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Trois viticulteurs récupèrent l'eau de pluie sur leurs bâtiments viticoles

Les toitures des bâtiments viticoles peuvent facilement devenir des alliées pour recueillir l’eau de pluie, une ressource précieuse mais gratuite, utilisable pour certains lavages et traitements. Témoignages.

Chez le vigneron Pierre Henri Cosyns, le dispositif de récupération d'eau conçu dans les années 1990 est toujours en service.
© P.H. Cosyns
 

Pierre-Henri Cosyns, vigneron du château Grand Launay à Teuillac, en Gironde (28 ha)

« L’eau de pluie, il n’y a rien de mieux pour les traitements »

 
Ils récupèrent l'eau de pluie sur leurs bâtiments viticoles
© M. Gremillon

« Chez nous, le dispositif de récupération d’eau date des années 1990 et n’a pas été modifié depuis. La cuve en acier émaillé est située dans le bâtiment des tracteurs, dans un angle mort. Comme elle est en intérieur et que le bâtiment est obscur, on ne met rien dans l’eau, elle ne bouge pas. On vidange tous les deux ans. La cuve de 180 hl récupère l’eau ruisselant sur 500 m2 de toiture non amiantée. Une grille de maçonnerie a été ajoutée sur le dessus pour retenir les impuretés. Deux sorties sont prévues, l’une vers l’espace dédié à l’outillage et au remplissage des pulvérisateurs, l’autre vers le potager familial. Il y a une vanne pour nettoyer à la pression et une autre pour le remplissage. On nettoie beaucoup pour l’hivernage et c’est une période où la cuve se reconstitue régulièrement. Nous pouvons aussi remplir une cuve béton vide ou délester dans des pulvérisateurs propres à l’avance. On a rarement besoin de prendre de l’eau ailleurs. Et si nécessaire, l’exploitation dispose d’un étang.

Nous travaillons en biodynamie. L’eau de pluie, il n’y a rien de mieux. Elle n’est pas calcaire, pas chlorée et son pH est à 5/6. C’est cohérent avec la santé du végétal. Ce ne serait pas le cas si on avait un pH basique, donc une acidité propice aux algues brunes dont le mildiou. Le potentiel redox de l’eau de pluie est intéressant pour les purins. Nous vérifions le profil de l’eau avec un pH-mètre et un conductimètre. »

Francine Picard, à la tête des domaines Famille Picard en Bourgogne (140 ha)

« L’eau est utilisée pour le nettoyage des tracteurs »

 
Ils récupèrent l'eau de pluie sur leurs bâtiments viticoles
© C. Gerbod

« Lors de la rénovation d’un bâtiment de 800 m2 situé sur notre site de Mercurey, nous avons inclus la récupération d’eau de pluie dans le projet. La démarche s’intègre dans la certification environnementale Iso 14001 dans laquelle nous nous sommes engagés. La réduction de la consommation d’eau fait partie des objectifs.

Dans le nouveau bâtiment, l’eau des chenaux alimente deux citernes de 20 m3 enterrées. Ce sont des cuves en béton fibré haute performance. D’un poids de 9,5 tonnes, elles mesurent 2,40 m de hauteur, 4,80 m de largeur et 2,38 m de profondeur (modèle C-90 d’Eloy Water). Un filtre est positionné en amont. L’eau est utilisée pour nettoyer les tracteurs. Concernant, le tarif nous sommes à 8 500 euros HT pour une cuve en incluant le terrassement, la pose et le raccordement. Nous allons travailler à étendre la démarche de récupération d’eau de pluie sur d’autres sites. »

« Nous employons l’eau de pluie pour le refroidissement de la distillerie »

Charles Lebecq, vigneron des Vignobles Lebecq à Criteuil-la-Magdeleine, en Charente (52 ha)

 
Ils récupèrent l'eau de pluie sur leurs bâtiments viticoles
© C. Lebecq

« La récupération d’eau a été installée à la génération précédente. Elle est systématique sur les bâtiments de nos trois sites et utilise des cuves existantes. Pour le nouveau bâtiment en cours de construction, une cuve de 250 hl sera enterrée. Elle alimentera notamment les toilettes.

