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Amanda Meunier, cinéaste et éleveuse dans les Hautes-Pyrénées : « On peut poétiser le métier, mais il ne faut pas oublier que la réalité est dure »

Cet été, Réussir.fr vous propose des échanges avec celles et ceux qui communiquent sur le monde agricole et leur métier. Rencontre avec Amanda Meunier, cinéaste, photographe et éleveuse depuis la récente reprise de l’exploitation agricole de sa mère dans le piémont pyrénéen. 

Amanda Meunier, éleveuse et cinéaste avec ses vaches blondes d'Aquitaine sur son exploitation agricole à Esconnets dans les Hautes-Pyrénées
« Quand j’ai annoncé que je m’installais mais que je comptais continuer le cinéma, beaucoup m’ont dit que c’était incompatible. Moi, je ne veux pas avoir de regrets, je préfère foncer », assure l'éleveuse et cinéaste Amanda Meunier.
© Amanda Meunier

Née dans les Hautes-Pyrénées, d’une mère agricultrice et d’un père vétérinaire, Amanda Meunier a toujours été bercée par le milieu agricole, sans pour autant se projeter dans ce métier au départ. Au lycée, elle découvre la photographie et le cinéma et décide de poursuivre cette passion. Elle commence à filmer son entourage pendant ses études et trouve sa voie dans la mise en images du monde paysan. Son dernier moyen métrage documentaire, Fleurir a remporté le prix Espoir au festival du film Pastoralismes et grands espaces en 2025 à Grenoble.

A 25 ans, début 2025, elle reprend finalement l’exploitation agricole de sa mère au-dessus de Bagnères-de-Bigorre. Elle élève aujourd’hui, sur 30 ha dans un système transhumant, 30 vaches blondes d’Aquitaine, et une quinzaine de brebis Manech tête noire. Sans lâcher sa caméra, l’éleveuse souhaite développer, en plus de son activité de naisseuse, une activité laitière et des repas à la ferme pour dynamiser son village.

Réussir.fr : Comment avez-vous commencé à filmer le monde agricole ? 

Amanda Meunier : Je n’ai pas eu l’idée d’un seul coup, un matin. Pendant le confinement en 2020, mon école [l’École nationale supérieure d’audiovisuel] nous a demandé de filmer notre quotidien et notre entourage. Donc naturellement j’ai filmé ma petite voisine qui monte sur les veaux, mon grand cousin et ses vaches, c’était très naïf au début. 

Lire aussi : Pauline Garcia, éleveuse et comportementaliste animalière : « Je veux montrer de quoi est capable l’animal sans utiliser la force »

D’ailleurs, tous ces films sont rassemblés dans la série Paisans de nosta (Paysans de chez nous en occitan)…

Tous les petits films que j’ai faits à l’école sont réunis. On voit mon évolution dans la réalisation comme dans la vie. Certains sont un peu bricolés parce qu’on avait des consignes et des techniques différentes pour chacun. La première diffusion a eu lieu à Toulouse en 2023, le directeur de mon école m’a fait la surprise d’organiser une projection dans le cadre d’un festival. J’avais ramené à la projection tous les paysans que j’avais filmés, c’était génial ! À partir de là, j’ai eu envie de faire vivre cette série. Depuis trois ans, elle est diffusée un peu partout en France dans des festivals, des fermes, des salles des fêtes, des cinémas… J’aime ce que cela crée, il y a souvent des échanges et des débats à la fin, c’est toujours intéressant. 

Affiche de la série du court métrage Paisans de nosta réaliser par Amanda Meunier
Crédit : Amanda Meunier

Qu’est-ce qui vous motive dans le fait de filmer le monde paysan ? 

Travailler avec du vivant, c'est travailler avec la vie, mais aussi avec la mort, souvent 

Au début c’était vraiment naïf, je ne me suis pas dit que j’allais filmer les paysans parce que je suis engagée pour cette cause. Aujourd’hui, j’ai évolué, j’ai encore plein de choses à dire sur le milieu agricole. Enfin, ce n’est pas vraiment moi, mais plutôt les gens que je filme qui ont des choses à dire. J’ai envie de montrer les paysans, la solitude, l'amour de la terre, les difficultés certes, et surtout donner espoir aux jeunes. Sans pour autant rêver : on peut poétiser le métier et le rendre plus beau. Il n'y a aucun problème avec cela, je le fais souvent. Mais la réalité est dure. Travailler avec du vivant, c'est travailler avec la vie, mais aussi avec la mort, souvent. 

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Dans vos photos, vos courts-métrages et vos posts sur Instagram, on voit l’importance de la transmission, quelle place a-t-elle dans votre travail ?

J'ai beaucoup filmé les mains, parce que, pour moi, la transmission passe par elles, aussi par des petites conversations du quotidien, donc ça me tenait vraiment à cœur de filmer ces aspects-là. Au-delà de ça, les personnes qui me suivent me disent souvent que je transmets alors que je pensais que la transmission était réservée aux anciens, mais pas du tout finalement. Mes films sont une manière de transmettre des savoirs, par exemple à la fin des projections, j’ai souvent des questions sur la tonte et la transhumance. Je suis heureuse de me dire qu’à 26 ans, je peux transmettre ces savoirs de montagne et toucher des publics qui ne connaissent pas ce milieu-là.

