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Choix du cépage
Restructuration du vignoble

Les spécialistes lancent une mise en garde : la diversité variétale est en danger. Halte à la suprématie du merlot. Attention aux effets de mode.


«En matière d´encépagement, l´évolution des statistiques est tout simplement effrayante », confirme Alain Bouquet, chercheur à l´Inra de Montpellier. Les vingt cépages les plus cultivés en France représentaient 53 % des surfaces du vignoble en 1958 (date de la mise en place du casier viticole). Ils dépassent aujourd´hui 85 %, selon l´Entav (Etablissement national technique d´amélioration de la viticulture). Sur les 207 variétés autorisées à la culture en France, seulement 133 ont été multipliées en 2001 et 28 d´entre elles représentent 90 % des plants. La mondialisation des échanges commerciaux est passée par là, provoquant une réduction de la diversité des cépages cultivés au profit de quelques variétés de grande réputation : merlot, cabernet sauvignon, syrah, chardonnay, grenache. Et entraînant par la même occasion un alignement de la qualité des vins sur des standards internationaux.
Tout le monde (ou presque) veut boire des vins souples, ronds, gras. Donc on plante du merlot. Occupant moins de 20 000 hectares en 1958, ce cépage représente désormais plus de 100 000 hectares en France. Toutefois, les « années merlot » seraient peut-être derrière nous. De 53,4 millions de greffes-boutures en 2000, chiffre record, les mises en pépinières passeraient à 45,8 millions en 2001, selon les estimations de l´Onivins. Ce que confirme Robert Gentié, pépiniériste viticole et secrétaire général de la fédération française des syndicats de producteurs de plants de vigne : « Il y a deux ans, 80 % des mises en pépinières dans mon exploitation étaient en merlot contre moins de 50 % cinq ans auparavant. Mais aujourd´hui, on constate un rééquilibrage notamment vers le cabernet. »

Des cépages étrangers pourraient nous concurrencer
Tout ne doit pas être pour autant jeté aux orties. « Cette diminution notable de la diversité cultivée doit être mise en relation avec l´évolution qualitative des vins », note Jean-Michel Boursiquot, directeur de l´Entav. Cet engouement pour certains cépages a d´ailleurs été à l´origine du renouveau du vignoble languedocien. Autre élément à verser au dossier : les six cépages qui dominent le vignoble étranger sont français, ce qui contribue à véhiculer l´image d´un label France. « Mais certains pays comme l´Australie commencent à piocher dans le patrimoine végétal de l´Espagne et de l´Italie et à tester certains cépages comme le sangiovèse et le tempranillo. Or, si la mode vient au sangiovèse, ce sera le mode de vie italien, pâtes et pizza, qui sera promu », souligne Jean-Michel Boursiquot.
L´uniformisation aggravée par la sélection clonale
En dépit de ces points positifs, le processus « d´érosion génétique » du vignoble français est bien réél et l´uniformisation variétale est encore aggravée par le développement de la sélection clonale : plus de 95 % des plants utilisés aujourd´hui en sont issus. Et en matière de clone également, l´effet mode joue à plein. « Nous essayons de prôner la diversité clonale même si nous sommes conscients que sur certains cépages, comme le riesling ou le viognier, le nombre de clones disponibles est insuffisant », explique le directeur de l´Entav. Enfin, cette érosion génétique ne fait qu´accroître le risque pathologique et la vulnérabilité du vignoble vis-à-vis de certains parasites comme l´eutypiose ou la flavescence dorée. Prudence donc.
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