Allongement de la durée de ponte : "Le risque est calculé en production d'oeufs plein air et bio"
Au sein de Fermiers du Sud-Est, la décision d’allonger la carrière des poules est prise à 40 semaines et un protocole de prévention est mis en place. Deux jeunes éleveurs de l’Isère témoignent.
Au sein de Fermiers du Sud-Est, la décision d’allonger la carrière des poules est prise à 40 semaines et un protocole de prévention est mis en place. Deux jeunes éleveurs de l’Isère témoignent.
« Le choix de repousser l’âge de réforme ne m’apparaît pas comme un risque économique. Nous réalisons un gain en décalant le vide sanitaire », affirme Guillaume Jordan, éleveur de 12 000 poules bio à Vénérieu, dans l’Isère. Rémi Marion-Gallois (25 000 poules plein air), basé à Sillans, dans l’Isère, abonde dans ce sens : « Quand on a de bons résultats, ce n’est que du bon de gagner quelques semaines de vie pour les poules. »
Producteurs d’œufs depuis 2021 et 2022, ils ont déjà expérimenté un allongement des durées de ponte de leurs poules. « Sur trois lots, je suis passé de 72 semaines à 77 pour le deuxième, puis à 81 semaines pour le dernier. Mon bâtiment bio récent dispose de volières. Je peux évacuer aisément les fientes. Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières pour laisser vieillir les poules », commente Guillaume Jordan. « Toutefois, ce n’est pas aisé de prendre la décision à 40 semaines. C’est compliqué de se projeter jusqu’à plus de 80 semaines en se basant sur des critères objectifs comme le taux de mortalité, l’indice de consommation, la ponte… »
Anticiper les résultats techniques
Une difficulté que reconnaît Rémi Marion-Gallois, qui a seulement deux lots de plein air à son actif. Il est passé de 75 semaines pour le premier à 84 semaines avec le second. Son bâtiment neuf dispose de volières. « Les poules se perchent et se déplacent aisément. C’est à nous d’observer leur comportement, de les aider le cas échéant », souligne-t-il.
Cette décision prise à 40 semaines s’appuie sur l’expérience de leur conseiller technique Grégoire Malègue. « Je peux comparer entre les élevages, je me réfère aux critères comme le taux de mortalité, la ponte, l’ingestion des aliments, le calibre des œufs et la qualité des coquilles. Sur certains lots où les poules montrent de la nervosité, où la mortalité est déjà importante… la décision est évidente. Pour les lots qui se déroulent bien, nous voyons ce que nous pouvons mettre en place avec des compléments alimentaires et dans l’eau de boisson. »
La décision est prise avec l’éleveur. « Pour mon dernier lot, qui montrait de bonnes dispositions à 40 semaines, le taux de ponte était important alors que les œufs n’étaient pas très gros. Nous avons malgré tout choisi d’allonger la vie des poules », se souvient Guillaume Jordan.
Un atout économique
En plus de l’appui de Grégoire Malègue s’ajoutent les visites du technicien de la souche, de celui qui est compétent pour les aliments et du vétérinaire. « Nous avons besoin de cette équipe car la gestion parasitaire et de l’alimentation n’est pas toujours simple dans un élevage bio », ajoute Guillaume Jordan. De plus, la nouvelle méthode de calcul de la prime de fin de lot conforte les éleveurs dans leur décision de laisser vieillir leurs poules.
Autre argument important à leurs yeux : « En continuant avec un élevage qui marche bien, nous avons moins de pression », reconnaît Rémi Marion-Gallois. Un bémol pour les deux éleveurs : si l’approche de la réforme se fait en période estivale, de fortes chaleurs peuvent être mal supportées par les pondeuses. Il faut alors recourir à la brumisation et à des hydratants.
Peu de surcharge de travail
Tous deux estiment que « quand un lot roule, la charge de travail qui se trouve surtout au démarrage diminue par la suite. Toutefois, pour les lots allongés, à la fin nous avons effectivement un peu plus de travail au ramassage, car il y a davantage de casse et il faut nettoyer », précise Guillaume Jordan. Il faut également compter les rappels de vaccination contre la bronchite infectieuse à 35 semaines et toutes les 6 semaines ensuite.
Les éleveurs soulignent l’enjeu des premières semaines d’élevage. Deux semaines avant la livraison des volailles, ils reçoivent des informations des poussinières. Une fiche détaillée qui précise notamment le programme lumineux et comporte des commentaires sur le lot. « Je n’ai pas encore visité d’élevage de poulettes, par manque de temps. Nous avons des contacts avec les éleveurs afin de mieux connaître l’état sanitaire, le poids des poulettes ou leur capacité à se percher le soir », précise Guillaume Jordan.
