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« La filière œuf a un très bel avenir » assure le président de l’interprofession

Yves Marie Beaudet, le président de l’interprofession de l’œuf, envisage avec confiance le rebond de la production affectée par l’influenza aviaire ces deux dernières années. L’œuf est incontournable dans le panier des Français.

© P. Le Douarin

La tension sur le marché de l’œuf est-elle conjoncturelle ?

Yves Marie Beaudet - "En 2021, avec un taux d’autosuffisance de 101 %, la filière française couvrait la demande nationale, mais en 2 022 nous sommes tombés à 96 %, alors que la consommation des œufs continuait d’augmenter (229 œufs par Français cette année). La cause est purement sanitaire. L’influenza aviaire a mis hors course 8 millions de poules et poulettes en Pays de Loire en 2 022 et 1,2 million en Bretagne début 2 023. La menace s’est éloignée, mais ses effets impacteront encore fortement 2 023. 2 024 sera l’année du retour à la normale, sauf événement imprévisible."

Que déclare la grande distribution vis-à-vis de l’arrêt à venir des ventes d’œufs de code 3 ?

Y.-M. B. - "Qu’elles font confiance à l’œuf français et qu’elles vont tenir leur promesse de déréférencer en 2 026 complètement les œufs issus de poules en cage. La pression des ONG welfaristes est toujours aussi forte, et celles-ci ne manqueraient pas de dénoncer un retour en arrière. Pourtant, les GMS constatent que les consommateurs recherchent du prix, avec une forte demande sur les œufs de cage".

Que deviennent les élevages avec des cages aménagées ?

Y.-M. B. - "En 2 019, la filière a atteint en avance son objectif de produire au moins 50 % des œufs hors cage. En 2021, tout le monde pensait que la cage était finie. Or, il reste environ un quart du cheptel en cage, soit 12 millions de poules, et cela ne baisse plus. La grippe aviaire a boosté le prix de l’œuf qui a profité à ces éleveurs travaillant plutôt en libre ou avec un contrat indexé sur le cours des œufs. Comme les coûts de transformation des poulaillers ont fortement augmenté depuis deux ans, il est très difficile de convaincre un éleveur de changer."

À moyen terme, quelles sont les perspectives pour les éleveurs ?

Y.-M. B. - "On aura besoin d’éleveurs après 2025. Si on considère que le passage de la cage vers le hors cage fait perdre 25 % de l’effectif, il faudra combler la perte de 3 millions de places (sur les 12 millions actuels) par l’équivalent de 100 nouveaux poulaillers de 30 000 poules, sans compter le développement. Et c’est un minimum, puisque certains éleveurs, plutôt en fin de carrière, ne réinvestiront pas et/ou arrêteront sans transmettre. De plus, les contraintes réglementaires et l’inacceptabilité sociétale peuvent contrecarrer les projets de reprise ou de construction. Les banques freinent aussi les candidats, faute de rentabilité jugée satisfaisante. Si la filière ne veut pas manquer d’éleveurs, elle doit revoir sa contractualisation indexée à 100 % sur le prix de l’aliment. Dans le passé, les éleveurs avaient l’habitude d’un contrat à risque partagé. Laisser cette prime de risque pourrait susciter plus d’intérêt."

Quelle sera la future segmentation du marché de l’œuf coquille ?

Y.-M. B. - "L’œuf reste la protéine animale la moins chère et ses achats continuent de croître en GMS (+ 3,8 % sur 7 mois de 2 023). Ce n’est sans doute pas un hasard en cette période où le prix oriente les comportements d’achats avant le choix éthique. Cela dit, au vu des récentes évolutions, il me paraît difficile de faire un pronostic sur la répartition entre plein air, sol et bio. Il y a deux ans, on disait que la cage était « morte ». Aujourd’hui, les GMS manquent de code 3 et dans le même temps le bio s’écroule, en lien avec les difficultés de pouvoir d’achat et peut être le recul des convictions. Le pari de la filière de remplacer la cage par de la poule au sol a bien fonctionné sans pénaliser l’œuf plein air. Vraiment, l’œuf et la filière ont encore un bel avenir."

Le mouvement européen « End of cage » peut-il accélérer la décroissance des cages ?

Y-M.B.- « Je ne le crois pas, pour une question de timing. La Commission européenne a récemment décidé de lever le pied sur la révision de la réglementation du bien-être animal. Elle attendra de passer l’élection du Parlement européen pour reprendre le processus. Si la décision d’interdire la cage est prise, en 2025 au plus tôt, il y aura un long délai d’adaptation qui permettra aux éleveurs de terminer leur carrière avec des cages montées en 2012 pour les dernières. L’arrêt de la cage viendra du marché, plus ou moins rapidement. Je rappelle qu’en France il est interdit de créer des cages, mais pas de les remplacer. »

Où en est le recadrage du fonds ovosexage ?

Y-M.B.- « Obligatoire depuis le 1er janvier 2023, l’ovosexage des souches brunes est totalement opérationnel depuis février, grâce aux couvoirs qui ont répondu présents dans un court délai d’adaptation. En revanche, le dispositif financier va être prochainement rééquilibré par une baisse de la prestation versée aux couvoirs (actuellement 1,11 euro par poulette). Le nouveau coût n’a pas encore été divulgué par FranceAgriMer qui termine son étude des coûts réels. Par ailleurs, des contrôles sont diligentés dans les centres de conditionnement et nous souhaitons que les contrevenants soient poursuivis. Ce dispositif interprofessionnel obligatoire est en place jusqu’à fin 2024 et le Comité national de promotion de l’œuf souhaite qu’il soit renouvelé. Nous demandons aussi que l’ovosexage soit étendu à toute l’Union européenne, seule la France et l’Allemagne le pratiquant actuellement. »
 

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