Aujourd’hui, l’eau de pluie est employée pour le remplissage des pulvérisateurs, le lavage de tout le matériel qui n’est pas en contact avec le vin et le refroidissement de la distillerie.

Sur le bâtiment de la distillerie, l’eau récupérée sur 400 m2 de toiture est stockée dans deux anciennes cuves à vin en béton de 300 hl chacune. Une grille est positionnée sur le collecteur. L’eau circule en circuit fermé pour le refroidissement de la distillerie durant cinq mois. On perd environ 50 hl par semaine par évaporation mais s’il pleut le stock suffit. L’eau de pluie n’est pas calcaire. Nous n’avons pas eu besoin de toucher au serpentin depuis vingt ans. On met juste un galet de piscine tous les quinze jours dans le circuit.

Le système est composé d’un bassin tampon et d’un autre où l’eau est pompée. Le trop-plein s’évacue dans un puits perdu. Un ancien bac d’engrais liquide récupère l’eau de refroidissement après qu’elle baisse en température sur des dalles en inox extérieures et qu’elle retourne dans les cuves. En complément nous remplissons des cuves en fibre de verre de 125 hl situées en extérieur après avoir vidé le vin. Les remplir d’eau fait tomber le tartre ce qui simplifie ensuite le nettoyage.

Nous sommes autonomes pour les lavages et traitements, tant pour nos 52 hectares que pour les 50 hectares en prestation. Nous n’utilisons de l’eau de l’adduction que lors des vendanges, pour laver le matériel vinaire et nettoyer les cuves. »

repères

Le volume d’eau récupéré peut représenter entre 60 et 100 m3 par an pour 100 m2 de toiture.

Selon l’arrêté du 21 août 2008, la toiture ne doit pas être accessible au public. Pour un usage en intérieur (par exemple lavage de sol), les toitures doivent « être autres qu’en d’amiante-ciment ou en plomb ».

La cuve peut être enterrée ou hors-sol mais elle doit être fermée par un accès sécurisé pour éviter accident et pollution externe. Y mettre de l’antigel est interdit. Elle doit pouvoir être vidangée totalement. La mention « Eau non potable » avec un pictogramme explicite doit être affichée à côté de chaque point de soutirage d’eau de pluie et toilettes alimentés par l’eau de pluie.

La récupération d’eau en version XL

Basée en Gironde, la société Kipopluie conçoit et installe des systèmes de récupération d’eau de pluie depuis dix-huit ans. Elle intervient à partir de 500 m2 de toiture.

 

 
Kipopluie dimensionne le projet par une analyse des besoins, de la pluviométrie, des surfaces de toiture et des possibilités d'implantation.
Kipopluie dimensionne le projet par une analyse des besoins, de la pluviométrie, des surfaces de toiture et des possibilités d'implantation. © Kipopluie

Son dispositif comprend des cuves, un système de filtration breveté, un clapet de régulation et une gestion connectée de l’eau (Kipovision). L’installation est dimensionnée en fonction des usages, des toitures, de l'emprise possible et des données de pluviométrie sur les dix dernières années. Selon les cas, les cuves proposées sont en béton, en acier ou galvanisées.

« Aujourd’hui, il n’y a pas d’obligation mais juste un agrément à l’usage des eaux de pluie pour l’usage viticole », cadre Jacques Albert Roussel, directeur général de Kipopluie. « Le système de filtration doit être de grande capacité. Notre filtre est autonettoyant donc ne nécessite pas de consommable. Les débris sont éliminés vers l’exutoire. Grâce à une surpressurisation, l’eau peut être distribuée avec un débit de 5 à 6 m3/h et une pression de 4 bars », décrit le dirigeant.

Il avance un retour sur investissement de cinq à dix ans et un bdget de 20 000 à 50 000 euros pour « 70 % d’économie d’eau sur les usages techniques ».

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