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Incorporation de blé entier : retours positifs d’élevages du Nord de la France

La chambre d’agriculture de Bretagne a rencontré des éleveurs de poulets proches de la frontière belge qui incorporent des céréales entières à la ferme.

Lors d’un récent voyage d’études dans le Nord de la France, la chambre d’agriculture de Bretagne a visité des élevages de poulets pratiquant l’incorporation de céréales à la ferme. Coline Brame, conseillère avicole, a relayé les témoignages de deux éleveurs, lors de la journée Aavicole, organisée le 5 décembre à Loudéac. Installés près de la frontière, ils produisent pour les outils d’abattage de Plukon en Belgique et achètent leur aliment complémentaire à des fabricants belges. Ils incorporent en moyenne 30 % de blé entier. Le premier produit toutes ses céréales tandis que le second s’approvisionne majoritairement auprès de céréaliers voisins. Tous deux montrent de très bons niveaux de performances.

Une MPA proche de 13 euros

Matthieu exploite un bâtiment de 2 400 m2 et 90 hectares de terres (pommes de terre, céréales et betteraves). Rallongé et rénové en 2014, son poulailler est équipé d’une ventilation à extraction haute et pignon, d’un échangeur de chaleur central avec un sol et des parois bétonnées. L’éleveur est 100 % autonome en céréales. Pour un lot de poulets de 42 jours en deux enlèvements, il compte 150 tonnes de complémentaire et 60 tonnes de blé entier. Ce dernier est stocké dans un silo plat à l’année puis transvasé dans une cellule attenante au poulailler, équipé de trois silos. Le blé est incorporé par une trémie peseuse. Avec une densité de 20,8 poussins/m2 et un poids de sortie de 2,8 kg, l’indice de consommation des lots est de 1,56 et le taux de perte de 1,2 %. Sa marge poussin aliment est de 12,95 €/m2/lot. « Elle intègre le coût du blé (prix estimé selon le prix du marché), l’achat en direct des poussins et avec un prix du vif indexé sur le marché de Deinz en Belgique », précise-t-elle.

Rentable même avec une faible autonomie

Jeune éleveur, Arnaud Heyman, à Caestre, a repris et agrandi l’exploitation familiale avec trois poulaillers neufs de 1 500 m2, soit un site total de 6 500 m2 et cinq bâtiments. Performants, ils sont équipés d’une ventilation pignon, de sol et de parois bétonnées et de générateurs de gaz à combustion extérieure. L’une des particularités de l’élevage est de travailler avec deux fabricants d’aliment belges. « Ces derniers se mettent d’accord pour synchroniser les dates de mise en place et d’enlèvement afin de respecter la bande unique sur l’ensemble du site. » Disposant de peu de terres, Arnaud achète 80 % de ses céréales. Avec un coût d’achat moyen de 145 €/t et un coût de complémentaire de 375 €/t, il calcule le prix de l’aliment reconstitué à 275 €/t. Arnaud incorpore ses céréales à l’aide d’un boîtier relié à la trémie. Il démarre à 5 % à 7-8 jours puis termine à 50 % en fin de lot, à 35-40 jours. Avec un poids de vente de 2,6 kg, l’indice de consommation est de 1,514 avec un taux de perte également faible (1,5 %). À noter que les poulets sont élevés sur paille et que l’abattoir ne mesure pas les pododermatites. Il n’était donc pas possible de confirmer l’éventuel impact positif de l’incorporation des céréales sur la qualité des pattes.

« Une pratique rentable, selon les utilisateurs »

« L’incorporation à la ferme est une pratique simple à mettre en œuvre sous réserve de bien maîtriser la granulométrie et le taux d’incorporation des céréales pour maintenir une formule d’aliment équilibrée (attention à la dilution). Pour les éleveurs du Nord de l’Europe pratiquant l’incorporation de céréales, l’absence de foncier ne semble pas poser de problèmes. Selon eux, cette pratique reste rentable même lorsque les céréales sont achetées à un fabricant ! Le coût du silo et de la trémie d’environ 15 000 euros est selon eux rentabilisé en un an. S’il inclut le stockage, cela peut monter jusqu’à 35 000 euros. Il faut aussi tenir compte du temps de main-d’œuvre supplémentaire (non intégré dans le coût de l’aliment) ainsi que la compétence technique nécessaire (achats des céréales, conditions de stockage et qualité sanitaire…). La compétitivité de ces élevages du Nord de l’Europe s’explique aussi par des coûts plus faibles à tous les niveaux, y compris sur celui du bâtiment (250 euros/m2).
Attention, tout n’est pas rose ! Le prix de reprise des volailles est indexé sur le prix du marché de Deinze (prix libre). Au démarrage du lot, l’éleveur ne sait toujours pas à quel prix ses poulets seront payés. »

Élodie Dezat, de la chambre d’agriculture de Bretagne

1,6 €/m2/lot de marge en plus selon l’enquête avicole

L’enquête avicole de 2016 a permis de comparer les performances des élevages de Nord de la France pratiquant ou pas l’incorporation de céréales à la ferme. À fabricant d’aliment équivalent, la marge poussin aliment des 65 lots de poulets avec incorporation de céréales ressort à 9,6 €/m2/lot contre 7,955 €/m2/lot pour les 41 lots avec un aliment complet du commerce. « Cette marge, précise Élodie Dezat, en charge de l’enquête, inclut le coût de blé intégré mais pas l’amortissement du matériel. » Le coût moyen de l’aliment reconstitué s’établit à 326 €/t contre 355 €/t pour l’aliment complet du commerce. « Il s’agit de valeurs moyennes de prix d’aliment et de céréales. Le blé intégré à la ferme est soit acheté à des négociants soit produit à la ferme. Pour un élevage de 3000 m2 et un taux d’incorporation de 30 %, il faut compter 450 tonnes de blé par an soit 68 hectares de cultures. » Une limite de ce comparatif étant qu’il n’y a pas de données concernant la qualité des carcasses.

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