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Vintel met le stress hydrique de la vigne sous contrôle

L’outil d’aide à la décision Vintel, de la société ITK, est un modèle de prédiction du statut hydrique de la vigne. Il permet d’apporter la juste quantité d’eau pour éviter le stress hydrique, ou le maintenir à un niveau modéré tout au long de la campagne. Exemples en Occitanie.

Sur les terroirs bien valorisés, comme ici en AOC la clape, dans l'Aude, l'enjeu est d'apporter la juste dose d'eau pour ne pas dégrader le potentiel organoleptique des vins, notamment des rouges. Vintel permet cela en modélisant la disponibilité en eau dans le sol à l'instant T et à J+5. © J. Gravé
Sur les terroirs bien valorisés, comme ici en AOC la clape, dans l'Aude, l'enjeu est d'apporter la juste dose d'eau pour ne pas dégrader le potentiel organoleptique des vins, notamment des rouges. Vintel permet cela en modélisant la disponibilité en eau dans le sol à l'instant T et à J+5.
© J. Gravé

D’après le rapport du Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique) publié en 2018, « la France risque de connaître d’ici 2100, des sécheresses agricoles quasi continues et de grande intensité ». Un jour ou l’autre, l’eau viendra donc à manquer. « En France, pour le moment, on a de la chance, l’eau ne coûte pas cher et elle est facilement accessible », constate Loïc Debiolles, chargé d’affaires marché vigne chez ITK. Conséquence, son utilisation n’est pas toujours optimisée.

Modéliser la disponibilité en eau en fonction de son utilisation par la vigne

Bruno Le Breton, gérant de BLB Vignobles, dans l'Hérault, et Thomas Fouant, chef de culture utilisent Vintel depuis six ans. À l'origine, l'OAD devait les aider à éviter de gaspiller l'eau lors de l'irrigation. Ils y ont compris le rôle fondamental de cette ressource de plus en plus limitée dans la nutrition de la vigne.  © J. Gravé

Ne pas gaspiller l’eau, c’est l’un des premiers chantiers auxquels Bruno Le Breton, gérant de BLB Vignobles, s’est attaqué lorsqu’il s’est engagé dans une démarche RSE il y a six ans. Au domaine de la Jasse (l’un des trois domaines qui composent BLB Vignobles), dans l’Hérault, 34 ha de vignes sur 51 ha sont irrigués. « On irrigue dans un but qualitatif. Ce que l’on veut, c’est éviter d’avoir des vignes en blocage de maturité, car les vins qui en sont issus perdent leur fruité et leur équilibre. Il y a cet arôme de brûlé, surtout sur les merlots, que l’on veut absolument éviter », expose Bruno Le Breton. Avec Thomas Fouant, son chef de culture, ils constataient que l’irrigation n’était pas toujours efficiente d’une année sur l’autre, sans pour autant savoir pourquoi. Les deux hommes ont vu en Vintel, l’outil d’aide à la décision (OAD) d’ITK, l’opportunité de comprendre ce qu’ils ne pouvaient pas voir. Vintel est un système de modélisation de la disponibilité en eau dans le sol, ou réserve utile, en fonction de son utilisation par la vigne. Il est basé sur un modèle agronomique validé par l’Inrae, qui a été construit à partir de données collectées sur les principaux cépages partout dans le monde. « L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de capteurs, donc zéro maintenance », pointe Loïc Debiolles. L’outil est accessible via ordinateur, smartphone ou tablette.

Des prédictions à cinq jours de l’évolution du stress hydrique

Concrètement, il s’agit de créer sur l’interface une parcelle de référence et d’y associer une vingtaine de paramètres agronomiques, dont le cépage, le type de sol, la profondeur d’enracinement, la largeur et la hauteur du feuillage etc. Vintel y incrémente par géolocalisation les données climatiques collectées par la station météo la plus proche, qu’elle appartienne à l’utilisateur ou au réseau de stations partenaires d’ITK. « En fonction de ces éléments, l’outil dresse une courbe de potentiel foliaire et indique si la parcelle en question se trouve en zone verte (pas de stress hydrique), zone orange (stress modéré), ou rouge (stress fort) », indique Cyrielle Pinelli, ingénieure agronome chez ITK. L’utilisateur est libre de personnaliser les seuils concernés par chaque zone. Sa force est aussi de pouvoir fournir des prédictions à 5 jours, et des recommandations sur les quantités d’eau à apporter.

Bastien Gaillardon, ingénieur agronome chargé du pilotage de l’irrigation des propriétés Gérard Bertrand, reconnaît que l’OAD lui permet enfin de bénéficier d’indicateurs techniques pour affiner ses choix concernant l’irrigation. « Avant cela, je me basais sur mes observations terrain, et quelques mesures de potentiel hydrique foliaire de base, que je ne pouvais pas non plus multiplier. Mais ça me permettait de savoir s’il y avait un stress, pas de le quantifier. Finalement, j’avais un peu l’impression de prendre une décision au feeling », expose-t-il. L’irrigation concerne 120 ha sur les 850 ha en propriété du groupe. La grande majorité est située au Château l’Hospitalet, en AOC la clape « un territoire qui cumule faible pluviométrie et sols peu profonds ».