Fiche d’identité
Guillaume Jordan (EARL GM Ovaréale)
Rémi Marion-Gallois (EARL Marion Gallois)
Soutenir les poules en production bio
Dans l’élevage bio de Guillaume Jordan, un complément alimentaire à base de vitamines (A, D3, E) et d’oligoéléments (Sélénium, Zinc, cuivre) vise à accroître l’immunité des poules et à aider à fixer le calcium des coquilles. Des cures de 5 jours toutes les 6 semaines sont réalisées avec les jeunes poules, puis aux alentours de 50 semaines, avec une cure de 2 jours par semaine. « Nous ajoutons aussi un hépatoprotecteur dans l’aliment à partir de 24 semaines toutes les 6 semaines. Après 55 semaines, il est distribué toutes les 4 semaines pour aider le foie à éliminer les toxines. Nous apportons chaque semaine à partir de 22 semaines un vermifuge à base de plantes. Du calcium dans l’eau de boisson est ajouté vers 45 semaines, 2 jours par semaine », précise Grégoire Malègue.
60 % des lots allongés chez Fermiers du Sud-Est
Fermiers du Sud-Est a décidé d’allonger les durées de ponte pour des lots qui vont bien au démarrage, en misant sur la prévention des déclassements.
Fin 2024, l’épizootie d’Influenza aviaire a contraint des lots de pondeuses à être réformés plus tard que prévu, jusqu’à 85 ou 87 semaines pour certains en plein air ou en volières. « Cette situation a eu un effet positif, elle nous a poussés à ouvrir de nouvelles portes, à anticiper pour éviter les déclassements en fin de lots », se souvient Samuel Chombart, directeur de Fermiers du Sud-Est.
Actuellement, la durée moyenne des lots de pondeuses est de 76-78 semaines. « Cette moyenne dépend notamment de l’équipement des bâtiments. Les caillebotis sont un facteur limitant car il est plus difficile d’évacuer les fientes. » Pour les élevages en volières (code 2) ou en plein air, cette moyenne atteint 80 semaines. Actuellement, lorsque le technicien décide avec les éleveurs d’allonger la durée des lots après un point sanitaire et sur la qualité des œufs à 40 semaines, cette durée moyenne peut passer à 84 semaines.
« Globalement, 60 % des lots ont vieilli de 5 à 10 semaines depuis plus d’un an. Pour les lots en volières nous avons repoussé l’âge de réforme de 3 à 8 semaines, soit 80 à 85 semaines. Cette part de lots vieillis est bien moindre pour les élevages bio et n’atteint que 20 %. »
Pour chaque lot, à 40-45 semaines, Fermiers du Sud-Est se base sur un indicateur : la mesure de la force de fracture de la coquille d’œuf. « Réalisée au centre de conditionnement, elle aide à se positionner. C’est une mesure qui va se dégrader dans le temps et qui est capitale pour estimer l’importance des déclassements à terme. »
La prime de fin de lot modifiée
En allongeant la durée des lots, le taux d’occupation et le nombre d’œufs sont plus importants, améliorant la rentabilité de l’élevage. Dans le calcul de rentabilité, Samuel Chombart prend en compte également le coût des vides sanitaires – 1 à 2 euros par poule – qui par ailleurs contribuent au vieillissement des matériels avec les lavages.
Fermiers du Sud-Est a également modifié le calcul de la prime de fin de lot. Après 75 semaines de vie des poules, la mortalité et les déclassements ne sont plus pris en compte. « S’il y a un décrochage en fin de lot, celui-ci est moins pénalisant. Le risque et le gain sont ainsi partagés par l’opérateur et l’éleveur. Les compléments alimentaires liés à l’allongement de la durée de ponte sont à la charge de Fermiers du Sud-Est. » Pour le directeur, c’est une certitude : « Avec l’allongement des lots, la rentabilité est là. »
En savoir plus
Les Fermiers du Sud-Est fait partie du groupe Envie d’Œuf Sud-Est, né de la fusion en janvier 2020 de deux coopératives Terre d’Alliances et la Dauphinoise pour fonder le groupe Oxyane.
Envie d’Œuf Sud-Est représente 1,8 million de pondeuses et 1,5 million de poulettes. Il possède 5 centres de conditionnement et une casserie et commercialise 880 millions d’œufs.