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Agrivoltaïsme : « Les panneaux solaires installés sur mes grandes cultures vont alimenter mon usine de conditionnement de pommes de terre dans le Loiret »

La centrale agrivoltaïque « Pépite de Beauce » a vu le jour en septembre dernier sur l’exploitation de Pierre Coisnon à Outarville (45). Projet à vocation expérimentale, pour tester l’impact de panneaux solaires sur des grandes cultures, l’électricité produite va alimenter son usine de conditionnement de pommes de terre toute proche.

<em class="placeholder">Pierre Coisnon, agriculteur et président de la société Les 3 Laboureurs, devant ses panneaux photovoltaïques.</em>
La production de la centrale agrivoltaïque va couvrir 20% de mes besoins en électricité, indique Pierre Coisnon.
© MC. Bidault

Le projet expérimental porté par l’énergéticien Verso Energy et par Pierre Coisnon, agriculteur et président de la société de collecte, conditionnement et commercialisation de pommes de terre Les 3 Laboureurs répond à un double objectif : mesurer l’effet d’installations agrivoltaïques sur le comportement des cultures et sécuriser l’approvisionnement électrique de l’usine de conditionnement.

90 % de l’électricité produite par l’installation agrivoltaïque sera autoconsommée

« J’ai répondu positivement à la proposition de Verso Energy car j’ai un site qui se prête bien à ce type d’expérimentation : un terrain déclaré dans le PLU en ZAER (zones d’accélération de la production d’énergie renouvelables) à côté de mon usine de conditionnement de pommes de terre qui a besoin d’électricité », explique Pierre Coisnon. La société Les 3 Laboureurs, qui collecte 75 000 tonnes de pommes de terre produites par une centaine d’agriculteurs beaucerons, en conditionne 25 000 tonnes dans son usine qui consomme en moyenne 3 500 MWh/an (frigos, machines…). « La forte hausse du prix de l’électricité en 2023 nous a mis en difficulté et nous a incités à chercher des solutions alternatives. »

Le président des 3 Laboureurs a donc saisi l’opportunité de ce projet expérimental qui répond au besoin de son activité d’être protégée contre les fluctuations des prix de l’électricité. L’objectif est d’autoconsommer 90 % des 700 MWh/an produits (une partie de la production estivale des panneaux ne pourra être récupérée), soit 20 % des besoins de l’usine. Les panneaux photovoltaïques seront raccordés à l’usine au printemps prochain, avec une adaptation des transformateurs.

Un projet de petite taille à vocation expérimentale en grandes cultures

La centrale expérimentale, qui prend place sur une petite surface de 3,1 ha (zone témoin comprise), est un projet financé par l’énergéticien Verso Energy, pour lui permettre d’acquérir des références agronomiques et pédo-climatiques sur l’impact de panneaux photovoltaïques sur des grandes cultures, explique Adrien Alexandre, son responsable développement régional zone nord.

S’agissant d’analyser la cohabitation entre des plantes cultivées et des panneaux, deux largeurs d’inter-rangs ont été retenues pour comparer leurs impacts, 25,6 mètres pour les cinq premiers et 13,6 mètres pour les cinq autres. Au-delà de cette configuration au sol, l’expérimentation porte aussi sur le pilotage des panneaux. 

« Nous allons tester un algorithme de pilotage à l’aide de différents capteurs, sondes thermiques, hygrométriques, stations météo, caméras… Les panneaux, qui sont des trackers, vont bouger en fonction du stade de la culture. L’un des objectifs est un apport d’ombrage pour limiter l’échaudage en été. » L’énergéticien explique que le positionnement des panneaux en fonction des stades des plantes va entraîner une perte d’énergie produite de 10 à 15 %. Par ailleurs, un système d’irrigation sera installé sur les pieux pour tester aussi la performance de l’irrigation dans ce contexte particulier.

Une rotation céréalière classique pour tester l’impact des panneaux photovoltaïques

Les panneaux sont présents sur la parcelle de Pierre Coisnon depuis le mois de septembre 2025. La première culture, de l’orge de printemps, a été semée mi-novembre. L’objectif est de faire une rotation céréalière la plus classique possible. Il n’y aura pas de maïs du fait de la hauteur de la plante, ni de pomme de terre en raison de la taille des machines, explique Adrien Alexandre.

Le projet est mené avec plusieurs partenaires (coopérative AgroPithiviers, Agrosolution, Agrisoleo, chambre d’agriculture…) pour une durée de 6 ans. « Les premières années diront si 100 % de la production céréalière se maintient », indique Pierre Coisnon, en attente forte des premiers résultats. Mais dans tous les cas, « c’est un projet innovant qui rejoint mon appétence à tester de nouvelles technologies. »

Une cinquantaine de projets de centrale agrivoltaïque à l’étude

Adrien Alexandre révèle que Verso Energy porte une cinquantaine de projets (50 % en élevage, 50 % en grandes cultures) qui sont en cours de montage (4 ans d’études et de démarches en moyenne). « En grandes cultures, les projets sont soit chez des agriculteurs bio qui cherchent un complément de revenu, soit chez des agriculteurs qui ont des problèmes d’ordre climatique, échaudage l’été ou parcelles gélives l’hiver. » 

Verso Energy finance l’installation et le propriétaire du terrain reçoit une rémunération, en fonction de la surface, du nombre de MWh de panneau installé, de l’ensoleillement, de la distance au réseau. Le fermier reçoit, lui, une rémunération liée aux contraintes de travail générées par la présence de panneaux (passage des engins…).

Le cas particulier d’une autoconsommation de l’électricité produite, comme ici à Outarville, est permis par la petite taille du projet, du fait de son caractère expérimental. Les projets en cours de montage sont réfléchis sur des surfaces de 10 à 30 ha pour être rentables.

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