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Les rongeurs en élevage avicole sont une menace bien réelle

La présence de rongeurs dans les élevages avicoles constitue un véritable enjeu sanitaire et économique dans un contexte réglementaire contraint. 

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Le rat noir a tendance à vivre en hauteur dans les bâtiments.
© É. Isselée

Discrets mais omniprésents, les rongeurs s’invitent dans les élevages avicoles où les conditions favorables à leur prolifération ne manquent pas : accès aisé à la nourriture, chaleur, abris… L'Itavi rappelle les enjeux sanitaires. 

Lire aussi : Hygiène des élevages : Comment bien mener sa dératisation

Trois espèces en ligne de mire

Le rat brun (Rattus norvegicus), le rat noir (Rattus rattus) et la souris domestique (Mus musculus domesticus) sont les trois espèces les plus problématiques dans les exploitations avicoles (et pas que). 

Chacune présente des comportements écologiques distincts : là où le rat brun à tendance à creuser des galeries au sol, la souris domestique reste proche des murs et le rat noir escalade les structures. Ces particularités imposent une approche différenciée dans les stratégies de lutte.

Un enjeu sanitaire majeur

Les rongeurs sont porteurs de plus de 80 zoonoses, dont 35 fréquemment retrouvées en élevage. Par exemple : salmonellose, leptospirose ou pasteurellose peuvent ainsi contaminer les volailles, directement ou par contact indirect avec les fientes, l’alimentation ou les matériaux souillés. En élevage de poule pondeuse, leur rôle potentiel dans la diffusion des poux rouges (Dermanyssus gallinae) ajoute une pression sanitaire supplémentaire.

Des dégâts économiques considérables

Outre le risque infectieux, les dégâts techniques sont potentiellement importants. Destruction de gaines électriques, d’isolants, consommation et contamination d’aliments… Selon certaines estimations, une centaine de rats et de souris peut engendrer une perte de plus de 3 000 euros par an par élevage.

Des résistances préoccupantes et des moyens de lutte encadrés

 

 
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Le rat brun vit au niveau du sol ou dans des terriers. © É. Isselée

Aujourd’hui, l’arsenal de lutte disponible en France repose principalement sur la lutte chimique via des appâts anticoagulants (AVK), agissant par inhibition de la vitamine K. Toutefois, le rat brun notamment, développe une résistance comportementale bien connue : la néophobie. Méfiant envers toute nouveauté, il évite les appâts ou ne les consomme qu’en petite quantité, insuffisante pour être létale mais suffisante pour générer une aversion. De plus, des résistances à tous les anticoagulants de première génération progressent chez le rat brun et la souris domestique (warfarine, coumatétralyl, chlorophacinone). Des études françaises récentes montrent que 30 à 70 % des rats bruns testés présentent une mutation rendant les AVK inopérants. En revanche, aucune résistance n’a été montrée pour les trois produits de seconde génération les plus puissants (brodifacoum, diféthialone et flocoumafène), qui restent encore efficaces. Ces constats ont conduit l’Union européenne à interdire l’appâtage permanent aux anticoagulants dès 2017, mesure renforcée en France en 2019 avec l’élargissement de l’interdiction à d’autres molécules comme le cholécalciférol (Vitamine D). Les méthodes mécaniques (pièges, ultrasons, destruction de terriers) et biologiques (recherche sur la stérilisation) complètent les stratégies de lutte, bien que leur efficacité reste plus variable ou expérimentale, et parfois même peu recommandable pour la biosécurité (utilisation de prédateurs).

Vers une gestion raisonnée et durable

Face à ces contraintes, l’élevage avicole doit évoluer vers une approche intégrée : diagnostic précis, choix de produits adaptés à l’espèce présente, alternance des méthodes, renforcement de la biosécurité. Gérer les rongeurs n’est plus une action ponctuelle mais une démarche continue, stratégique et complexe, pour garantir la santé des animaux, la sécurité des travailleurs et la pérennité des exploitations.

Justine Grillet, grillet@itavi.asso.fr

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