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Volatilité des prix : « Piloter l'élevage avec la marge sur coût alimentaire ne suffit pas »

La marge sur coût alimentaire s’est imposée pour suivre la performance de l’atelier lait, mais ce n’est pas le seul indicateur technico-économique à suivre pour ajuster la conduite quand les prix fluctuent. Faisons le point avec Maud Hurault, chargée d’études chez Eilyps, entreprise de conseil en élevage, en Bretagne.

<em class="placeholder">Tableau de bord d&#039;avion face à un paysage de prairie avec des vaches laitières</em>
Marge sur coût alimentaire, efficacité alimentaire, incidence qualité, taux de renouvellement, etc. Les indicateurs technico économiques sont à suivre de près en conjoncture instable. .
© Montage Réussir - Dmytro - stock.adobe.com

Pourquoi alertez-vous sur l'importance du suivi des indicateurs techniques et économiques ?

Maud Hurault, Eilyps : Qu'il s'agisse des conséquences de la FCO, de la baisse du prix du lait ou de la hausse des coûts de l’énergie et des engrais minéraux, à chaque aléa, il faut surveiller les indicateurs technico-économiques de l’atelier lait, pour être en mesure de réagir rapidement.

L’enjeu est très important pour 2026 et 2027 car beaucoup d’élevages laitiers ont relancé leurs investissements, par emprunt ou crédit bail : ils ont donc besoin de générer de la marge. Or, d’après les résultats (prévisions de vêlages, production, coûts alimentaires saisonniers) de près de 1 000 élevages suivis par Eilyps, en prenant l'hypothèse d’un prix du lait de base compris entre 400 et 430 €/1000 l sur les neuf premiers mois de l’année 2026, la marge sur coût alimentaire baisserait de 1 à 3 euros par vache et par jour, selon le système, par rapport à 2025.

Pourquoi le suivi de la marge sur coût alimentaire seul ne suffit pas ? 

 

<em class="placeholder">Maud Hurault, chargée d’études technico-économiques chez Eilyps.</em>
Maud Hurault, chargée d’études technico-économiques chez Eilyps. © Eilyps

Maud Hurault : L’analyse de la marge sur coût alimentaire (MCA) seule ne suffit pas, car elle dépend de la conjoncture économique et du système de production. Elle est donc utilisée en comparaison avec des références réévaluées pour chaque période étudiée et pour chaque système. Elle se compare à des moyennes de groupe, pour des systèmes comparables. Par exemple, pour les élevages avec des robots, 8 € par vache ne seront pas toujours suffisants pour dégager une capacité à rémunérer les facteurs de production (travail, bâtiment, foncier).

Deux niveaux de marge sur coût alimentaire

• Le 1er niveau d’indicateurs de performance économique est la marge sur coût alimentaire du lait par vache et par jour (MCA lait/VL/j), qui peut être suivie au quotidien. C’est le produit lait (prix réel payé * volume de lait vendu) - les charges alimentaires (charges opérationnelles des fourrages et coût des aliments achetés des vaches laitières). La MCA ramenée aux 1 000 l peut être suivie en complément, pour des systèmes extensifs ou quand le litrage est limitant.

• Le 2e niveau d’indicateur est la MCA de l’atelier lait, qui se suit au mois le mois. En plus des vaches, on tient compte des autres produits issus de l’atelier (ventes de veaux, génisses, vaches en lait et de réforme) et des charges d’alimentation des autres animaux de l’atelier (veaux, génisses, vaches à l’engraissement).

Pour évaluer la performance économique d’un élevage, les critères techniques et économiques sont incontournables. Si la maîtrise technique est importante pour sortir de la marge quelle que soit la conjoncture, elle l’est encore plus en période de prix du lait en baisse et de coûts des intrants en hausse (effet ciseau). Il y aura encore davantage intérêt à chercher une meilleure valorisation de son lait, à gagner en efficacité alimentaire, à réduire les périodes improductives et à procéder à des inséminations efficaces.

Il faudra s'intéresser davantage à l’incidence qualité du lait ?

Maud Hurault : En 2025, l’incidence qualité allait de + 11 €/1000 l pour le quart des élevages le moins performant à + 37 euros pour le quart supérieur. Des niveaux peu élevés à cause de moins bons taux TB et TP, dilués par des volumes par vache supérieurs (+ 630 kg/VL/an). Et à cause d’une dégradation de la qualité sanitaire (germes, cellules). En 2026, il sera opportun d’aller chercher les primes à la qualité avec des choix rentables.

 

Les leviers sont : l’hygiène de traite (propreté des trayons, désinfection des griffes adaptée…), le traitement des mammites et des vaches leucocytaires chroniques, l’hygiène du bâtiment (surveillance de la température des litières, propreté des logettes…), le réglage de la machine à traire (un contrôle tous les ans), la récolte et la conservation des fourrages  (butyriques). Et pour faire monter les taux : récolter des fourrages de qualité, au bon stade… vérifier l’équilibre de la ration. Faire des analyses de fourrages permet d’ajuster au plus près la ration en évitant les dépenses inutiles.

 

Ces leviers doivent aussi permettre d'améliorer l’efficacité alimentaire ?

Maud Hurault : Oui en effet, et je rappelle que quelle que soit la conjoncture, l’objectif est de maximiser l’efficacité alimentaire économique (volume de lait produit * un unique prix du lait de base et des valeurs de point de TB-TP identiques pour tous / coût de la ration). Elle traduit le produit lait généré pour chaque euro investi dans la ration, indépendamment de la conjoncture du prix du lait et du mix produits de sa laiterie. 

