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Le rosé français passe un nouveau cap

Les voyants sont toujours au vert pour le rosé, mais avec un marché français plus tendu et des incertitudes pesant sur ses principaux pays exports, il entre dans une nouvelle phase de développement. Le point en 4 questions.

1- Les perspectives mondiales sont-elles toujours prometteuses ?

L’étude ISWR/Wine Intelligence présentée à Vinexpo Paris, prévoit une baisse de la consommation mondiale de vin de 0,2 % entre 2018 et 2023 mais une progression de la part du rosé passant de 9,3 % de la consommation en 2018 à 10,1 % en 2023, au détriment du rouge. Quel que soit le pays, le rosé s’impose de façon universelle comme un vin ancré dans les tendances de consommations. "Il est plus dynamique, plus attractif. Il a des atouts par rapport à l’imaginaire qu’il véhicule et à ses moments de consommation", énonce Syvain Dadé, directeur associé de l’agence de conseil SoWine. "Les consommateurs de rouge vont vers le rosé pour rechercher de la légèreté", résume Florence Barthès, directrice générale de l’IGP pays d'oc.

2- Le rosé a-t-il atteint son sommet de consommation en France ?

Sur l’année 2019, le panel IRI/FranceAgriMer indique un recul des ventes en grande distribution de 4,8 % en volume et de 3,8 % en valeur en un an. Le mouvement qui touche surtout les AOP est impulsé par les AOP Provence, en recul de 29,3 % en volume et de 18,8 % en valeur. « On a de petites récoltes et la demande d’export qui progresse avec des possibilités de valorisation du simple au double. Sur 11 mois de 2019, le prix moyen export départ cave HT est de 5,30 € mais celui TTC en GD est à 6,10 € », indique Brice Eymard du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP). En dehors des vins rosés AOP Corse en progression, les autres AOP n’ont pas profité d’un report. Elles sont en légère hausse pour les AOP Val de Loire et vallée du Rhône ou en baisse de 5 à 10 % en volume et valeur pour Bordeaux, Languedoc-Roussillon, Aquitaine et Sud-Ouest. Les IGP ont, elles, continué de progresser, notamment en valeur avec une hausse de 6,1 % pour les IGP standards. 

Jérôme Villaret, délégué général du CIVL, pointe aussi d’autres causes conjoncturelles de baisse de la consommation française : les difficultés générales de la GD et les records de chaleur faisant baisser la consommation.

Mais pas de reflux de la vague rose n’est envisagé. Sur le créneau des rosés tendres, Benjamin Grandsart, vigneron et élu des rosés de l’Anjou voit ses ventes continuer de progresser car « avec le cabernet d’Anjou, on est sur la tendance des apéros dînatoires, des instants partagés. Ça concerne tous type de gens ». Ses prix sont passés de 4,08 €/col en 2009 à 4,96 €/col en 2019.

L’Interprofession des vins du Beaujolais estime qu’en rosé, son vin a un potentiel de 10 millions de bouteilles d’ici cinq à sept ans, contre 3 millions aujourd’hui. Elle a lancé son offensive commerciale au salon Wine Paris.

Le CHR est identifié comme un créneau à travailler, notamment par l’IGP pays d'oc qui a constitué un club CHR dans ce but.

3- L’avenir est-il toujours à la premiumisation ?

« Le rosé de Provence a réussi son pari du premium, observe Sylvain Dadé, ça permet au marché de se structurer ». Philippe Brel, directeur général de la coopérative provençale Estandon, constate que « sur le créneau des vins à plus de 6 €, on est sur des croissances à deux chiffres ». Une valeur qui ne compense pas les volumes mais confirme la tendance du « boire moins mais mieux » annoncée par IWSR et Wine Intelligence comme mondiale pour le vin. « La Provence, c’est une locomotive. Elle nous ouvre la voie, souligne Florence Barthès de l’IGP pays d’oc. Nous avons mis en place des contrats pluriannuels amont/aval pour lisser l’effet de mode sur les prix". Une façon de s’assurer la conquête du créneau cœur de gamme. « Les ventes de rosé autour de 5 € prix consommateur se sont bien mieux portées que les entrées de gamme », indique Jérôme Villaret. "La tendance rosé s’affirme avec des produits plus ciblés », affirme-t-il en citant notamment les IGP de territoire. Éric Rosaz, délégué général d'Inter Rhône, constate que les appellations lubéron, costières-de-nîmes et ventoux peuvent aussi faire valoir des rapport qualité-prix attractifs. « Là où un provence se négocie à 350 €/hl, on est à 130/140 €/hl ».

