Dans les coulisses de la filière avicole dans l'Allier
Première viande consommée en France depuis 2024 après le porc, la volaille s’impose à près de 32 kg par habitant chaque année. Dans ce contexte, l’interprofession de la filière volaille en Auvergne Rhône-Alpes, l’Afivol, souhaite faire parler de la filière pour répondre à une demande à la hausse et promouvoir un élevage, souvent complémentaire avec d'autres modèles d'élevage.
Première viande consommée en France depuis 2024 après le porc, la volaille s’impose à près de 32 kg par habitant chaque année. Dans ce contexte, l’interprofession de la filière volaille en Auvergne Rhône-Alpes, l’Afivol, souhaite faire parler de la filière pour répondre à une demande à la hausse et promouvoir un élevage, souvent complémentaire avec d'autres modèles d'élevage.
La filière avicole est une filière très diversifiée
La force de l'aviculture en Auvergne-Rhône-Alpes réside dans sa diversité. La région AURA possède à elle seule les deux seules AOP européennes en volailles : les Volailles et Dinde de Bresse et le Poulet du Bourbonnais. Comme le rappelle Hélène Bombart, présidente de l’Afivol :
Le territoire français, par la grande diversité des espèces de volailles et des modes d’élevage qu'il propose, est unique en Europe.
Le GAEC Méli Meloux, le polyélevage en action
Situé à Coutansouze dans l’Allier, le GAEC Méli Meloux incarne une stratégie de diversification réussie. L'exploitation actuelle s'étend sur 135 hectares, dont une quinzaine d'hectares de céréales, et s'appuie sur la complémentarité entre un atelier bovin allaitant et deux ateliers avicoles.
L'histoire du GAEC commence avec Sandrine, installée individuellement en 2015 sur la commune de Coutansouze avec un atelier de volailles fermières à la base destiné à des fins de ferme pédagogique. Paysagiste auparavant, Christophe est installé avec son oncle en bovin viande et rejoint sa femme en 2019. Initialement basé sur la commune de Vernusse où il gère un troupeau de 50 vaches allaitantes charolaises, Christophe s'associe avec Sandrine dès que l’opportunité se présente. Aujourd'hui, le couple gère conjointement les activités.
Deux ateliers volailles pour deux marchés
Sur le GAEC, l'organisation de la production avicole est scindée pour répondre à des besoins de consommation différents :
- L'atelier « poulet du quotidien » : une production de volume gérée sous contrat, permettant de sécuriser une partie du revenu de l'exploitation.
- L'atelier volailles fermières : un élevage diversifié composé de poulets, pintades, canettes, canards, cailles et lapins conduit sur un cycle long. Les volailles fermières sont abattues directement à la ferme, vendues sur les marchés et en vente directe.
L'atelier « poulet du quotidien »
Construit en 2021, le poulailler accueille actuellement 5 000 poussins. L’atelier, composé de volailles standards sans label, s’appuie sur un bâtiment de 20 000 places/an.
Pour Christophe, ce choix de production couplé au système allaitant répond avant tout à une logique de sécurité :
C'était surtout un complément de revenu.
Ce modèle d’élevage est d'ailleurs une norme régionale puisque, comme le souligne l'Afivol :
Dans la région AURA, un élevage sur deux est complémentaire avec un élevage de poules.
Pour Christophe et Sandrine, l’avantage de cette filière organisée est la garantie des débouchés avec les coopératives. Les volailles sont fournies et vendues par les coopératives, déchargeant ainsi les éleveurs de la partie commercialisation.
Quelles sont les points de vigilance primoridiaux en élevage avicole ?
Le pilotage de cet atelier repose sur un système de monitoring, facilitant le travail pour les éleveurs :
« ce que je regarde, c’est la consommation d’eau et le poids pour vérifier que les courbes de croissance sont correctes », explique Christophe.
Un moniteur de contrôle pèse quotidiennement 2 600 poussins. L’ordinateur de bord est un outil d'aide à la décision précieux qui règle en permanence le renouvellement d'air et les températures. « C’est l’ordinateur qui va juger s’il fait un peu trop chaud et déclencher la ventilation ou, au contraire, mettre en route le chauffage. Ça évite de venir quinze fois par jour faire des réglages manuels qui ne seraient jamais bons au final », précise l'éleveur.
Une volaille boit deux fois plus que ce qu’elle ne consomme en aliments.
La température interne des poussins doit être surveillée de très près
Un poussin doit évoluer dans une ambiance à 31°C les premiers jours pour maintenir sa propre température interne entre 39 et 40°C. Cette surveillance est vitale car le poussin, dépourvu de plumage au démarrage, ne conserve pas sa chaleur comme un animal plus vieux. Il est alors indispensable de veiller à bien réhydrater les animaux si besoin.
La grippe aviaire, une menace pour la filière avicole
Les éleveurs sont revenu sur un point de vigilance ultime en élevage de volailles : la gestion sanitaire. La filière fait face à la menace de la grippe aviaire :
Nous faisons du préventif, on anticipe au maximum avec toutes les mesures de biosécurité.
