Filière vitivinicole : ils gagnent du temps grâce à l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle n’est plus un concept ou un outil de luxe réservé à quelques initiés. Elle est désormais disponible pour tout un chacun et révolutionne déjà le quotidien de nombreux acteurs de la filière.
L’intelligence artificielle n’est plus un concept ou un outil de luxe réservé à quelques initiés. Elle est désormais disponible pour tout un chacun et révolutionne déjà le quotidien de nombreux acteurs de la filière.
L’intelligence artificielle (IA) peut servir à une multitude de tâches, de la sécurisation juridique à la rédaction d’e-mails, en passant par le résumé de réunions, la création de « pack shots » (1) ou encore la comparaison entre deux documents. Mais pour savoir à quelles IA avoir recours et quelles tâches automatiser, rien de tel que de procéder avec ordre et méthode. C’est ainsi que la cave bourguignonne de Lugny a cheminé et mis en place un audit. « Il visait à dresser un panorama des cas d’usage par service », décrit Stéphane Garrigue, le directeur général de la cave. À l’aide de la société Niji conseil, chaque département a listé les problématiques rencontrées, les tâches les plus chronophages, les activités les plus compliquées, ou encore les outils nécessaires pour être plus efficace. « Nous avons ensuite classé tous ces cas d’usage dans une matrice reprenant d’un côté la facilité de mise en place et de l’autre, le niveau d’impact », poursuit-il.
Flux Power Automate renseigne les métas dans la banque de photos non légendées
Une trentaine de cas d’usage ont été remontés. Certaines applications sont déjà déployées dans des services, à l’image de la qualité où Amélie Berthaire s’appuie sur Fireflies pour ses comptes rendus de réunion, ou sur ChatGPT pour générer ses formations HACCP. Ou encore de la communication, où Flux Power Automate aide à renseigner les métas (2) dans la banque de photos contenant des dizaines de milliers de clichés non légendés. « C’est également pas mal pour préparer des stratégies de négociation par produit, juge le directeur bourguignon. Nous avons un outil nommé Power BI, qui nous fournit des données qui sont ensuite traitées par IA. » De même, Copilot permet de résumer ou comparer des cahiers des charges, d’en lister les évolutions. Ou de faire une synthèse de newsletters réglementaires et juridiques.
D’autres applications sont encore en cours de réflexion à l’image d’un outil de création des plannings vendange. « Établir le planning pour la vendange du crémant nécessite une semaine de travail, avec des mises à jour quotidiennes, illustre Stéphane Garrigue. L’objectif serait d’avoir Power Automate et Google App Script qui créent des plannings et envoient des SMS aux viticulteurs. » Il souhaite aller encore plus loin avec une digitalisation de la carte vendange. « À ce jour, nous devons imprimer et découper 4 000 cartes par an, relate-t-il. La digitalisation serait un gain de temps. Sans compter qu’une carte dématérialisée serait plus facile à transmettre au chauffeur, éviterait les erreurs ou oublis et accélérerait les vérifications. »
Certaines technologies, comme l’analyse de schémas, ne sont pas encore matures
D’autres applications, à l’inverse, ont été abandonnées, faute de maturité technologique. C’est notamment le cas de la maintenance des appareils du chai. « L’objectif serait de stocker les incidents dans une base de données facilement interrogeable, dévoile le directeur. On prendrait une photo de l’appareil, l’IA trouverait son mode d’emploi, et analyserait automatiquement des schémas électriques de plusieurs pages pour identifier le problème ou comparerait avec des incidents similaires ayant déjà eu lieu dans le passé. Et bien sûr, elle enregistrerait le nouveau problème et sa résolution. Ce serait une façon de participer à la transmission du savoir-faire. Mais pour le moment, les capacités en analyse de schéma de l’IA sont insuffisantes. »
À la cave coopérative d’Estandon, à Brignoles, dans le Var, Philippe Brel, son directeur, a lui aussi participé au déploiement de l’IA, qu’il compare à un assistant ou à un stagiaire. Elle est notamment employée par le service des ressources humaines et juridiques, par la qualité, aux achats, etc. Elle diffuse actuellement chez les commerciaux et il estime qu’elle pourrait aussi faire gagner du temps à l’administration des ventes. « C’est un service où on passe beaucoup de temps à chercher la bonne information », indique-t-il. Et d’illustrer : « on peut recevoir des messages de type : 'je voudrais dix caisses d’Estandon rouge'. Mais de quel rouge s’agit-il ? » Dans ce cas, l’IA pourrait recouper avec l’historique de ce client, sortir les codes, les tarifs, et que le collaborateur n’ait plus qu’à relire un mail de confirmation.
« Il y a du travail avec peu de valeur ajoutée, mais qui est essentiel et chronophage, poursuit-il. C’est sur ce genre de choses que l’IA peut être intéressante. » Il imagine que dans le futur, l’IA aidera à la planification, à la gestion des stocks. « Les méthodes de planification de type DDMRP (3) sont peu déployées car il y a beaucoup de paramètres. Mais l’IA aidera à mettre ça en place à moindre coût, prédit-il. Nous aurons des outils de calcul du même niveau qu’Amazon, mais dans des PME. » Pour lui, l’IA permet d’éliminer beaucoup de freins dans le travail et de faire des choses compliquées rapidement.
L’IA un « sparring-partner » à qui renvoyer des idées
Mais l’intérêt de l’IA ne se limite pas à la robotisation de tâches fastidieuses. Elle peut également enrichir la réflexion. C’est en ce sens que Philippe Brel l’emploie. « Je m’en sers comme d’un partenaire pour des brainstormings, explique-t-il. Je lui demande des scénarios, des propales et ensuite je creuse. » Il emploie également l’IA générative pour écrire la trame de ses discours. « Dans les PME, tout le monde est à 150 % de temps de travail. L’IA permet d’aller plus loin, de dégager du temps de cerveau pour des tâches à valeur ajoutée, pour améliorer la qualité de la production, la réflexion, l’orientation des choix. Mais nous n’avons pas licencié qui que ce soit », conclut-il.
Nous aurons des outils de calcul du même niveau qu’Amazon, mais dans des PME.
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