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Un bilan contrasté pour la santé économique des caves coopératives

Les Vignerons coopérateurs ont présenté leur premier Observatoire économique et financier. Les données arrêtées à fin 2021 montrent une certaine résilience face à la crise, tout en pointant des éléments de faiblesse.

Grâce à l'Observatoire économique et financier de la filière viticole réalisé avec le HCCA, les Vignerons Coopérateurs disposent désormais d'un outil pour aider au pilotage stratégique.
© C. de Nadaillac

La première édition de l’Observatoire économique et financier réalisé par le Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) pour les Vignerons coopérateurs ausculte la période 2017-2021. L’année 2021 fait état d’une amélioration suite aux années 2019 et 2020 mais des zones de fragilité demeurent. « La filière sort cabossée de la période 2017-2022 », résume Joël Boueilh, président des Vignerons coopérateurs de France en rappelant les nombreux aléas climatiques, géopolitiques, économiques et sanitaires qui ont affecté la production et la vente de vin sur cette période.

En onze ans, près de 90 coopératives en moins

Le nombre de caves coopératives (hors champagne) s’établit à 415 en 2020-2021. Entre 2010 et 2021, leur nombre a diminué de 89 unités, soit huit de moins par an en moyenne. En parallèle, la surface moyenne par coopérative vinicole (hors champagne) a augmenté, passant de 604 hectares en 2014-2015 à 662 hectares en 2020-2021.

Le vignoble coopératif accuse un recul de 14 % entre 2010 et 2020. Il est plus important que pour l’ensemble du vignoble français (3 %). Mais la campagne 2020-2021 enregistre un bond de 3,4 % en un an.

Replantations ? Attraction de nouveaux adhérents ? Cela reste à analyser. Joël Boueilh signale pour sa part que « des caves particulières prises à la gorge se sont rapprochées des coopératives ». Un risque si les volumes collectés n’ont pas de marché. « La coopération ne doit pas devenir la Sécurité sociale de la viticulture », assène François Macé, président de la section économique et financière du HCCA.

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La surface moyenne par apporteur a augmenté passant de 5,7 hectares en 2010-2011 à 7,7 hectares en 2019-2020. Elle reste moins élevée que la moyenne nationale qui était de 13,5 hectares en 2020. Fédérer des exploitations de petites surfaces reste donc une particularité des caves coopératives.

En volume, la production moyenne par cave coopérative a augmenté de 1,5 % par an sur les onze années étudiées par l’observatoire (2010 à 2021). Sur 2020-2021, les caves coopératives (hors champagne) ont produit environ 16 millions d’hectolitres soit près de 40 % de la production française hors champagne. Elles dominent la production des IGP avec une part moyenne de 66,4 % sur 2016-2020 et celle des rosés avec une proportion de 58 % sur 2016-2020. Elles fournissent près de la moitié des rouges français (46,4 % en moyenne sur 2016-2020).

La répartition de la production coopérative par bassins viticoles fait apparaître le fort poids du Languedoc-Roussillon : il en représente à lui seul 53,6 % sur 2020-2021.

Une majorité de petites caves coopératives

François Macé pointe la taille modeste de la moitié des caves coopératives. Sur les 410 caves prises en compte en 2021, 214 ont un chiffre d’affaires (CA) inférieur à 5 millions d’euros. Leur CA moyen 2021 est de 2,3 millions d’euros. Seulement 100 caves coopératives, donc 24 %, ont un CA supérieur à 10 millions d’euros. Ce poids des petites structures est une particularité par rapport à d’autres secteurs agricoles soit plus concentrés (le lait), soit affichant des chiffres d’affaires très supérieurs (le grain). Il est à rapprocher du nombre moyen de 86 apporteurs par caves coopératives (hors champagne) en 2019-2020.

Cette petite taille peut présenter des avantages. François Macé note par exemple que le redressement des petites caves coopératives a été plus rapide en 2021 que pour les structures à plus de 10 millions de chiffre d’affaires, car les aides et mesures de soutien leur étaient davantage destinées. Mais elle est un handicap pour conquérir des marchés (voir point export).

Un niveau de rentabilité moindre

L’observatoire compare les ratios financiers des coopératives par rapport à ceux de la base de données du Crédit agricole pour la filière vin hors coopératives. Il en ressort que les coopératives sont structurellement moins rentables.

Ainsi la rentabilité mesurée par le ratio EBITDA/CA (bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements sur chiffre d’affaires) est en moyenne à 5,7 % pour les coopératives vinicoles mais à 13,3 % pour les entreprises de la filière vin hors caves coopératives.