4- Sur quels marchés export miser ?

En dépit des incertitudes qui pèsent sur le marché américain, il reste extrêmement prometteur. En Provence comme en Languedoc, on observe tout de même un redémarrage des commandes malgré un climat attentiste. Les vins doivent toutefois y affronter une forte concurrence, notamment de vins italiens qui tendent à se positionner sur le haut de gamme et ne sont pas soumis à la surtaxe pour l’instant.

L’Europe du Nord a encore du potentiel. "Belgique, Royaume-Uni, Pays-Bas sont demandeurs », estime Jérôme Villaret. Mais Brice Eymard observe que « le niveau de prix a été clivant en fonction des marchés », en citant la Belgique et l’Allemagne en recul alors que le Royaume-Uni, les Pays-Bas progressent. L’Australie est aussi en hausse et sourit également au cabernet d’Anjou qui y a décroché un marché.

L’IGP pays d'oc envisage de rediriger une partie de son flux export aux États-Unis, Chine et Royaume-Uni vers la Belgique, le Canada et le Japon. L’Asie est une priorité générale compte tenu de son bas niveau de consommation de rosé. Mais pour ce qui est de la Chine, la concurrence du Chili et de l’Australie, producteurs eux aussi de vins de cépages mais dépourvus de droits de douane, inquiète Florence Barthès. Sans compter l’impact du coronavirus.

Lire aussi "En Provence, le centre du rosé prépare le rosé du futur "

rosé de loire

Jouer sur la fibre locale

C’est le parti tenté par l’AOP rosé de Loire avec une opération de promotion originale. L’appellation de rosé sec a envoyé au début de l’année, à plus de 315 restaurants, cavistes et bars à vins du grand ouest, une bouteille dotée d’une étiquette façon BD. Objectif : que chacun de ces établissements adopte au moins une référence de rosé de Loire à leur carte.

Un marché mondial dynamique en 2018

L’Observatoire mondial du rosé CIVP/FranceAgriMer a présenté ses dernières données. Elles portent sur 2018, une année plein de records.

Le rosé a tiré la consommation mondiale de vin en progressant de 40 % entre 2002 et 2018, alors que la hausse n’est que de 5 % pour l’ensemble des vins tranquilles. La France avec 34 % de la consommation mondiale, et les États-Unis avec 20 % sont de loin les principaux pays consommateurs.

La production mondiale a atteint un record de 26,4 millions d’hectolitres en 2018. Elle a donc été supérieure à la consommation pour la première fois depuis 2014. Avec chacun des volumes en hausse, la France, les États-Unis et l'Espagne totalisent 64% de la production mondiale de rosé. Depuis plusieurs années, la production augmente dans presque tous les pays producteurs de vin, notamment au Chili, en Afrique du sud, en Argentine ainsi qu’en Europe centrale (Autriche, Hongrie, Moldavie, Roumanie, Suisse).

Les échanges mondiaux sont toujours très dynamiques avec 10,6 millions d’hectolitres exportés en 2018 pour un chiffre d’affaires de de 2,2 milliards d’euros, en progression de 200 millions d’euros en un an. L’Espagne, la France et l’Italie concentrent les 2/3 des exportations. La France est le leader sur le créneau premium avec des vins qui partent à un prix douanes HT à 3,50 €/75 cl devant l’Italie (2,30 €/75 cl). L’Espagne occupe l’entrée de gamme (0,75 €/75 cl).

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