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Le compost végétal, une solution bon marché pour un travail de fond

Dans la pratique, les apports de matière organique sous forme végétale se résument souvent à un choix assez restreint : du compost de déchets verts ou de sous-produits issus de la viticulture. Voici l’intérêt de ces fertilisants.

Le compost de marc a l'avantage de rapporter à la vigne une partie de ce qu'elle a perdu, dans l'optique de l'économie circulaire. © P. Cronenberger
Le compost de marc a l'avantage de rapporter à la vigne une partie de ce qu'elle a perdu, dans l'optique de l'économie circulaire.
© P. Cronenberger

L’offre en termes de matière organique 100 % végétale est assez limitée. Les vignerons n’ont guère le choix qu’entre des composts de déchets verts ou de sous-produits issus de la viticulture. Voire de pulpes de betterave et d’écorces. Il n’en demeure pas moins que ces fertilisants ont des atouts incontestables. À commencer une très forte stabilité de leur matière organique. C’est notamment le cas pour les composts de déchets verts, qui possèdent généralement un Ismo supérieur à 50. « Ils auront donc un effet sur le long terme », assure Jean-Yves Cahurel, de l’IFV. Il prévient néanmoins qu’il ne faut pas que ce compost soit trop riche en lignine, afin de ne pas avoir un rapport C/N trop élevé, les micro-organismes ayant besoin d’azote pour fonctionner. « Le mieux est de veiller à un équilibre entre lignine et herbes et/ou feuilles », poursuit l’expert. Il met également en garde contre certains arbustes, qui ont parfois une concentration élevée en éléments traces, tels que le plomb ou le cuivre. Ces apports ne sont bien évidemment pas souhaitables pour la vigne.

Favoriser l’économie circulaire

Le compost de marc possède lui aussi un Ismo élevé, mais apporte beaucoup plus de potassium que les déchets verts. « Peut-être trop à long terme », nuance Jean-Yves Cahurel. Malgré cela, cette dernière option revêt un intérêt certain, dans le cadre de l’économie circulaire et du fait de l’obligation de livrer ces marcs à la distillerie. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a orienté Vincent Chansault, directeur technique du Domaine de Gayda, à Brugairolles dans l’Aude, vers ce type d’apport. « J’apporte mon propre marc à la coopérative Cavale, à 5 km de chez moi, et un an après, je le récupère sous forme de compost, décrit-il. Je sais ce que je mets dans mes vignes, d’où cela provient, et je favorise le travail local. C’est une boucle qui se ferme. » Il apprécie également le fait d’apporter un volume conséquent, qui se voit dans ses sols de grès calcaires : auparavant, il travaillait avec des composts commerciaux sous forme de bouchons, à raison de 500 kg à 1 t/ha. À présent, il épand entre 3 et 5 t/ha. « On amène vraiment de la matière organique au sol, se réjouit-il, et non juste des unités de fertilisation. » Et ce, pour un prix similaire à celui des bouchons. « La matière première revient moins cher (entre 85 et 110 €/t livrées (compost biodynamique)), mais on a davantage de manutention et on doit louer un chargeur pour remplir l’épandeur », précise-t-il.

L’épandage, effectué en post-vendange, ne pose pas de problème particulier, puisque la coopérative prête des épandeurs pour faciliter l’opération.

Les déchets verts, peu onéreux

De son côté, Olivier Sauvaitre, vigneron charentais, travaille avec des déchets verts issus de déchetterie, qui sont stockés et compostés chez lui. « Pour cela, nous avons fait construire une plateforme de stockage en calcaire, à environ 15 €/m2 », indique-t-il. L’entreprise livre les déchets verts dessus, puis fait venir une société de broyage. Olivier Sauvaitre, quant à lui, doit remonter le tas au télescopique et le laisser vieillir. « Le compost est très léger au départ, remarque-t-il. Il faut vraiment attendre qu’il se décompose pour faciliter l’épandage. »

Il apporte environ 20 t/ha/an sur ses sols argilo-calcaires et argilo-siliceux, à l’aide d’un épandeur à fumier, en post-vendanges. « Et il n’y a pas photo, constate-t-il. Derrière, ça pousse bien. " Autre atout : ce compost de déchets verts est gratuit, même si son épandage est plus chronophage.

Thierry Martin, vigneron champenois basé à Janvry, apporte lui aussi des déchets verts dans ses parcelles, provenant de son exploitation et de jardiniers avoisinants. Il laisse les feuilles, l’herbe et le bois broyé en tas durant deux à trois ans, avec à la clé, un compost bien noir, ressemblant à du terreau. "Les vers de terre s’y installent naturellement et dégradent l’ensemble, constate-t-il. On obtient un amendement presque parfait." Et ce, gratuitement et sans rien faire !