Même constat pour la rentabilité des capitaux employés (ROCE) qui mesure l’accroissement de la richesse par rapport aux capitaux investis. Ce ratio indique si l’entreprise crée de la valeur à partir des capitaux investis. Il est de 2,15 % en moyenne pour les caves coopératives mais de 5,5 % pour les entreprises non coopératives en 2020-2021. L’écart était même de 1 à 3 en 2018.

Les grosses structures coopératives affichent même un taux de ROCE inférieur aux structures plus petites. On constate le phénomène inverse pour les entreprises hors coopératives.

Le fonctionnement du modèle coopératif – par nature différent d’une entreprise privée – explique en grande partie cet état de fait. La taille peut avoir un effet amplificateur. « La nature des services rendus par les grosses structures coopératives n’est pas la même, analyse François Macé. Elles ont plus de charges, plus de frais de structure, notamment parce qu’elles couvrent des territoires plus grands. Elles investissent plus sur l’export. » Mais il avance aussi des éléments plus stratégiques comme le manque de marques, le vrac et la vente en marque distributeur générant moins de valeur ajoutée.

« Il n’y a pas de profil type des coopératives en difficulté », considère-t-il néanmoins. Il observe que dans un même bassin, certaines peuvent être prospères, d’autres moins. La qualité d’apport, les stratégies commerciales, les charges de structure ou la faculté à recruter font partie des points pouvant expliquer des écarts de performance.

Une capacité d’endettement contrainte

« La dynamique d’investissement des caves coopératives est bonne depuis la mise en place du plan national d’aide », estime le rapport de l’observatoire. Sur 2014-2021, les caves coopératives ont bénéficié d’une aide moyenne par dossier de 138 000 euros ce qui traduit un investissement réalisé de 400 000 à 500 000 euros.

Mais le manque de rentabilité et les difficultés de commercialisation pourraient fragiliser les structures et réduire la capacité à réduire l’endettement. C’est ce que traduit l’indicateur de levier financier (durée théorique de remboursement de la dette financière nette). Sur 2020-2021, il est de 5,7 pour les caves coopératives et même de 6,8 pour celles de plus de 10 millions d’euros de CA. C’est respectivement 3,7 et 3,6 pour les entreprises hors coopération.

François Macé juge le niveau préoccupant pour les caves coopératives. D’autant plus à un moment où il faut continuer d’investir face aux aléas climatiques et à l’engagement environnemental. « Sans aide et accompagnement financier, il est difficile de passer le cap », plaide Joël Boueilh. Le ratio fonds propre par rapport au bilan est en revanche satisfaisant.

Développer les exportations est une nécessité

« Les structures de grande taille sont mieux armées pour l’export », martèle François Macé. La part à l’international est de près de 30 % pour les caves coopératives de plus de 10 millions de CA en 2021, mais de moins de 14 % pour celles de moins de 5 millions d’euros. Cette part est certes sous-estimée car elle ne prend pas en compte ce que les caves coopératives exportent via des sociétés de négoce. Mais les entreprises vinicoles hors coopératives affichent des parts moyennes à l’export bien supérieures, allant jusqu’à 50,3 % pour celles dépassant la barre des 10 millions d’euros de CA.

« L’export est synonyme de dynamique commerciale et de source de revenu supplémentaire car la consommation baisse dans l’Hexagone », insiste François Macé. À ce titre, Joël Boueilh alerte sur la sous-utilisation de la mesure promotion pays tiers du programme national d’aide viticole sur 2019-2021.

Pour les Vignerons coopérateurs et le HCCA, l’observatoire constitue une base pour dialoguer à l’intérieur et à l’extérieur de la coopération. « C’est mieux pour plaider un dossier d’avoir des données avec une origine solide », esquisse François Macé. Il est prévu d’annualiser cet outil pour aider au pilotage de la stratégie.

La défense du modèle coopératif au cœur des préoccupations

Selon l’enquête annuelle 2022 de l’Observatoire de la gouvernance, l’attachement des adhérents à la coopérative est le premier axe d’amélioration souhaité par les administrateurs (38 %). Ils sont 42 % à juger « fort » le risque « engagement et renouvellement des adhérents ».

L’économie et les marchés sont bien au cœur des préoccupations des administrateurs interrogés. La performance économique est le second axe d’amélioration le plus cité tandis que 45 % estiment « fort » le risque « concurrence-marchés » auquel est exposée leur coopérative.

La formation des administrateurs est un point à améliorer puisque 41 % d’entre eux disent ne pas avoir reçu de formation pour remplir leur rôle et 21 % disent que les nouveaux administrateurs ne sont pas accueillis et formés. Un axe essentiel pour la compréhension des données financières et la prise de décisions avisées.

 

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