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Surgreffer pour adapter l’encépagement lors d’une installation

Au Château Cazebonne, Jean-Baptiste Duquesne construit sa stratégie de marque autour du renouveau des cépages historiques de Bordeaux. Grâce au surgreffage, il va pouvoir produire ses premières cuvées à partir de cépages oubliés seulement trois ans après l’acquisition du Château.

En deux récoltes, il est possible de produire des raisins de grande qualité à partir de plants surgreffés © J.-B. Dequesne
En deux récoltes, il est possible de produire des raisins de grande qualité à partir de plants surgreffés
© J.-B. Dequesne

Lorsqu’il reprend les rênes du Château Cazebonne fin 2016, Jean-Baptiste Duquesne imagine de suite un domaine qui s’attacherait à remettre au goût du jour les cépages historiques du vignoble bordelais. « Ma rencontre avec Robert Plageoles vigneron dans le Gaillacois en 1997, a été une révélation. C’est là que j’ai compris qu’il y avait en France une diversité de cépages énorme quand on ne se réduit pas seulement à ceux autorisés dans les appellations », explique Jean-Baptiste Duquesne. Peu après le rachat du Château Cazebonne, il se lance dans une véritable chasse aux cépages oubliés. « Je cherche tous ceux dont il est fait mention dans les ouvrages qui parlent du vignoble bordelais au cours des siècles passés », expose-t-il. Ceci, y compris si la mention n’est pas valorisante pour le cépage. « Il y a plus d’un siècle, dans un contexte notamment climatique complètement différent de celui d’aujourd’hui, on a jugé que ces cépages n’étaient pas bons. Mon objectif est de challenger les décisions de 1880. » En fonction de leur potentiel, le viticulteur espère un jour pouvoir obtenir leur intégration dans le cahier des charges des appellations bordelaises.

Combler au plus vite l’attente créée par le marketing

Après plusieurs années à arpenter les vignobles à la recherche de ce matériel végétal disparu, Jean-Baptiste Duquesne parvient à créer sa propre pépinière. Sur 5 ha, il dispose de 26 variétés différentes, à hauteur de 1 000 pieds par cépage. Mais ces plants ne sont pas encore prêts à entrer en production. En communiquant largement sur son site internet et ses réseaux sociaux, l’entrepreneur est parvenu à créer une communauté d’amateurs de vins qui le suit dans sa quête. Car Jean-Baptiste Duquesne, qui a lancé le site de cuisine 750g, est un vrai pro de la communication. « Le marketing et la marque sont des axes stratégiques pour le développement d’une entreprise, d’autant plus dans le monde du vin où il y a de vraies belles histoires à raconter », note-t-il. La réponse des consommateurs ne se fait pas attendre : ils sont très vite nombreux à manifester leur désir d’acheter les bouteilles du domaine. Mais la cuvée à base de cépages oubliés n’existe pas encore. « C’est là que le surgreffage est intéressant. Car si je plante je dois attendre cinq ans, peut-être plus, avant d’avoir une récolte de qualité. Alors que là, en deux récoltes je vais pouvoir offrir à ma clientèle la possibilité de découvrir des cépages qu’elle n’a jamais eu l’occasion de goûter », se réjouit le vigneron. Au-delà de cette idée « d’aller plus vite », le vigneron émet quelques réserves sur la greffe oméga et envisage, " si la santé financière du domaine le permet", de s'en passer.

