Aller au contenu principal

Diversifier ses parcours
L’agroforesterie, un atout pour le paysage et l’élevage avicole

À Samadet dans les Landes, Jean-Luc Dubroca et Christophe Tauziet arborent leurs parcours d’élevages depuis plus de vingt ans. Un atout pour le bien-être de leurs animaux et pour l’aménagement paysager de leur exploitation.

L’agroforesterie associe plantations d’arbres, cultures et ou animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ. Les grands brise-vent peuvent être plantés dans l’axe nord-sud. Dans l’axe est-ouest, mieux vaut préférer les brise-vent de hauteur moyenne car leur ombre portée est moins grande. Il est recommandé de planter avec une densité de 30 à 50 arbres par hectare.

Quels arbres planter et quel entretien ?

En Chalosse dans les Landes, platanes, chênes des marais, tilleuls des bois, peupliers, érables, merisiers, robinier faux acacia sont conseillés. Établir des mélanges d’espèces augmente la diversité et diminue les risques de propagations sanitaires.

La chambre d’agriculture des Landes estime le coût d’implantation à sept euros par arbre (plants, protection, mise en place), soit deux cent quarante-cinq euros pour trente-cinq arbres sur un hectare.

Dès 1996, Jean-Luc Dubroca, éleveur de volailles label rouge à Samadet (26 400 poulets par an), a implanté des chênes d’Amérique, des noisetiers et des prunus sur son parcours d’élevage, pour apporter ombre aux animaux et protéger le bâtiment du vent avec une haie. Régulièrement, il a arraché ceux qui ne résistaient pas aux attaques des pintades qui piquent l’écorce et a cherché les espèces végétales les plus adaptées, telles que les lauriers et les pins.

« Côté entretien, je consacre 3 à 4 heures une fois par an, pour élaguer les 150 m de haies et le parcours. C’est peu d’entretien, mais attention aux espèces que l’on plante. Mieux vaut éviter les prunus qui grandissent vite et dont l’ombre empêche les autres espèces de se développer convenablement », témoigne Jean-Luc Dubroca.

« Dans l’année post-plantation, il faut arroser pour un bon enracinement, surtout avec les canicules. Les trois premières années, il faut prévoir la taille de formation permettant aux arbres de s’étoffer », complète Christophe Tauziet, aujourd’hui éleveur de canards prêts à gaver à Samadet.

« Une coupe franche l’hiver dernier a permis à notre haie de s’étoffer. Nous en avons profité pour faire du BRF (Bois raméal fragmenté) qui sert au paillage bio de l’exploitation, au jardin potager… C’est un produit valorisable, donc une source de revenu pour l’exploitation. Mais la filière en est à ses tout débuts. C’est une intervention à envisager tous les dix ans », précise-t-il. Comptez environ 11 € HT par mètre linéaire.

Pour en savoir plus sur l'agroforesterie

Des bienfaits sur l’élevage très positifs

Avec un parcours arboré, « les volailles sont moins stressées et leur indice de consommation est amélioré de 10 à 15 % », constate Jean-Luc Dubroca. Christophe Tauziet observe quant à lui que « les canards se répartissent mieux sur le parcours, souffrent moins de la chaleur et le parcours est plus sain. Avec moins de flaques d’eau, ils ont un meilleur emplumement sur les lots d’été et chaque canard pèse 100 à 150 g de plus. Par forte chaleur, je vidange les lignes d’eau. Les arbres permettant de garder les abreuvoirs à l’ombre, l’eau reste fraîche et garantit des animaux en meilleure santé. Il y a moins de dépôt de biofilm dans les canalisations, donc moins de maladies potentielles. Les animaux sont aussi plus calmes et plus à l’abri des prédateurs ». Jean-Luc Dubroca explique : « J’ajoute des couverts végétaux pour que les poulets picorent la verdure à leur sortie sur le parcours. J’ai arboré mon parcours au fil du temps. Entre 2000 et 2005, j’ai planté des lauriers qui ont l’avantage d’avoir des feuilles toute l’année et des pins. Maintenant il y a environ 50 arbres sur un hectare », témoigne-t-il. Les deux éleveurs ont investi dans l’agroforesterie car ils sont convaincus du bien-être apporté aux poulets et aux canards. Mais ils l’ont aussi fait pour améliorer l’aspect paysager de leur exploitation. « Ces arbres contribuent à donner une meilleure image de notre agriculture », témoignent-ils tous les deux.