Connaître les besoins en eau des cépages selon le type de sol

Ici le manque d’eau est identifié comme l’un des principaux facteurs de dégradation de la qualité du vin. « Pour faire de grands vins rouges, j’ai besoin que la vigne soit en stress hydrique modéré. Avec Vintel, je peux le visualiser et faire en sorte de la maintenir à ce niveau. Je m’assure ainsi de ne pas basculer dans la zone rouge, ce qui m’obligerait à déclasser mon vin », indique Bastien Gaillardon. Désormais, il n’effectue plus que deux mesures de potentiel de base en début de saison pour calibrer l’outil en fonction du millésime. Une précaution indispensable pour le responsable, là où ITK assure « qu’un seul calibrage la première année, éventuellement la deuxième, est nécessaire pour que le modèle fonctionne ». Après trois ans d’utilisation de l’OAD, Bastien Gaillardon admet avoir accumulé de nouvelles connaissances sur les besoins en eau de la vigne « Je peux différencier le comportement vis-à-vis du stress hydrique d’un même cépage en fonction du type de sol, et différencier la stratégie d’irrigation selon les types de vins. Sans OAD, pour moi, c’est impossible », commente-t-il. Au domaine de la Jasse, Thomas Fouant explique avoir compris que certaines parcelles réagissaient mieux à un apport de 20 mm d’eau en une fois, là ou d’autres préféreront recevoir quatre apports de 5 mm. « Et aussi que le moment où je déclenche la toute première irrigation est crucial », insiste le chef de culture. En 2021, alors qu’il cherchait un moyen pour relancer la vigne après le gel, il a d’ailleurs réalisé, grâce à la modélisation des données climatiques de l’hiver, que la réserve utile était particulièrement basse pour un mois d’avril.

Pas d’économies d’eau dans le cas d’irrigation à but qualitatif

Grâce à ce pilotage plus fin, des économies d’eau telles qu’avancées par ITK sont-elles bien constatées ? Pas vraiment, en réalité. « Je mets moins d’eau sur certaines parcelles, mais j’en mets plus sur d’autres », analyse Bastien Gaillardon. Chez ITK, on avance que l’argument se vérifie lorsque l’on irrigue dans l’objectif de maximiser les rendements. Quant aux objectifs de sécurisation de la qualité des vins, ils sont atteints. « On progresse tous les ans. Je le constate au moment des assemblages, on déclasse de moins en moins de parcelles dans des catégories à moindre valorisation », relève Bastien Gaillardon. C’est d’ailleurs par ce biais qu’il estime rentabiliser son investissement, qui représente 250 €/an par parcelle de référence. Pour Bruno Le Breton et Thomas Fouant, la satisfaction est elle aussi au rendez-vous. « Les progrès sur la maîtrise des maturités sont évidents. Surtout sur les cépages bordelais », assure Bruno Le Breton. « Si tous les acteurs de la tech arrivaient à s’entendre pour qu’on ait à saisir l’ensemble des informations sur une seule et même plateforme plutôt que de cumuler les saisies, ce serait formidable », soulève toutefois Thomas Fouant.

Au domaine de la Jasse, un pas de plus s’apprête à être franchi en matière de préservation de la ressource en eau. « On a obtenu les subventions pour créer une bassine de 20 000 m3 de rétention des eaux de pluie. On va irriguer avec de l’eau plus responsable », se réjouit Bruno Le Breton. C’est l’un des premiers domaines viticoles à obtenir une subvention pour créer une retenue collinaire.

voir plus loin

Un module pour le pilotage des apports azotés en préparation

La société ITK participe au projet NV2 (Azote vigne et vin) aux côtés de Frayssinet, Lallemand, Nyséos, l’IFV, l’Inrae et l’université de Montpellier. Le projet vise à « proposer une approche intégrée de la vigne à la cave, pour mieux maîtriser la gestion de l’azote en fonction du profil de vin visé ». ITK planche donc pour décliner son module de pilotage de l’irrigation en un module de pilotage des apports azotés à la vigne. « Un vrai sujet », selon Thomas Fouant, chef de culture chez BLB Vignobles. Comment la vigne utilise-t-elle l’azote apporté à l’automne et au printemps ? Les apports d’acides aminés en fertirrigation sont-ils plus efficients ? Quelles espèces végétales favoriser en guise d’engrais verts ? Autant de questions auxquelles le nouvel outil d’aide à la décision (OAD) d’ITK apportera des réponses, toujours dans l’objectif de raisonner au mieux l’utilisation des intrants. Actuellement en test, le lancement commercial de ce module centré sur l’azote est prévu pour 2022.

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