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L’influenza H5N1 grippe toutes les filières avicoles

C’est un événement sans précédent dans l’histoire de l’aviculture française. Après le Sars-Cov2, un autre virus venu de Chine grippe les rouages d’une mécanique d’ordinaire bien huilée et en bloque certains.

Avec une forte concentration des élevages de reproducteurs (grands parentaux et parentaux), le bassin vendéen élargi est le maillon faible de l'accouvage français, surtout pour les espèces "mineures" (canard, pintade, pigeon, caille). .
Avec une forte concentration des élevages de reproducteurs (grands parentaux et parentaux), le bassin vendéen élargi est le maillon faible de l'accouvage français, surtout pour les espèces "mineures" (canard, pintade, pigeon, caille). .
© P. Le Douarin

Après la première vague de virus influenza H5N1 hautement pathogène ayant infecté le Sud-Ouest, « l’arrivée de l’influenza en Vendée est ce qui pouvait arriver de pire » confiait début avril Gilles Salvat le directeur du pôle recherche et références de l’Anses, à notre confrère d’Agra Presse. Car tout s’entremêle sur ce territoire, ce qui rend cette région si efficiente quand tout va bien.

Un poids énorme dans la production nationale

Comme nulle part ailleurs, la Vendée – élargie à la Loire-Atlantique, au Maine et Loire et aux Deux Sèvres – concentre toutes les espèces (caille, canard, dinde, gibier à plumes, pigeon, pintade, poule pondeuse, poulet), toutes les productions (œuf, foie gras, chair) et tous les maillons (sélection génétique, couvoirs, élevages, usines d’aliment, abattoirs, entreprises de transformation). « On touche peut-être aux limites de la concentration des élevages », souligne le scientifique.

 

 

 

En filière œuf de consommation, selon nos estimations (d’après des données du CNPO) ces quatre départements représentent 16 % des capacités nationales de pondeuses (environ 7 millions de places) et 17 % des poulettes (4 millions de places). Selon le Cifog, le secteur des palmipèdes à foie gras y pèse 25 % de la production nationale.

D’après un haut dirigeant de l’abattage, sur les 17 millions hebdomadaires de mises en place nationales de volailles de chair, le sud des Pays de Loire réalise 2,3 à 2,7 millions. En 2021, la région Pays de la Loire a abattu 482 000 tonnes (29 % du total français), à peu près autant que la Bretagne (500 000 tonnes). Sur les 40 000 tonnes sortant chaque mois des chaînes ligériennes, le secteur sud Loire (hors Mayenne et Sarthe) fournirait une bonne moitié. C’est à comparer aux 12 000 tonnes par mois de la région Nouvelle Aquitaine (Deux Sèvres comprises).

Un tiers des couvoirs de sélection-multiplication se trouve dans les quatre départements touchés. Les deux opérateurs en canards Barbarie et Pékin (Orvia et Grimaud Frères) fournissent 70 % du marché national. Des accouveurs importants sont présents en pintade (Boyé), en poulettes d’un jour (Lohmann France couvrant 40 % du marché national), en dinde (Hendrix Genetics), en poulet (Aviagen, Boyé, Galina LDC, Orvia), en caille (Cailles Robin), en gibier à plume (GiboVendée…).

 

Des perturbations immédiates et en chaîne

Autant dire que l’impact de la deuxième vague est majeur. Au 20 avril, le ministère de l’Agriculture décomptait 841 foyers dans les élevages vendéens et limitrophes. Toutes productions confondues, le nombre de volailles atteintes par l’IA HP dépasse les quinze millions.

En rouge les foyers les plus récents, en violet les cas dans l'avifaune sauvage.