Bien que les poussins arrivent vaccinés du couvoir, le risque reste présent car le virus est volatile. « On a beau faire attention, il y a de l'humain qui rentre. On limite les risques, mais le risque zéro n'existe pas », conclut l'éleveur, rappelant que même un bâtiment fermé peut être contaminé par un simple apport de paille "contaminée".
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L'atelier volailles fermières
Les volailles sont conduits dans des cabanes déplaçables pour assurer des vides sanitaires rigoureux et un accès permanent à des parcours enherbés. Sandrine précise que l'objectif est de monter en capacité : « Le but c'est de monter à 5 000 volailles par année car nous ne répondons pas encore à la demande en vente directe », alors que l'exploitation en produit actuellement 4 200.
L'autonomie du GAEC a été renforcée par l'ouverture d'un abattoir à la ferme de 60 m² en mai 2021. Cet investissement, bien que lourd, ne suscite aucun regret chez les éleveurs, surtout Sandrine :
On a beaucoup fait nous-mêmes, mais on ne regrette pas notre choix. On est plus libres pour la découpe, les marinades, toutes les choses que je fais en transformation.
Les éléveurs proposent des volailles entières ou au détail. La vente à la ferme est possible sur commande ou le mardi de 16h à 18h. Il est possible de se fournir en oeufs. Vous pouvez les retrouver sur les marchés de Bellenaves et Coutansouze.
Pour plus d’infos : cliquez ici
Élevage de Sainte-Marie, Étroussat dans l’Allier : l’excellence du Label Rouge et de l’AOP
À Étroussat, dans l'Allier Bourbonnais, Aurélien Lafoucrière s’est installé en 2012 sur la ferme familiale. Initialement en systèmes céréaliers, avec vente de fourrage et la pension de génisses, Adrien décide de diversifier l’exploitation de 250 ha en y installant deux poulaillers aux normes Label Rouge de 400 m2 chacun.
Pour l'éleveur, la volaille est un levier de stabilité essentiel :
Ce que j'apprécie, c'est que ça permet de sécuriser les revenus. En céréales, on sème et c'est mère Nature ou les marchés mondiaux qui décident. En volaille, quand on fait bien notre boulot, on est rémunéré régulièrement.
Un atelier de pintade Label Rouge
L'exploitation compte deux poulaillers de 400 m² chacun, la surface exigée par le cahier des charges Label Rouge. Adrien y accueillent actuellement des lots de 5 200 pintades et 4 400 poulets, avec des parcours extérieurs herbagés de 1 ha et 1,3 ha.
L'itinéraire technique de la pintade, animal assez sauvage, demande une surveillance particulière. Les poussins arrivent juste après l’éclosion et restent en bâtiment, sous une chaleur dégressive de 30°C à 17°C, le temps de s’habituer à la température extérieure et de pouvoir sortir à partir du 41ème jour. En production Label Rouge, la durée d'élevage est longue, avec un minimum de 95 jours pour les pintades.
Aurélien a dû installer des lignes électriques pour protéger ses animaux des renards. Le travail de l'éleveur consiste à sortir les animaux le matin et à s'assurer de leur retour en bâtiment dès la tombée de la nuit, une obligation du cahier des charges.
Ce n'est pas tant de manutention, mais il faut être présent pour les nourrir et les rentrer à la nuit tombée.
Le Poulet du Bourbonnais : une pépite AOP
En complément du Label Rouge, Aurélien a fait le choix de l’excellence avec le Poulet du Bourbonnais, une AOP comparable au Poulet de Bresse. Ce projet est né d'une volonté de valorisation foncière :
J'avais une petite surface enherbée dont je ne me servais pas. La filière cherchait des éleveurs et je me suis dit que cela permettrait de valoriser cet endroit tout en améliorant les revenus.
L'atelier se compose d'un bâtiment en kit de 62 m², monté par l'éleveur lui-même, dotés de planchers et de structures intégralement en bois.
Cette production repose sur un cahier des charges strict, imposant une alimentation dédiée et une durée d'élevage minimale de 105 jours. Aurélien, qui assure également la présidence du Syndicat des volailles fermières d'Auvergne depuis l'année dernière, souligne l'intérêt économique de cette filière : « Ce sont des contrats fixes, donc cela assure un revenu régulier », conclut-il, réaffirmant la complémentarité indispensable entre les grandes cultures et l'élevage de qualité pour la pérennité de l'exploitation familiale.
La filière avicole, une filière dynamique qui n’arrive pas à répondre à la demande
“Nous voulons à la fois suivre cette augmentation de consommation et regagner des parts sur l'importation. En France, on peut ouvrir les portes des poulaillers, expliquer aux citoyens et aux consommateurs comment on élève les volailles. Nous avons une traçabilité complète pour n'importe quel lot de volailles, on sait exactement d'où vient l'aliment, comment il a été fabriqué, d'où viennent les matières premières, d'où viennent les poussins, on connaît les parents, on connaît les grands parents, on note tous les produits qu'on utilise en cours de production…. On a vraiment une traçabilité extraordinaire. Un consommateur qui achète un poulet, il peut remonter à l'éleveur ! “, Hélène Bombart, présidente de l'Afivol.