Des vignes plus résistantes au stress hydrique

Il épand ce compost à raison de 2 m3/a, en post-vendange, et le complète avec du guano en mars-avril. "Mais à terme, nous souhaitons diminuer, voire arrêter ce dernier apport", signale-t-il. En l’espace de six ans, il a observé un changement de comportement de ses sols. "Contrairement aux composts animaux, il ne faut pas s’attendre à un effet coup de fouet. Les éléments se libèrent lentement dans les sols. Mais aujourd’hui, nos sols, et notamment nos sables, sont restructurés, avance-t-il. J’ai fait des fosses et il y a de nombreux vers de terre alors qu’il n’y a rien chez le voisin." De même, il note que ses vignes sont beaucoup plus résistantes au stress hydrique. Seul bémol, si la dose de compost est trop importante (3 à 4 m3/a) et le printemps pluvieux, il a ensuite du mal à rentrer dans les parcelles à l’enjambeur pour traiter. Par ailleurs, il a dû s’équiper d’un tracteur avec chargeur avant et d’un épandeur. Un coût qu’il ne juge pas prohibitif au regard du bénéfice retiré…

Éviter les cendres sur sols calcaires

Peu d’éléments existent sur l’intérêt des cendres en viticulture. Néanmoins, « les cendres apportent des éléments fertilisants ; majoritairement du potassium et du calcium, informe Jean-Yves Cahurel. En ce sens, il s’agit d’un engrais. » Les cendres sont particulièrement adaptées aux zones en manque de calcium. En revanche, elles sont à bannir des zones calcaires. La dose d’apport préconisée est faible : de l’ordre de 100 kg/ha maximum. Par ailleurs, les experts mettent en garde sur la qualité des bois brûlés, qui peuvent recéler des éléments traces, comme du cuivre ou de plomb. Blaise Leclerc, de l’Itab, recommande donc de travailler avec de la cendre de bois non traité.

Tout sur le compost

Le compost est obtenu suite à la décomposition aérobie « de déchets organiques biodégradables, d’origine végétale et/ou animale, sous l’action de populations microbiennes diversifiées », indique l’Itab.

Il est possible d’acheter un compost dans le commerce, chez un voisin éleveur, ou encore de le réaliser soi-même. Mais attention ! Il faut respecter certaines règles.

« Il y a deux facteurs limitants dans le compostage, prévient Blaise Leclerc : l’oxygène et l’eau. Il faut veiller au bon équilibre des deux, ce qui n’est pas facile. » Si l’eau est en excès, il y aura un risque de moisissure et la décomposition ne se déroulera pas convenablement. À l’inverse, si le tas est trop sec, le compost s’arrêtera.

Ainsi, un compost de déchets verts nécessitera plus ou moins d’arrosage : au printemps, il sera plus riche en herbe et donc humide. À l’inverse, à l’automne, il sera davantage composé de bois de taille, et nécessitera donc un apport d’eau dès le départ, afin de favoriser sa dégradation.

Pour un compost de fumier de bovin, il recommande deux retournements à 2 ou 3 semaines d’écart, et un maintien de la température à 50 °C durant trois semaines à un mois. Ainsi qu’un maintien du taux d’humidité aux alentours de 50 à 60 % grâce à un arrosage. « En revanche, dans les régions pluvieuses, il faut faire attention aux pertes de potasse, note-t-il. Dans ces zones, je recommande de couvrir le tas de compost. » Enfin, le taux de paille dans le fumier doit être suffisant (environ 6 à 8 kg/j/animal), sous peine d’avoir une aération insuffisante.

La durée de compostage varie selon l’objectif et le type de sol. « Si le but est d’entretenir ou d’augmenter le taux d’humus du sol, mieux vaut amener un compost mûr (environ six mois pour un compost de fumier de bovin), illustre Blaise Leclerc. La matière organique est alors plus stable. C’est également mieux pour les sols sableux. À l’inverse, si on souhaite avoir une action sur l’activité biologique du sol mais peu de composés humiques, le compost de fumier de bovin d’un mois sera parfait. »

Plusieurs réglementations régissent le monde du compostage. Les composts du marché doivent respecter la norme Afnor NF U 44-051. Et ceux provenant des stations d’épuration, interdits en vigne AOC, doivent répondre à la NF U 44-095. Par ailleurs, les plates-formes de compostage, au-delà d’une certaine taille, sont soumises à la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement.

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