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La qualité nutritionnelle des céréales et les performances des volailles préservées

Malgré une campagne climatique 2024 difficile et une pression en mycotoxines marquée, la qualité nutritionnelle des céréales et les performances des volailles ont globalement été préservées.

<em class="placeholder">Moisson dans l&#039;Indre près d&#039;Issoudun le 7 juillet 2022. Récolte de blé tendre particulièrement précoce, avec du blé Cesario.</em>
La majorité des blés analysés lors de la campagne 2024 sont bien valorisés par les animaux et sont peu variables.
© G. Omnès

Dans le cadre de leur première année de programme commun visant à répondre à des questionnements du terrain sur la valorisation des matières premières dans l’alimentation des volailles, Arvalis et Itavi ont réalisé trois essais en 2025. Deux ont porté sur l’évaluation nutritionnelle de différentes origines de blé et de maïs. Le troisième s’est intéressé aux effets des mycotoxines potentiellement présentes dans les aliments pour poulets de chair.

Des blés variables mais une qualité nutritionnelle stable

L’un des essais s’est intéressé au blé, céréale centrale dans l’alimentation des volailles. Les conditions climatiques particulières de la campagne 2024 ont induit une forte variabilité de la qualité des lots, notamment sur le poids spécifique et les teneurs en protéines et amidon.

Lire aussi : Le transfert direct de mycotoxines de la mère au poussin est possible

Avec l’aide de plusieurs fabricants, 6 lots de blé de composition variable ont été obtenus juste après récolte pour les caractériser d’un point de vue nutritionnel. Les plages de variation allaient de 11,2 à 13,6 % de matière sèche (MS) pour la protéine, de 68,9 à 72,7 % MS pour l’amidon et de 70,8 à 77,5 kg/hl pour le poids spécifique (PS).

Les mesures de digestibilité et de valeur énergétique (chez le coq) montrent que, malgré des profils analytiques contrastés, la majorité des blés sont bien valorisés par les animaux et sont peu variables, avec seulement 25 kcal/kg MS pour 5 (EMAn moyen = 3514 kcal/kg MS) des 6 lots évalués, le dernier plus faible étant le lot à très faible PS.

Cet essai confirme que les indicateurs classiques de compositions en nutriments ne sont pas toujours de bons moyens de prédiction de la valeur nutritionnelle des blés pour l’alimentation animale. Il faut néanmoins noter qu’en général, la valeur énergétique chez le poulet de chair est plus variable que celle mesurée chez le coq.

<em class="placeholder">Graphique = Des valeurs énergétiques variables selon les bléÉnergie métabolisable à bilan azoté nul des différents lots de blé</em>

Une valeur alimentaire du maïs maîtrisée, malgré le séchage

Les travaux montrent que la campagne maïs 2024 a été marquée par des conditions climatiques dégradées, avec des semis étalés et une récolte humide. Ces contraintes ont accru le recours au séchage, soulevant des interrogations sur l’impact de ces pratiques sur la qualité nutritionnelle du grain.

La moyenne nationale 2024 de l’indicateur de la qualité du séchage, le Promatest, est inférieure à celle des cinq campagnes précédentes, traduisant des pratiques de séchage plus intenses. Ainsi, nous avons mis en place un essai avec une gamme de Promatest variant de 12,5 à 28,4 equivalent mg albumine a été créée, en combinant les différents maïs reçus (le promatest étant additif).

Les essais de digestibilité réalisés chez le coq adulte sur quatre lots de maïs révèlent bien une relation entre Promatest et valeur énergétique (R² = 0,8), mais les écarts observés restent modérés, avec un différentiel maximal d’environ 65 kcal/kg MS.

À noter que malgré l’évolution génétique et agronomique du maïs, notamment avec une teneur en amidon plus élevée qu’il y a vingt ans, les équations historiques de prédiction de l’énergie métabolisable conservent une bonne précision, pour les lots évalués.