Lire aussi : « Parlons filières » : un rendez-vous pour mieux comprendre et échanger sur les filières
Les enjeux de la filière avicole
Comment répondre à la hausse de la consommation de volaille et d'œufs en France ?
La volaille est la viande préférée des français, devant le porc depuis 2024, année durant laquelle un français en a mangé près de 32 kg en moyenne.
Pour s'aligner sur la croissance de la consommation, la filière doit impérativement lever les freins à la construction de nouveaux bâtiments.
Le constat actuel est préoccupant : plus d'un poulet sur deux consommé en France provient aujourd'hui de l'étranger !
Face à ce déséquilibre, l'interprofession appelle à une mobilisation pour multiplier les sites de production pour réduire cette dépendance aux importations.
Lire aussi : Pourquoi la consommation d’œufs progresse fortement ?
Garantir la souveraineté alimentaire en achetant du poulet français
Hélène Bombart explique que de nombreux pays européen ont vu leur production exploser. C’est notamment le cas de la Pologne, qui en l’espace de 20 ans est devenu “le premier pays exportateur européen alors que la France occupait cette place auparavant.“ À l'inverse, la France a nettement reculé. Elle rappelle :
Nous sommes aussi confrontés à l'arrivée massive de poulets ukrainiens ou brésiliens, avec le risque de voir ces flux s'intensifier encore avec les futurs accords du Mercosur.
Il a été estimé au niveau de la filière volailles, les besoins pour retrouver une autosuffisance en œuf et regagner des parts de marché en volailles de chair :
au niveau régional, il faudrait bâtir 175 nouveaux poulaillers d’ici 2035 en filière chair pour espérer reconquérir un tiers des exportations de viande de volailles,
à l'échelle nationale, l'effort nécessaire représente 2 200 nouveaux poulaillers au total. Comme le souligne la présidente : « Choisir un poulet de chez nous, c'est aussi soutenir le modèle d'agriculture familiale qui le produit. »
Lire aussi : L’Afivol veut reconquérir 20 % du marché avicole intérieur
Le Label Rouge, un modèle franco français… pas compétitif mais fiable
Le Label Rouge est une spécificité française plébiscitée pour sa qualité, mais il fait face à l'évolution des modes de consommation.
La baisse de la demande pour les volailles entières au profit de la découpe entraîne une hausse des coûts de manutention et des contraintes logistiques en abattoir.
Cette diversité nuit à la compétitivité pure face aux standards industriels : « Un abattoir qui doit gérer simultanément du poulet standard, du Label Rouge et de la pintade, tout en multipliant les formats de conditionnement (escalopes, cuisses, barquettes variées), supporte des coûts très élevés. »
Pourtant, c'est ce modèle qui garantit la sécurité totale :
Quand on achète du poulet français, on est absolument sûr de ce que l'on consomme.
L’étiquetage des produits : un problème redondant sur l’orginie des produits
L'origine réelle des produits reste parfois floue en raison des pratiques de reconditionnement : « Certaines volailles peuvent être estampillées de Belgique ou des Pays-Bas simplement parce qu'elles y ont été découpées, alors qu'elles proviennent initialement du Brésil, de Thaïlande ou d'Ukraine. », un problème que s’est vu rappeler Hélène Bombart.
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Faire parler de la filière avicole dans les lycées
Afin d'assurer le renouvellement des générations mais pas que, l'Afivol s'investit auprès des lycées agricoles de la région AURA pour présenter l'aviculture comme une option de diversification viable et dynamique. Le dialogue s'établit aussi avec les élus locaux où l'interprofession sensibilise les maires à l'importance économique de ces projets pour leurs communes dont l'objectif est de désamorcer les oppositions aux permis de construire.
« L’un des messages prioritaires cette année est de convaincre de la nécessité de construire des poulaillers pour satisfaire les consommateurs et regagner du terrain sur l’importation », rappelle l'Afivol.
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Un défi face aux démarches administratives pour la construction de nouveaux poulaillers
Le facteur temps reste également un obstacle au développement de la filière. En France, un agriculteur qui souhaite lancer un projet de construction de poulailler doit s'armer de patience. Entre l'élaboration du dossier, la recherche de financements et l'obtention des diverses autorisations administratives, il s'écoule en moyenne deux ans avant que le premier coup de pioche ne puisse être donné. Un délai conséquent qui freine la réactivité de la production française face à la demande du marché.
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Pour réussir le défi de la souveraineté alimentaire, il est crucial de comprendre que la filière avicole forme un ensemble indissociable. La complémentarité entre les productions (bovins, céréales et volailles) et la coexistence des différents modèles d'élevage sont des garanties pour sécuriser et reconquérir les parts de marché françaises face aux importations.