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Vers une lutte intégrée contre les rongeurs en élevage avicole

Face à l’évolution réglementaire et à l’émergence de résistances aux rodonticides anticoagulants, la profession avicole est appelée à repenser ses pratiques de gestion des rongeurs.

Les conditions favorables qu’offrent les bâtiments avicoles – chaleur, nourriture, refuges – permettent l’installation de rongeurs, en particulier du rat brun (Rattus norvegicus), du rat noir (Rattus rattus) et de la souris domestique (Mus musculus domesticus). Leur impact est multiple : dégradations d’infrastructures, pertes d’aliments, nuisances sanitaires et risques de transmission de pathogènes zoonotiques.

Lire aussi : Les rongeurs en élevage avicole sont une menace bien réelle

Historiquement, la lutte chimique via les rodonticides anticoagulants antivitamine K (AVK) – warfarine, coumatétralyl, chlorophacinone (première génération), bromadiolone, difénacoum, diféthialone, brodifacoum, flocoumafène (deuxième génération) – a été dominante. Mais la pression sélective exercée par leur usage intensif depuis les années 1950 a favorisé l’apparition de résistances génétiques, désormais bien documentées par le RRAC (Rodenticide Resistance Action Committee), en particulier via des mutations du gène VKORC1. En France, des études récentes (1) estiment que 30 à 70 % des rats bruns testés présentent une résistance à au moins un AVK.

En conséquence, l’appâtage permanent a été interdit (règlement européen 2017/1378, confirmé en France depuis 2019), et l’utilisation de ces produits est conditionnée à un diagnostic d’infestation. En parallèle, la certification « certibiocide nuisible » est requise depuis 2024 pour l’achat et l’application de rodonticides classés TP14.

Face à ces limites, une transition s’impose vers des stratégies de lutte intégrée, articulées autour de trois leviers principaux :

1. La prévention pour empêcher l’installation des nuisibles : gestion de l’environnement (taille de la végétation autour des bâtiments, suppression des abris potentiels, bétonisation des abords), sécurisation des stocks d’aliments, étanchéité des bâtiments, réduction des zones de nidification… Ces pratiques constituent le socle de toute stratégie durable.

2. La surveillance régulière pour ajuster les actions et de rationaliser l’usage des biocides. Elle s’appuie sur un diagnostic initial de l’infestation (espèce, localisation, niveau de pression) à l’aide d’indices (traces, excréments, nids) et de nouveaux outils (pièges connectés, caméras thermiques, capteurs).

3. La lutte ciblée basée sur un recours raisonné aux moyens chimiques, en complément de dispositifs mécaniques (tapettes, pièges, dispositifs électriques). Des alternatives aux AVK, comme le cholécalciférol, semblent gagner en intérêt, notamment en combinaison avec certains anticoagulants à faibles doses pour limiter la résistance.

Justine Grillet, grillet@itavi.asso.fr

(1) Sources : Grandemange et al. 2009, Berny et coll. 2014, Lasseur, 2023

Justine Grillet, de l’Itavi

« Mieux accompagner les éleveurs dans la lutte intégrée »

« Une enquête menée en France en 2021 auprès de 294 répondants dont 76 % de transformateurs agroalimentaires (toutes productions), a révélé que 90 % recouraient encore à des rodonticides en cas d’infestation, malgré l’évolution réglementaire et les méthodes alternatives. 

La structuration des dispositifs d’accompagnement est donc essentielle : diagnostics personnalisés, guides techniques, formations à la lutte intégrée. La profession doit également s’engager dans la capitalisation des retours terrain : évaluer les pratiques existantes, identifier les freins à la mise en œuvre, quantifier l’efficacité réelle des stratégies intégrées.

L’enjeu ne se limite pas à répondre à une obligation réglementaire. La maîtrise des populations de rongeurs conditionne la performance sanitaire, économique et environnementale des élevages. La lutte intégrée, bien que plus exigeante en gestion et en technicité, ouvre la voie à une approche durable, adaptée aux réalités des élevages avicoles. Pour la déployer efficacement, il est impératif d’impliquer l’ensemble des acteurs – éleveurs, techniciens, vétérinaires, prestataires – dans une logique de formation, d’innovation et d’évaluation continue.

(1) Étude de Cor et Roquette

Une perte annuelle jusqu’à 3 100 euros liée aux dégâts des rongeurs

Les données épidémiologiques confirment que les rongeurs peuvent être vecteurs ou réservoirs d’environ 80 zoonoses, dont plusieurs concernent les filières avicoles : salmonellose, leptospirose ou pasteurellose, entre autres. Ils contribuent également à la dispersion de parasites comme le pou rouge (Dermanyssus gallinae)

Les conséquences économiques sont loin d’être marginales. 87 % des coûts sont relatifs aux dommages qu’ils causent sur les infrastructures et à la consommation et contamination de l’aliment des animaux élevés (étude de Diagne et al., 2021). Selon BASF, une colonie de 100 rats et 100 souris engendrerait une perte annuelle allant jusqu’à 3 100 euros en élevages porcins et avicoles, entre la consommation directe d’aliments, les souillures, et les dégradations matérielles (câblages, isolants, structures).

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