 

 

Relire : Conor l’agricultor : avec une BD jeunesse « nous voulons planter des graines dans la tête des enfants »

En 2026, vous avez été lauréate du concours Agrica/Polka Magazine et vous avez exposé votre série de photographies « Ce n’est pas un métier, c’est une vie » au Salon de l’agriculture, qu’est-ce qui vous a inspiré cette série ? 

Le titre, c’est en quelque sorte ma première expérience d’agricultrice, de paysanne, et celle de tous les gens que je rencontre : ce travail, c’est toute leur vie. On est dedans tout le temps, matin, midi et soir. C’est un métier qui est fait avec passion et avec les tripes. Je n’ai pas suivi que des paysans, j’ai voulu suivre des vétérinaires aussi. La série n’est pas finie, elle est encore en construction. Je souhaitais également mettre en avant des savoir-faire traditionnels. Je pense par exemple, à la photo « La main bleue ». André [un de paysans filmés] marque toujours ses brebis à la main avec un geste spécial avant qu’elles partent à l’estive, et il refuse d’utiliser une bombe de peinture, alors que ce serait plus rapide.

 

Main bleue sur une brebis avant l'estive
La main bleue, issue de la série "Ce n'est pas un métier, c'est une vie". Amanda Meunier
Vêlage avec l'aide d'une vétérinaire
Issue de la série "Ce n'est pas un métier, c'est une vie". Crédit : Amanda Meunier

À quel moment avez-vous décidé de reprendre la ferme de votre mère ? 

C’est venu un peu comme ça, ma mère allait prendre sa retraite, je me suis dit pourquoi pas. Elle m’avait toujours dit « tu peux faire tous les métiers du monde, sauf agricultrice », parce qu'elle ne voulait pas que je vive les mêmes difficultés qu'elle. Et je la comprends. Mais quand j’étais petite entre mon père vétérinaire et ma mère, les galères, je les voyais, je sais à quoi m’attendre. 

Quand j’ai annoncé que je m’installais mais que je comptais continuer le cinéma, beaucoup m’ont dit que c’était incompatible

Finalement, en dernière année d’école de cinéma, j’ai fait un BPREA en parallèle. Et je me suis rendue compte que j'avais besoin d'être paysanne pour filmer les paysans avec le plus d'authenticité, de vérité possible. Quand j’ai annoncé que je m’installais mais que je comptais continuer le cinéma, beaucoup m’ont dit que c’était incompatible. Moi, je ne veux pas avoir de regrets, je préfère foncer. 

Lire aussi : Transmission familiale : comment trouver sa place après sur l’exploitation ?

Comment gérez-vous au quotidien cette double activité cinéaste/paysanne ? 

Je fais les choses petit à petit. Et finalement, l’organisation n’est pas si mal. J’ai des périodes où j’ai beaucoup de projections et à la ferme, c’est plutôt calme. À l’inverse, d’autres fois, c’est le cinéma qui est calme et donc je me concentre sur la ferme. Je suis bien soutenue et entourée, donc on se débrouille toujours. 

J’aime avoir cette double casquette. Le fait d’être réalisatrice me permet de sortir de ma bulle parce qu'on s’enferme vite dans sa ferme. Et ça me permet de faire des rencontres quand je fais des projections, d'échanger et de mettre en lumière ce peuple oublié.

De quel projet êtes-vous la plus fière ?

C’est compliqué ! Peut-être le court-métrage sur ma grand-mère : j’avais toujours eu envie de faire un film sur elle, donc j’en suis très fière, mais c’est très personnel. Il y a aussi le court métrage sur François, un ami, dans lequel le vétérinaire a du faire une césarienne en urgence, je ne pouvais pas faire plus authentique. Je pense aussi au court métrage sur la transhumance de Roland, mon grand-cousin. Aujourd’hui, il ne transhume plus ses vaches, donc il y a dans ce film cette question de souvenir et de mémoire. Et en ce moment, c’est mon moyen métrage Fleurir, que je projette le plus. 

Avec Fleurir, votre film de fin d’études, qu’avez-vous voulu raconter ?

Fleurir parle de la transmission des femmes de ma famille, de la ferme notamment. C’est le seul film où je parle un peu de moi, il suit mes questionnements qui sont arrivés en fin d’études. Je pense qu'on arrive tous à un moment à se poser ces questions de choix de vie. « J’ai fait mes études de réalisatrice et maintenant, est-ce que je reprends la ferme ou pas, est-ce que maman la vend ? » Bon au final il n’y a plus de suspens, vu que j’ai déjà donné la réponse [rires]! 

Il faut laisser un peu de côté le beau pour montrer le vrai

Quel conseil vous donneriez à une personne qui souhaite filmer ou photographier le monde agricole ? 

Je dirais qu’il faut oser. Et que c’est important de ne pas rester à la surface, aller chercher de l’émotion, des choses qui vont être oubliées ou des choses qui font sens pour nous. Il faut aussi réfléchir aux messages que l’on souhaite faire passer et être droit dans ses bottes. Parfois, il faut laisser un peu de côté le beau pour montrer le vrai.

Retrouvez le travail d’Amanda Meunier, en projection, sur Instagram et sur Youtube (trois de ses films y sont disponibles)

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