Le surgreffage est pour le moment assuré par un prestataire

En 2018, il surgreffe de la sauvignonasse issus de plants préphylloxériques de 1882 sur des sémillons. Mais l’expérience se révèle peu convaincante. « On l’a fait via la méthode ancienne de la greffe en fente, qui a généré beaucoup de nécroses », rapporte Jean-Baptiste Duquesne. L’année suivante, il fait appel à Marc Birebent, dirigeant de Worldwide Vineyards, l’une des rares sociétés spécialisées dans la prestation de sugreffage en France. Avec son équipe venue d’Amérique Latine, ils surgreffent un hectare de sémillon avec du mancin et du castets dans le courant du mois de mai. « J’ai choisi ces variétés car j’ai eu l’occasion de les goûter et je pense qu’on peut faire de très grands vins avec », développe Jean-Baptiste Duquesne. Les bois utilisés en tant que greffons ont été prélevés l’hiver précédent sur les pieds issus de sa pépinière. « Selon le pied et le flux de sève, on utilise soit la greffe T-bud soit la Chip-bud », explique le viticulteur (voir encadré). S’ensuivent plusieurs mois d’entretien en espérant que le greffe prenne. « Il faut apporter beaucoup d’eau, 10 à 20 litres par pied jusqu’à ce que l’on voit les premières feuilles », précise-t-il. Une année chaude comme 2019 n’est donc pas favorable au surgreffage. Au Château Cazebonne, près de 30 % des pieds surgreffés n’ont pas résisté aux fortes chaleurs du mois de juin dernier. « L’avantage du surgreffage est qu’on ne tue pas la vigne, ce qui permet de recommencer au printemps suivant si ça n’a pas fonctionné », relativise le vigneron. En effet, il faut laisser la végétation se développer sur la baguette pour assurer le rôle de tire-sève tout au long du processus, ce qui fait que le plan reste en production. Outre l’irrigation, le vigneron note l’absolue nécessité d’épamprer régulièrement pour concentrer le flux de sève vers la greffe. Enfin la fragilité des jeunes pousses a contraint le vigneron et son équipe à les attacher au fil de palissage, notamment pour les préserver du vent. D’après Jean-Baptiste le coût du sugreffage est d’environ 2,50 €/ pied, incluant le coût de la prestation et celui de la main-d’œuvre pour l’entretien.

Marc Birebent et son équipe devaient revenir en avril dernier refaire les greffes qui n’ont pas fonctionné en 2019. Mais le coronavirus et la fermeture des frontières ont contrecarré ce plan. « Il est question qu’il vienne nous former afin que nous puissions être autonomes sur cette technique », confie Jean-Baptiste Duquesne. Les premières vinifications de cépages anciens à partir des pieds de sa pépinière lui permettront de déterminer les prochains cépages qu’il surgreffera. À terme, il ambitionne d’avoir une majorité de cépages oubliés de Bordeaux dans son vignoble.

T-bud ou Chip-bud : pour quelle greffe opter ?

Il y a deux types de greffe principalement utilisés pour le surgreffage, que l’on choisira en fonction de la morphologie du cep et du stade phénologique de la vigne.

La greffe en T-Bud doit être réalisée au moment de la floraison, alors que la montée de sève est particulièrement intense. Ce qui laisse une fenêtre de tir assez courte, d’environ 15 jours. Par ailleurs cette greffe ne peut être effectuée que sur des porte-greffe de diamètre supérieur à 2 cm. Sous l’écorce, il s’agit de réaliser une incision en T et d’y insérer le greffon. Ensuite, il faut ligaturer l’ensemble pour éviter les risques d’oxydation des tissus, et prévoir de scier le bas du cep afin de réduire le risque de rejet de la greffe en cas d’afflux trop important de sève. Relativement simple, elle requiert tout de même une bonne technicité, mais la greffe T-Bud est celle qui offre les meilleurs résultats. « Un greffeur qui maîtrise le T-bud peut atteindre 95 % de reprise », indique Olivier Yobregat, ingénieur à l’IFV.

La greffe en Chip-bud, aussi appelée Chip-budding, offre davantage de flexibilité puisque le chantier peut s’étaler de début avril à fin juin. Si l’automne est chaud et pluvieux, il est même possible de greffer via cette technique sous œil dormant. Le diamètre du porte-greffe doit être supérieur à celui des greffons pour que la greffe fonctionne. Sur le tronc, il s’agit de réaliser une première encoche d’environ 1 cm avec un angle de 25° par rapport à l’axe du cep. Puis, il faut réaliser une seconde entaille d’un angle réduit de moitié qui débute environ 2 cm au-dessus de la première et qui la rejoint à son extrémité. On y insère ensuite le greffon découpé selon la même forme, et on ligature l’ensemble. Cette technique nécessite donc davantage d’expertise que le T-bud, mais offre de bons résultats.

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