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Les industriels nord européens jouent aussi l’effet gamme

Pour répondre à la diversité des attentes de leurs marchés et contrer les importations, les filières britanniques et allemandes, diversifient leurs modes de production.

Proposer aux consommateurs d’autres produits que le poulet et la dinde standard est vital pour les filières avicoles. Des entreprises diversifient avec succès leurs modes de production. C’est le cas de Moy Park au Royaume-Uni, et de Wiesenhof en Allemagne. Ces deux exemples ont été présentés lors des rencontres annuelles du laboratoire MSD santé animale, organisées en marge du Space.


Au Royaume-Uni, le plein air prend la place du bio


Si le groupe britannique Moy Park, détenu par des Brésiliens, importe toujours du poulet du Brésil pour approvisionner ses ateliers de transformation, il mise depuis quinze ans sur l’élevage local pour la vente de volailles entières et les marchés haut de gamme. D’ailleurs, Moy Park est, avec 450 de ses 800 élevages en élevage alternatif, l’un des plus gros producteurs européens. Ce qui lui permet de proposer à ses clients une gamme « à quatre étages », avec le poulet standard, élevé en claustration avec une densité de 39 kg/m2, puis le poulet élevé à la lumière naturelle et l’élevage en plein air avec une densité de 30 kg/m2 jusqu’à l’élevage biologique. Ces différents créneaux s’équilibrent en cas de tension sur un marché. En Angleterre, la consommation de bio a baissé de 50 % depuis 2009 ; « c’est une conséquence de la crise, estime Joe Lawson, de Moy Park. Par contre, la demande sur le plein air a continué à progresser car les produits sont moins chers. D’ailleurs, des éleveurs bio sont passés à l’extensif ». Moy Park parie sur une forte croissance des poulets élevés en faible densité et à la lumière naturelle « car on est suivi dans cette filière par un grand distributeur ».


Une poussée de l’élevage durable et éthique en Allemagne


C’est une diversification semblable qu’a menée le groupe Wiesenhof, qui produit un poulet allemand sur trois, une dinde sur quatre. Le leader allemand a lui aussi quatre niveaux d’exigences dans ses cahiers des charges : le standard, une production aux normes bien-être poussées, l’élevage extensif et le bio. Ces modes de production s’inscrivent tous dans une politique de développement durable. « Le management durable est plus qu’un outil marketing pour Wiesenhof », estime Isabelle Guillot, responsable du marché allemand pour MSD. Cette approche s’est concrétisée par une démarche de qualité, alliée à une application stricte des normes bien-être et à un usage responsable des antibiotiques. Dans le cadre de leur certification, les producteurs s’engagent à une gestion économe de l’énergie et des ressources. Depuis 2013, le cahier des charges label est certifié par la société de protection des animaux. « Il y a une forte influence en Allemagne des défenseurs du bien-être animal », explique Isabelle Guillot.



Tout reste une question de prix de vente


Dans ces filières britannique et allemande, un point commun s’impose : l’intégration verticale de la filière de l’accouvage à la transformation. « L’intégration verticale permet une traçabilité complète chez Wiesenhof », estime Isabelle Guillot. Les éleveurs de Moy Park ne peuvent travailler qu’avec des fournisseurs agréés, depuis la conception du bâtiment jusqu’à l’alimentation, et ce pour maîtriser les intrants, justifie John Lawson. Si l’organisation est semblable, l’approche diffère. Chez Moy Park, on est plus pragmatique. « Nous adaptons nos techniques de production en fonction du prix qu’est prêt à payer le consommateur, explique Joe Lawson. Si une enseigne veut un poulet élevé en lumière naturelle avec une densité abaissée de 39 à 30 kg/m2, on peut lui en produire si elle paie le juste prix. » Les allemands de Wiesenhof ont une approche plus éthique, en réponse aux préoccupations de leurs clients sur le bien-être animal et l’environnement. D’ailleurs, le groupe réfléchit à rapprocher la production des unités de transformation pour limiter l’empreinte carbone, qui est déjà calculée pour chaque produit.
En revanche, les deux pays se posent toujours la question du prix et de son équilibre, entre ce qui rémunère les contraintes supplémentaires d’élevage et ce qui est acceptable pour le consommateur. Avec une réponse adaptée à chaque pays. Wiesenhof affiche « sans problème » un prix du bio 2,5 fois supérieur au conventionnel. Moy Park soutient ses éleveurs pour répondre à son ambition d’augmenter ses productions alternatives de 20 % en deux ans. « Si le marché est mauvais, on se doit d’aider les éleveurs. C’est le seul moyen de continuer à croître, explique Joe Lawson. Comme on les aide à adapter le parc bâtiment aux demandes du marché. »

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