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Comment se préparer à la fin de l’épointage des poules bio

Arrêter l’épointage des poules pondeuses entraînera un risque accru de picage et cannibalisme. Une alimentation adaptée et l’observation des poules sont essentielles.

Selon l’Itavi, l’épointage est interdit en Norvège (1973), Finlande (1986), Suède (1988), Danemark et Autriche (2013), Pays Bas (2019), dans certains Länder d’Allemagne. La Suisse n’interdit pas mais les professionnels ne le font pratiquement plus.
Selon l’Itavi, l’épointage est interdit en Norvège (1973), Finlande (1986), Suède (1988), Danemark et Autriche (2013), Pays Bas (2019), dans certains Länder d’Allemagne. La Suisse n’interdit pas mais les professionnels ne le font pratiquement plus.
© A. Puybasset

« La fin de l’épointage des poules pondeuses est en discussion à la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) depuis 2018, a indiqué Brigitte Beciu de la Fnab, lors d’une conférence au salon la Terre est notre métier. Des filières sont prêtes à la mettre en place et à la valoriser. Pour maintenir le bien-être animal, cela implique toutefois de tout faire pour éviter le picage et le cannibalisme. »

En la matière, l’Allemagne fait figure de pionnière européenne. Avant même la première réglementation européenne bio de 1999, les éleveurs de Bioland, principale association d’agriculteurs bio, avaient inscrit l’interdiction de l’épointage dans leur cahier des charges.

 

 
Christiane Keppler, chercheuse à l’université de Kassel, a participé à la rédaction du Mtool connaissances de base pour aider à la gestion des élevages de poulettes et de poules pondeuses. © V. Bargain

 

En 2015, l’université allemande de Kassel a lancé un réseau de fermes modèles en conventionnel et bio qui a permis d’identifier les bonnes pratiques et les conditions favorables à l’arrêt de l’épointage.

« Le picage des plumes et le cannibalisme ne sont pas motivés par l’agressivité, mais sont plutôt des troubles du comportement, voire une réorientation de la recherche de nourriture, assure Christiane Keppler, chercheuse à l’université de Kassel. Ils indiquent des déficits dans l’alimentation et la gestion de l’élevage. »

Rôle essentiel de l’alimentation

 

 
© A. Puybasset

 

Certaines races de poules sont plus enclines au picage, même s’il y a peu d’études sur le sujet. Et surtout, l’alimentation des poulettes et des poules est essentielle. « Si les poulettes n’ont pas assez à manger les premières semaines de vie, elles apprennent à piquer les plumes des congénères et auront beaucoup de mal à arrêter », note Christiane Keppler. Des poulettes n’ayant pas le poids approprié en début de ponte et de bons nutriments sont également plus sujettes. « Le picage apparaît souvent après le transfert, ainsi qu’au début de ponte alors qu’elles n’ont pas encore la constitution physique pour cela, précise la chercheuse. Il est important de veiller à la fourniture des éléments nutritifs pendant l’élevage et au début de la ponte, qui est aussi le moment où la charge infectieuse est la plus forte. »

L’alimentation restera un facteur important tout au long de la vie. « Les poules hybrides à haute performance pondent plus de 300 œufs par an, ce qui peut entraîner des problèmes d’ostéoporose, d’inflammation de l’oviducte. C’est 30 kg excrétés à 80 semaines de vie, soit 15 fois le poids de la poule. Il reste peu de nutriments pour elle. »

Peser régulièrement les animaux

Il est essentiel de surveiller ce que les poules ingèrent et comment (quantité et qualité, composition, démélange, tri…), d’observer leurs déjections, de les peser et de compter le nombre d’œufs. Des diarrhées, des aliments non digérés visibles dans les fientes signent un problème. L’apport de gastrolithes (le grit), des accès suffisants aux mangeoires, la qualité de l’eau et des sels minéraux sont déterminants pour la prise alimentaire.

Peser régulièrement les animaux pendant la phase d’élevage et à l’arrivée au bâtiment de ponte permet de surveiller la croissance. Christiane Keppler préconise de peser au moins cinquante animaux une fois par semaine entre la mise en place et le pic de ponte. « Le poids moyen doit au moins correspondre aux données du sélectionneur, avec au moins 80 % des poules entre 90 % et 110 % de cette moyenne. »

Observer et réagir vite

Les conditions d’élevage sont également importantes. « Dès les premières semaines de vie, il faut leur apporter des matériaux manipulables et proposer des bains de poussière, insiste Christiane Keppler. Les bains de poussières sont importants pour l’hygiène et favorisent la digestion par absorption de sable et de minéraux. » Une litière sèche, légère, bien mélangée, jusqu’à 5 cm d’épaisseur, avec éventuellement de la luzerne ou d’autres fourrages grossiers, est essentielle. Le respect des aires fonctionnelles, des équipements et une densité adaptée, la lumière… sont également importants.

« Pour éviter le picage et le cannibalisme, il faut observer régulièrement l’état des poules, leur poids, la consommation en aliments et eau, les déjections, le nombre et la qualité des œufs et la mortalité, synthétise Christiane Keppler. Comme la poule grandit vite, il est essentiel de détecter au plus tôt un problème et de réagir rapidement. »

Une réorientation de la recherche de nourriture

Originaires de la forêt tropicale d’Asie, les poules ont besoin de sécurité et sont craintives. Dans cet habitat naturel, elles passent deux tiers du temps à grimper et gratter, à la recherche de graines, baies, insectes, vers… Elles sont aussi attirées par ce qui brille.

En bâtiment d’élevage, elles picorent la litière, les murs, les installations, l’éleveur et leurs congénères. « Une poule donne entre 10000 et 15000 coups de bec par jour, indique Christiane Keppler. 85 % des coups visent à trouver de la nourriture, mais 15 % sont adressés aux congénères. Au début, le picage est individuel, mais quand le sang coule, cela attire tout le troupeau. »

L’attrait pour les plumes est alimentaire. « Quand les poules n’ont pas accès à du foin grossier et qu’il n’y a plus de plumes au sol, elles s’habituent à piquer les plumes et les follicules brillants gorgés de sang sur leurs congénères, ou le cloaque luisant comme des vers », affirme la chercheuse.

Un guide de bonnes pratiques

© FNAB
 

 

Les bonnes pratiques d’élevage et les conditions favorables à l’arrêt de l’épointage ont été regroupées par des techniciens allemands dans le manuel Mtool connaissances de base, que la Fnab, avec des organisations belges et suisses, a fait traduire en français.

Le Mtool est téléchargeable gratuitement sur le site Produire-bio.

 

Quel pays n’épointe plus ?

L’épointage est interdit en Norvège (depuis 1973), Finlande (1986), Suède (1988), Danemark et Autriche (2013). aux Pays Bas, il est interdit depuis le 1er janvier 2019 pour les animaux nés et élevés aux Pays Bas, mais autorisé pour l’export jusqu’au 1er septembre 2023.

La Suisse ne l’interdit pas mais il n’est quasiment plus pratiqué (cahier des charges de distributeurs). En Allemagne, l’interdiction concerne certains Länder.

L’Espagne a introduit une nouvelle règle depuis septembre 2021. On commence par gérer le picage, et s’il y a un échec, il y a l’intervention du vétérinaire avec demande d’approbation par les autorités.

 

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