Pour réduire le coût alimentaire sans dégrader la production laitière, il faut aussi regarder l'efficacité alimentaire technique (volume de lait produit / kilos de matière sèche ingérée). L’évaluation des kg de MS ingérés se fait à partir des constats d’alimentation recueillis par le conseiller à chaque rendez-vous avec l’éleveur. Ce peut être une estimation ou bien des pesées réalisées par la machine de distribution.

Comment pourra t-on gagner en efficacité alimentaire économique en 2026 ? 

Maud Hurault : En comparant ses deux indicateurs d'efficacité alimentaire à la moyenne de son groupe et en décortiquant ses coûts : suis-je trop cher à cause des prix unitaires, ou parce que les quantités sont trop importantes par rapport à la réponse en lait ? 

En 2024 et 2025, certains éleveurs ont investi dans plus d’aliments et additifs (matière grasse de palme, smartamine) et ce fut payant au regard du prix du lait de base. En 2026, avec la baisse du prix de base, ces choix peuvent s’avérer moins efficaces économiquement. Je rappelle qu'on peut avoir la même réponse en lait mais proportionnellement cela génère moins de produits économiques. Le premier réflexe sera de réétudier l’intérêt et les doses des additifs, et de réévaluer leurs coûts par rapport aux bénéfices.

Le taux de renouvellement est aussi un indicateur à suivre ? 

Maud Hurault : Oui, même si une stratégie de réforme et de reproduction, avec des inséminations sexées et des insémination en viande pour faire des veaux croisés à vendre (surtout dans le contexte actuel de prix élevés des veaux), s’inscrit davantage dans la durée. Car le taux de renouvellement est plus qu'un indicateur technique. Ainsi, hors contexte d’accroissement de cheptel, un taux de renouvellement trop élevé (> 30 - 35 % selon les objectifs) et un pourcentage de primipares dans le troupeau au-dessus de 35 % laissent présager que les génisses poussent trop précocément les vaches à la réforme. Or, ce sont les vaches de trois lactations et plus qui sont les plus rentables. Pour sensibiliser les éleveurs qui gardent trop de génisses, nous leur chiffrons le coût de renouvellement, c’est-à-dire le coût de production d’une génisse selon la méthode Idele. »

Note : chez Eilyps, l’analyse de l’ensemble des indicateurs technico-économiques s’inscrit dans une démarche globale pour les éleveurs en conseil, la GTE. Chaque performance technique est évaluée en performance économique, par rapport à un groupe de référence basé sur la typologie de l’élevage. 

Deux indicateurs à regarder annuellement et sur le moyen-long terme

 

  • Le prix d’équilibre peut être estimé en cours d'année comptable

C’est le prix auquel doit être payé le lait pour couvrir les charges opérationnelles et de structure (main-d’œuvre et annuités comprises), desquelles on a déduit les autres produits de l’atelier lait. Le prix de revient est son pendant dans une approche comptable (amortissements au lieu des annuités).

« On peut estimer l’évolution du prix d’équilibre d’une exploitation à partir du bilan comptable, en cas de nouvelles annuités ou de changement de contrat d’électricité et d’assurance, etc. En 2026, le prix d’équilibre moyen aura tendance à augmenter si l’inflation sur l’énergie et les engrais minéraux est durable, et avec la poursuite des investissements (robotisation, bâtiments…). »

 

  • Le solde disponible de l’atelier lait pour la rémunération du travail

Il se calcule chaque mois en moyenne glissante 12 mois. Ce sont les produits de l’atelier lait (lait vendu, animaux laitiers vendus, aides liées à l’activité laitière) auxquels on retire le coût de production (charges opérationnelles et charges de structure affectées à l’activité laitière, avec les amortissements et hors main-d’œuvre). Le solde disponible doit permettre de rémunérer l’ensemble de la main-d’œuvre de l’atelier et de payer les charges sociales.

Des marges sur coût alimentaire d’atelier au plus haut en 2025

L’année 2025 est la meilleure année pour les éleveurs laitiers depuis 2020. La hausse de la marge sur coût alimentaire d’atelier (MCA atelier) pour 2025 est multifactorielle :

1) le prix du lait (+ 29 €/1000 l par rapport à 2024).

2) l’augmentation de la productivité des troupeaux (+ 1 l livré/VL/j), parce que les fourrages étaient de très bonne qualité et qu’un peu plus de concentrés a été distribué pour un coût alimentaire global quasi identique, et parce que le nombre d’élevages passant en robots de traite a continué d’augmenter, avec à la clé une augmentation de la production par vache.

3) les autres produits mieux valorisés grâce à la hausse des prix des réformes, des veaux…

La marge sur coût alimentaire d’atelier a été de 9,3 €/VL en moyenne sur près de 1000 élevages conventionnels suivis par Eilyps, organisme de conseil en élevage. Cette moyenne cache des écarts : la MCA va de 7,4 €/VL pour le quart le moins performant à 10,3 €/VL pour le meilleur quart.

Aux 1000 litres, la MCA d’atelier a été de 412 euros en moyenne : 359 €/1000 l pour le quart le moins performant et 463 €/1000 l pour le meilleur quart.

La MCA varie selon le système fourrager : entre 7,6 €/VL/j en système pâturant et 9,2 €/V/j en moyenne en système « stocks » (__SWYP_INC__10% de paturage dans la ration annuelle des VL). « Mais les besoins en MCA ne sont pas les mêmes car les niveaux de charges sont différents », rappelle Maud Hurault.

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