La filière œufs incitée à vacciner contre la salmonelle
En simplifiant le protocole de surveillance des lots de poules pondeuses vaccinées contre la salmonelle et en autorisant la vaccination à tous les élevages, quel que soit leur niveau de biosécurité, les pouvoirs publics encouragent la filière œuf à généraliser la vaccination afin de réduire le taux de prévalence.
Alors que l’utilisation de vaccins vivants contre Salmonella Enteritidis (S.E) et Typhimurium (S.T) n’est autorisée en poules pondeuses que depuis mars 2023, la France passe à la vitesse supérieure en encourageant désormais les producteurs à vacciner contre cette bactérie zoonotique, sans aller jusqu’à rendre la vaccination obligatoire comme le font certains voisins européens. Un nouvel arrêté, publié le 21 février 2026, introduit des modalités de dépistage différentes pour les lots de poules vaccinées. Ce protocole « allégé » repose uniquement sur des prélèvements de fientes, et non plus également sur des prélèvements dans l’environnement, ces prélèvements étant une surtransposition du règlement européen. Saluée par l’interprofession de l’œuf CNPO, cette adaptation de la réglementation est issue d’une concertation étroite avec l’État et l’appui scientifique de l’Anses, et vise à optimiser l’efficacité du plan de lutte contre les salmonelles. Elle s’inscrit dans un contexte de dégradation de la situation sanitaire depuis 2020, avec un taux de prévalence salmonelle SE et ST en bâtiments de ponte oscillant autour de 2,5 %, au-delà du seuil de 2 % fixé par l’Europe. Cette évolution répond aussi à une demande de la profession d’aligner les méthodes de surveillance sur les pratiques des autres pays européens, seule la France réalisant des prélèvements dans l’environnement : ainsi, un lot est déclaré positif dès qu’une salmonelle est retrouvée dans l’environnement du bâtiment même si la bactérie n’est pas détectée sur les volailles (via les fientes). Cette règle ne reste en vigueur que pour les lots non vaccinés.
La vaccination possible pour tous les élevages
L’autre avancée importante du nouveau plan de lutte est d’autoriser la vaccination à tous les élevages, quel que soit leur niveau de biosécurité. Jusqu’à présent, seuls les sites de ponte adhérant à la charte sanitaire ou respectant l’arrêté biosécurité de 2021 étaient autorisés à recevoir des poules vaccinées avec un vaccin vivant. « Cela a pu freiner le passage à la vaccination dans les élevages de poulettes, dont les 'queues de lots' étaient destinées à de petits producteurs d’œufs non chartés », souligne Paul Créac’h du laboratoire Ceva. Un effet contreproductif, ces derniers étant théoriquement plus à risques du fait d’une moindre biosécurité.
Attention à la définition d’un lot vacciné
Concrètement, ce nouveau protocole, en vigueur depuis la publication de l’arrêté au Journal officiel le 21 février 2026, s’applique aussi aux lots déjà en cours de ponte. Publiée le 9 avril 2026, l’instruction technique précise la mise en œuvre pratique de l’arrêté. Elle définit notamment la notion de « lot vacciné » : lot de plus de 1 000 poules qui a été vacciné en élevage de poulettes contre SE et ST avec un schéma de vaccination complet, préconisé par le fabricant du vaccin, et dont 100 % des poules du lot ont été vaccinées. Cela signifie qu’un lot qui n’a pas reçu deux doses de vaccins inactivés ou trois doses de vaccins vivants pendant la phase d’élevage de poulettes ne sera pas considéré par l’administration comme un lot vacciné. Par ailleurs, un lot en seconde ponte (après une mue) sera tenu comme non vacciné.
