Agabriel et Petit. Journées 3R.

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