<em class="placeholder">Graphique = Un impact de la qualité de séchage sur la valeur énergétique du maïsÉvolution de l’énergie métabolisable selon l’indicateur de séchage du maïs ...</em>

Des croissances maintenues malgré les mycotoxines

Les performances des poulets de chair n’ont pas été pénalisées, même lorsque les aliments contenaient simultanément plusieurs mycotoxines, c’est le premier enseignement de l’essai conduit avec des Ross 308. Les animaux ont reçu des aliments naturellement contaminés par le déoxynivalénol (Don), la zéaralénone (Zea) et les fumonisines (Fumo), avec des teneurs formulées atteignant jusqu’à 4600 µg/kg de Don, 2370 µg/kg de ZEA et 7880 µg/kg de Fumo dans le régime le plus exposé. Entre 10 et 28 jours d’âge, les poulets affichent un gain moyen quotidien compris entre 73 et 78 g/j, une consommation moyenne de l’ordre de 97 à 99 g/j et un indice de consommation voisin de 1,28, sans différence significative entre aliments sains et multicontaminés. Ces valeurs de performance sont conformes aux références de la souche.

Les observations à l’abattage confirment ce constat : aucun impact sanitaire visible n’est détecté sur les organes cibles classiquement associés aux mycotoxines. Les poids relatifs du foie et de la rate restent comparables entre animaux nourris avec un aliment sain et ceux recevant des régimes multicontaminés.

L’ajout d’un capteur de mycotoxines à large spectre n’apporte pas d’amélioration mesurable des performances, illustrant la difficulté de démontrer un bénéfice lorsque la contamination ne génère pas d’altération préalable.

Une tolérance avicole confirmée

Ces travaux confortent l’idée que les volailles disposent d’une réelle capacité de tolérance vis-à-vis de la présence de mycotoxines. La biodisponibilité réduite de certains composés toxiques et leur métabolisation rapide expliquent en partie cette robustesse.

Certains points restent encore mal maîtrisés, notamment la présence de formes masquées de mycotoxines, difficiles à quantifier mais potentiellement libérées lors de la digestion.

Capteurs et outils de gestion

Dans cet essai les effets d’un marqueur étaient aussi évalués. Néanmoins, en absence d’effet négatif de mycotoxines, il n’est pas possible de se prononcer sur l’absence de bénéfice des capteurs de mycotoxines.

Ces résultats plaident pour une utilisation raisonnée des capteurs, ciblée sur des situations de contamination avérée ou sur des espèces plus sensibles que le poulet de chair.

Une filière globalement résiliente, mais sous surveillance

Pour la filière, le message est double : les outils actuels de caractérisation sont globalement robustes, mais la surveillance reste indispensable, notamment face à la variabilité interannuelle et aux effets potentiels à long terme. Une résilience encourageante, qui ne dispense pas de vigilance.

Côté biblio

- Résultats concernant les blés et les maïs à retrouver sur les Lettres News@lim – Spécial ITAVI sur le site d’ARVALIS https://www.arvalis.fr/infos-techniques/telechargez-les-dernieres-lettr….

- Publication aux Journées de la recherche avicole 2026 sur les effets de la multicontamination par les mycotoxines

Un partenariat entre l’Itavi et Arvalis pour évaluer les matières premières

L’Itavi renforce son implication dans les questions de nutrition et développe depuis longtemps des collaborations sur la valorisation des matières premières dans l’alimentation des volailles dans le cadre de projets collaboratifs. Arvalis a une longue expertise dans l’évaluation des matières premières et possède des moyens expérimentaux, au service des filières animales. C’est donc naturellement que l’Itavi et Arvalis ont formalisé une collaboration, qui se veut durable, pour la réalisation d’un programme expérimental commun. Ces essais ont pour objectif de répondre à des questionnements du terrain et se déroulent sur la station expérimentale de Villerable, dans le Loir et Cher, propriété d’Arvalis. La mise en œuvre de ce programme s’appuie sur Maxime Traineau, ingénieur alimentation monogastriques Arvalis depuis neuf années et de Marine Vanholderbeke, chargée de mission environnement et matières premières à l’Itavi.

Définitions

EM : Énergie métabolisable.

EMAn : Énergie métabolisable à bilan azoté nul ; valeur d’énergie corrigée pour prendre en compte les pertes d’origine endogène (interne à l’animal).

Poids spécifique : mesure de la masse volumique apparente des grains.

Promatest : méthode de mesure utilisée pour caractériser l’intensité du choc thermique reçu par le grain au moment du séchage, au travers l’état de solubilité des protéines thermosensibles.

Rédaction Réussir

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