" Concilier confort animal, image et environnement"

 

Apprendre l’agroforesterie en la faisant

Christophe Tauziet a d’abord été éleveur de poulets avant de passer au canard mulard en 2017. Il a arboré trois parcours d’élevage depuis 1998, à chaque fois différemment.

- En 1998, « j’ai commencé par une haie champêtre et un parcours d’un hectare pour intégrer l’exploitation et les bâtiments d’élevage au paysage », se rappelle-t-il.
- En 2000, il met en place un nouveau site avec 5 ha de parcours pour du poulet Landes Liberté. Il intègre un volet paysager plus important avec des haies champêtres sur 300 m. Il réaménage en même temps le premier parcours grâce à un contrat territorial d’exploitation. 100 arbres sont ainsi plantés à l’hectare. « Nous avons peu espacé ces arbres, d’où un parcours très ombragé qui manque un peu de zones au soleil », analyse-t-il.
- En 2012, il aménage un troisième site avec 50 arbres plantés sur un hectare pour deux bâtiments de 400 m2. « Entre chaque bande, je fais des semis mécaniques, donc plus réguliers, de couverts végétaux avec des mélanges selon la saison : avoine/ray-grass/colza, avoine/ray-grass/maïs… Le chaulage permet d’absorber les matières organiques et les fientes. Il augmente aussi la tenue du parcours en hiver, le sol reste bien perméable. Avec l’expérience, j’ai amélioré mes plantations d’arbres en les espaçant mieux. »

Des arbres pour quoi faire ?

L’agroforesterie présente de nombreux atouts pour une exploitation agricole :

- La préservation des insectes auxiliaires de culture ;
- L’effet brise-vent pour les cultures (haies) et les animaux ;
- le stockage de carbone ;
- La diversification des productions (bois, fruits, fourrage) ;
- La création d’un habitat et de ressources pour favoriser la biodiversité ;
- La limitation de l’érosion des sols, apport de matière organique dans le sol, favorisation de l’activité biologique des sols ;
- La régulation des eaux : les eaux de ruissellement sont freinées par les fossés et talus, ce ralentissement permettant à l’eau de s’infiltrer vers les nappes profondes ;
- L’absorption d’une partie des nitrates et autres polluants par les racines des arbres.


 

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Aviculture.

Les plus lus

Thierry Poincloux sur le merlon en terre masquant son élevage. Sur cette parcelle idéalement placée, rien ne laissait présager une opposition malgré tout restée limitée.
« Ne jamais préjuger de la facilité à monter un projet de poulailler»
Tristan Poincloux a défendu bec et ongles son autorisation d’exploiter face à un adversaire déterminé. Il est aujourd’hui…
Le premier site a été installé avant l'été en Loire Atlantique sur un parcours de canards .
Un nouvel agrivoltaïsme sur les parcours de volailles
Associant agroforesterie et photovoltaïque, la jeune société NovaFrance Energy fait le pari de séduire les éleveurs de plein air…
Eclosion à la ferme (concept X-Treck)
Les Pays-Bas passent à l’alimentation précoce des poussins de chair
D’ici septembre 2024, tous les poussins de chair nés aux Pays-Bas devront avoir accès à l’alimentation dans les 36 heures qui…
Les appréhensions légitimes du voisinage peuvent être aplanies par de patients efforts de communication en amont du projet de création ou d'extension.
Communiquer sur son projet d’élevage
De nombreux projets de créations ou d’extensions d’élevages génèrent des inquiétudes dans leur voisinage, lesquelles peuvent…
Défense de l'élevage : l’Anvol appelle les Français à se mobiliser pour les volailles françaises
L’interprofession de la volaille française (Anvol) appelle tous les acteurs de la société française à soutenir le secteur…
La gestion en flux tendu des plannings de ramassage est ressortie comme un point bloquant majeur à l'observance de la biosécurité.
Aider les équipes de ramassage de volailles à intégrer la biosécurité
De bonnes conditions d’accueil, un planning de ramassage bien anticipé et une meilleure communication entre acteurs sont autant…
Publicité
Titre
je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Volailles
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Volailles
Newsletter COT’Hebdo Volailles (tendances et cotations de la semaine)