Le silo portuaire de Rouen espère que les céréales françaises trouveront leur place sur le marché mondial dans un contexte où les exportations russes et ukrainiennes sont entravées par le conflit armé qui oppose les deux pays.
« Malgré le repli de la collecte de céréales à paille par rapport à l’an dernier, les volumes à l’exportation pourraient être relativement importants sur la campagne 2026-2027, en raison des problèmes de logistique de la Russie et de l’Ukraine à expédier leurs marchandises », indique Alain Charvillat, directeur céréales export de Sénalia. La circulation des céréales russo-ukrainiennes est en effet entravée, que ce soit par voie maritime (via la mer d’Azov et la mer Noire), par voie fluviale (via le Danube) ou par voie terrestre (via les pays Baltes, la Roumanie et la Bulgarie).
Un début de campagne poussif pour l’exportation des céréales à Rouen
Cependant, le début de la campagne de commercialisation à l’export n’est guère animé pour l’ensemble des ports maritimes et des terminaux céréaliers français. Sénalia, le principal silo portuaire de Rouen, ne fait pas exception à la règle. « Les volumes chargés sur juillet et août 2026 sont modestes », regrette le dirigeant.
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Sénalia enregistre une baisse d’un tiers de ses exportations de céréales à paille sur les deux premiers mois d’été, d’une campagne sur l’autre. Le repli est plus marqué en blé tendre qu’en orge fourragère. En termes de destination, leblé tendrefrançais a pris le chemin de l’Afrique de l’Ouest et de l’Espagne, tandis que l’orge fourragère a été expédiée en Chine et en Arabie saoudite.
À ces tonnages, il faut ajouter les expéditions de tourteaux produits par l’usine de trituration de Saipol à Grand-Couronne, sur le site portuaire de Rouen, et les drêches en provenance de l’éthanolerie de Tereos à Lillebonne.
Aucun volume à l’importation
Le prestataire de service rouennais n’a pas importé de maïs ou d’autres grains sur juillet-août 2026, aucune demande n’ayant émané de ses clients industriels. « Le port de Rouen n’est pas le mieux placé pour importer des marchandises car ses installations et outils sont plus adaptés au chargement qu’au déchargement des navires », commente Alain Charvillat.
Et ce contrairement au port de Dunkerque, qui importe depuis quelques campagnes déjà des marchandises (maïs français en transit pour l’amidonnerie régionale et granulés de bois), et aux ports de la façade Atlantique, qui réceptionnent traditionnellement des tourteaux pour les fabricants d’aliments pour animaux de l’Ouest de la France, voire des graines oléagineuses pour les triturateurs français. « Cependant, nous pourrions nous adapter : Sénalia possède suffisamment de cellules de stockage, seuls les débits de déchargement seraient limités », tempère Alain Charvillat.
« Nous n’avions pas donné d’objectif de trafic en début de campagne car nous attendions de connaître les volumes et qualités des productions céréalières pour nous prononcer. Si les récoltes de blé tendre et d’orge sur l’hinterland du port de Rouen ne sont pas trop mal connues, une interrogation demeure en maïs quant à la collecte nationale, annoncée médiocre, et aux besoins d’importation pour approvisionner les fabricants d’aliments pour animaux », explique le dirigeant de Sénalia. Ainsi, le prestataire de service rouennais risque de connaître un coup de frein sur ses exportations de maïs, qui montaient en puissance depuis deux campagnes. Les chargements de maïs, qui ont débuté en 2024-2025 avec 47 000 t expédiées, ont ensuite doublé pour atteindre 72 000 t en 2025-2026.
Une autre inconnue sur le marché mondial des céréales concerne le contexte géopolitique international, avec notamment le conflit russo-ukrainien qui handicape les exportations de grains des deux pays. Cette situation est théoriquement favorable aux céréales françaises. « Reste à savoir quelle sera l’appétence des importateurs internationaux pour l’origine hexagonale », s’interroge Alain Charvillat.
Une activité aléatoire difficile à gérer en termes d’organisation pour Sénalia
Cet environnement complexe et guère prévisible met à mal l’organisation de Sénalia en termes de gestion du personnel et d’infrastructures. « Les marchés sont de plus en plus erratiques en termes de volume d’activité : par exemple, cette semaine [semaine 38], nous n’avons pas eu de chargement, mais ce week-end trois bateaux vont accoster pour être chargés la semaine prochaine. Et sur les semaines suivantes, notre carnet de commandes est vide », illustre le directeur céréales export de Sénalia.
Dans ce contexte, le prestataire de services n’a pas eu d’autre choix que de stopper l’acheminement par camions et barges des céréales de leurs adhérents, les silos étant pleins. Le transfert de céréales reprendra au compte-gouttes en fonction des prochains chargements à l’exportation.