Clicquer à gauche du titre pour accéder à un foyer en particulier

Durant l’épizootie, tous les secteurs ont fonctionné en mode dégradé : flux logistiques chamboulés, perturbations des plannings d’abattage et moindres volumes, difficultés croissantes des couvoirs à trouver des bâtiments disponibles en zone indemne (ou absence de laissez-passer) conduisant à des euthanasies de poussins, œufs de consommation bloqués ou manquants suite aux abattages de 3 millions de poules, éleveurs non livrés en poulettes abattues (de l'ordre de 800 000), arrêts forcés d’activité faute de produits…

Le 21 mars, Galliance estimait déjà que 50 à 80 % de son planning était affecté et qu’il lui faudrait au moins six mois pour retrouver une situation normale. La moitié de ses sites (6 sur 12) va fermer en mai et ses 1 500 salariés seront au chômage technique pendant au moins trois mois. Tous les abatteurs du secteur sont concernés. Tous les accouveurs de la zone réglementée (ZR) ont perdu des troupeaux de parentaux et les sélectionneurs des grands parentaux (GP). Ceux du canard sont les plus affectés, avec moins de 30 % des capacités reproductives restantes hors zones atteintes début avril.

Une baisse générale de l’offre en 2022

Le redémarrage des activités va être lent dans les zones atteintes et la poursuite d'activité sera perturbée ailleurs.

En Vendée, l’objectif est d’avoir vidé la ZR à la fin du mois d’avril, avec l’espoir de repartir le plus tôt possible. Cela dépend de la date du dernier foyer et de la durée de vide sanitaire appliquée (deux ou trois mois ?). Une reprise en juin semble compromise.

Encore faut-il qu’il y ait suffisamment de reproducteurs pour réalimenter la ZR et fournir le reste de la France.

En œufs de consommation, le 11 avril l’interprofession CNPO estimait la perte de production à 6 % du volume national, ce qui fait « exploser » les cours. Le 8 avril, l’Itavi avançait que les mises en place de poulettes allaient baisser de l’ordre de 7 % cette année.

C'est un quasi arrêt pour les canards de chair Barbarie. En Barbarie, des grands parentaux ayant été aussi abattus, l’interprofession canard (Cicar) estime « qu’il faudra au moins deux ans pour retrouver un rythme normal. » En mettant en incubation au mois d'avril des oeufs GP issus de GGP indemnes hors zone, les premières canes parentales ne seront mises en élevage qu'en janvier 2023 et leurs premiers descendants commerciaux qu'en septembre 2024 !! A moins d'importer des OAC de Pékin pour produire du canard de chair Pékin ?

Dans le canard gras, la reprise dans le Sud-Ouest est aussi compromise par le manque de canetons mulards venant des Pays de Loire. La solution de l’engraissement des femelles mulardes pourrait être envisagée.

Le 7 avril, l’Itavi pronostiquait une baisse annuelle des volumes abattus de 22 % en canards gras et de 36 % en canard de chair. Ce sera sans doute plus...

Priorité au marché du poulet de chair

Les sociétés exportant vers les pays tiers (foie gras, génétique, poulet congelé…) vont être durablement touchées par les « bans » qui mettent du temps à se lever après le retour au statut indemne d’influenza. Malgré un foyer détecté fin mars dans le Finistère, le poulet congelé de France Poultry continue à être acheté par les pays du Golfe, grâce à sa compartimentation.

 

 
Ces prévisions ont de fortes chances d'être sous-estimées © Itavi

Destinées au marché national, « plusieurs dizaines de millions de volailles de chair ne seront pas produites d’ici l’été », estime l’interprofession (Anvol) dans son bulletin mensuel. Le groupe LDC indiquait le 7 avril que l’offre nationale de volailles allait baisser de 30 % entre mars et août. Le même jour, l’Itavi tablait sur un recul annuel de 8,5 % des abattages en poulet, de 14 % en dinde et de 11 % en pintade.

François Cadudal (Itavi) avance que les impacts seront moins forts et moins durables sur le poulet de chair, par rapport aux espèces aux cycles biologiques longs (dinde, pondeuse) et à celles qui manqueront de poussins et/ou de prêts à pondre (caille, canard, pintade, poule). Dans un contexte général de manque, les besoins en trésorerie vont logiquement privilégier le poulet. Le seul point positif est qu’il sera sans doute plus facile d’écouler des produits rendus plus chers par les hausses des matières premières. Le 7 avril, le groupe LDC affichait son intention de passer 20 % de hausse tarifaire d’ici l’été.

 
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