La casserie uniquement pour les lots vaccinés
Un autre point majeur, qui va certainement peser dans la décision de vacciner, concerne le devenir du lot en cas de positivité à une salmonelle majeure. Seuls les œufs de lots vaccinés pourront être réorientés vers la casserie (débouché industrie), tandis que les poules de lots non vaccinés devront être abattues dans les trente jours. Cette nouvelle obligation d’éliminer les poules n’interviendra qu’après la révision de l’arrêté financier qui établit le barème d’indemnisation, l’actuel datant de 2015. « Sa publication n’est pas prévue avant plusieurs mois, afin de laisser le temps aux producteurs d’œufs de commander des poulettes vaccinées. »
Vers 100 % des poules vaccinées
Avec ces évolutions réglementaires favorisant la vaccination, la part du cheptel français de poules pondeuses vaccinées devrait rapidement atteindre 90 % à 95 %, estiment les fabricants de vaccins vivants Ceva et Elanco. Depuis leur autorisation il y a trois ans, le taux de vaccination a augmenté progressivement pour atteindre 50 % des poulettes en production en 2025. « On estime que seuls 30 % des lots de pondeuses réformés en 2025 avaient reçu des poulettes vaccinées et cette proportion devrait atteindre 50 à 60 % en 2026 », indique Marc Henninger, d’Elanco. « Le coût d’une vaccination par poule correspond à peine au prix de 2 à 3 œufs. »
Bien entendu, la généralisation de la vaccination ne suffira pas à elle seule à réduire significativement la prévalence et doit être adossée à un haut niveau de biosécurité à tous les maillons, de l’élevage jusqu’à la collecte des œufs.
À terme, seuls les œufs de lots vaccinés pourront être réorientés vers la casserie.
À retenir
Principaux changements réglementaires :
- Adaptation du dépistage selon le statut vaccinal (fientes pour les lots vaccinés, fientes et environnement pour les lots non vaccinés)
- Possibilité de détenir des poules vaccinées quel que soit le niveau de biosécurité de l’élevage
- Réintroduction, sous conditions, de l’APMS (1) sur les lots vaccinés en cas d’isolement sur un seul prélèvement de poussières (contrôles renforcés ensuite)
- Abattage des lots positifs non vaccinés sous 30 jours (après la révision de l’arrêté financier)
- Seules les salmonelles Kentucky résistantes à la ciprofloxacine sont considérées comme majeures et entraînent une APDI (2)
S. Kentucky : recherche préalable d’antibiorésistance
Seules les Salmonella Kentucky hautement résistantes à l’antibiotique ciprofloxacine sont désormais considérées comme majeures (et non plus tous les sérotypes Kentucky), conformément à l’arrêté du 10 mars 2026. En cas d’isolement d’une SK lors d’un contrôle en élevage, aucune mesure de gestion ne sera prise en attendant le résultat d’analyse d’antibiorésistance de l’Anses. En pondeuses, trois salmonelles sont considérées comme majeures et réglementées (S. Enteritidis, S. Typhimurium, et S. Kentucky hautement résistante à la ciprofloxacine). S’y ajoutent pour les troupeaux de reproducteurs (S. Hadar, S. Infantis et S. Virchow).
Un taux de prévalence au-delà du seuil de 2 %
En France, le taux de prévalence de salmonelles S. Enteritidis et S. Typhimurium en pondeuses a atteint 2,59 % en 2024 et 2,53 % en 2023. C’est au-delà du seuil de 2 % fixé par l’Europe au-delà duquel le cofinancement européen des plans de lutte des États membres est arrêté. Le taux de prévalence de 2025 devrait être aussi élevé selon les données provisoires de la plateforme ESA portant sur les neuf premiers mois de l’année. Le nombre de cas positifs en pondeuses est passé de 119 à 145, soit une hausse de 22 %.
La lutte contre les salmonelles est d’abord un enjeu de santé humaine. Selon le rapport EFSA, la salmonelle est la deuxième cause de zoonoses en Europe (30 % des cas, derrière Campylobacter). Son coût de santé publique est estimé à 3 milliards d’euros par an. Un tiers des cas sont liés à la consommation d’œufs ou d’ovoproduits. En France, l’augmentation des cas de salmonelles préoccupe les autorités, touchant surtout les jeunes, principalement en période d’été.