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Des vins embouteillés dans du grès

Le grès s’est fait une place dans les chais. Désormais il séduit aussi pour embouteiller les vins. Certains producteurs y voient un prolongement de leurs choix d’élevage et une façon de se démarquer. La bouteille devient alors l’élément fort de l’identité visuelle de cuvées haut de gamme.

Le Château Lafitte, dans le Jurançon, a choisi le grès sur deux de ces cuvées pour son intérêt écologique, son process de fabrication étant a priori moins énergivore que le travail du verre en fusion. © R. Forquy
Le Château Lafitte, dans le Jurançon, a choisi le grès sur deux de ces cuvées pour son intérêt écologique, son process de fabrication étant a priori moins énergivore que le travail du verre en fusion.
© R. Forquy

Au même titre que l’étiquette, la bouteille lance un message au consommateur sur le vin et ceux qui le produisent. Récemment, plusieurs producteurs ont opté pour des bouteilles en grès, en écho aux pratiques mises en place au chai à travers l’élevage en amphore ou en jarre. Elles sont aussi parfois un clin d’œil à l’Histoire. « La clairette du Languedoc est le plus vieux cépage autochtone du Languedoc, daté du Ier siècle avant J.-C. On se plaît à penser que la clairette a voyagé dans des amphores, les bouteilles en céramique sont donc un hommage parfaitement cohérent à notre héritage viticole », explique Laura Coulon, responsable des relations presse chez Gérard Bertrand. Depuis 2019, le négociant propose sa cuvée Art de Vivre en blanc et en rouge dans des bouteilles faites d’argile et de silice. « Ça se faisait déjà beaucoup pour l’huile d’olive, mais nous avons constaté dernièrement un intérêt grandissant pour ce matériau de la part des producteurs de vins », commente Natacha Bichet, responsable marketing chez Vin et Terre, qui commercialise des bouteilles en grès depuis janvier dernier.

Une bouteille facturée autour de deux euros l’unité

Yohan Eynard, vigneron près de Bergerac, a choisi d'embouteiller sa cuvée haut de gamme dans du grès pour se démarquer, alors qu'il développe progressivement la vente en bouteilles. © Y. Eynard

La société girondine a également fait quelques essais avec la terre cuite, mais a déploré un taux de casse trop important. « C’est nettement plus fragile que le grès. Plusieurs échantillons envoyés par nos potiers italiens sont arrivés en morceaux », poursuit Natacha Bichet. D’après les calculs de Vin et Terre, compte tenu des pertes, une bouteille en terre cuite serait commercialisée 10 € l’unité, là ou celle en grès se vend aujourd’hui autour de 2 €. Séduit par l’esthétique de ces contenants encore peu répandus, Yohan Eynard, vigneron au Clos de Noël, dans le bergeracois, a fait l’acquisition de 150 bouteilles en grès destinées à accueillir sa cuvée haut de gamme élevée en amphore. « Non seulement ça fait écho à la façon dont le vin est travaillé, mais en plus ça attire l’attention des clients. Mon père vendait toute la production en vrac au négoce, or, depuis que j’ai repris le domaine en 2018, je cherche à développer la vente en bouteilles. C’est donc une bonne façon de me démarquer », expose-t-il. Lors de la mise en bouteille, Yohan Eynard a toutefois dû procéder à quelques adaptations. « Les réglages de la machine sont un peu différents de ceux pour une mise classique », note-t-il. S’il peut utiliser les mêmes bouchons que sur ses autres cuvées, il observe que le col est plus court. « Il faut recalculer la hauteur de l’espace de tête, et comme le grès est opaque, on est obligé d’y aller à tâtons », explique le vigneron. Yohan Eynard a mis en vente ses vins pour la première fois en août dernier, au tarif de 25 € prix propriété. Les bouteilles sont fournies avec un coffret en bois et une étiquette en papier recyclé. « Je cible une clientèle d’amateurs de vins, qui veut du vin à faire vieillir ou alors qui cherche un joli cadeau pour un proche », commente Yohan Eynard. Le Clos de Noël a immédiatement rencontré un certain succès, notamment auprès de la clientèle belge. « Je suis obligé de réguler les ventes si je veux qu’il m’en reste pour les salons de cet hiver », constate le vigneron.

A lire aussi : Optimiser le cirage de ses bouteilles

Une plus grande tolérance aux écarts de température avec le grès

Dans le Jurançon, au Château Lafitte, la ligne directrice suivie par Antoine Arraou, le vigneron, est à peu près similaire. « Le grès est un élément terreux qui renvoie directement à la vigne. Et comme les vins que j’y embouteille sont élevés en amphore, c’est à minima une démarche logique, au plus une démarche jusqu’au-boutiste », s’amuse le Béarnais. À noter qu’au domaine, la cuvée est proposée à la dégustation dans des verres… en grès. Le fait de ne pas voir la couleur du vin est parfois déstabilisant, mais l’expérience a le mérite d’être particulièrement marquante. Toutefois, c’est avant tout pour des raisons écologiques que le vigneron s’est tourné vers ce matériau. « Je me suis rendu compte que le process de fabrication du grès était moins énergivore que celui du verre. Les températures de chauffe utilisées pour que le verre entre en fusion sont supérieures à celles nécessaires pour mouler le grès », affirme le vigneron dont le fournisseur est allemand. Il estime par ailleurs que la plus forte inertie du grès est un atout pour la conservation de ses vins élaborés sans intrants. « Cela permet une plus grande tolérance sur les écarts de température lors du transport car le grès est moins conducteur que le verre. Et ça protège également les vins de la lumière », apprécie Antoine Arraou. Pour pouvoir commercialiser ses vins dans les contenants en grès, le vigneron en biodynamie a d’abord dû faire évoluer le cahier des charges international de son organisme certificateur. « Le cahier des charges Demeter stipule que les vins ne peuvent être vendus qu’en bouteilles en verre. À l’origine, c’était pour éviter les BIB et donc le plastique, ce qui était cohérent. Mais ils n’avaient pas pensé qu’il pouvait y avoir d’autres cas de figure », s’amuse le vigneron.

De belles retombées sur les réseaux sociaux

Gérard Bertrand, qui propose ses cuvées Art de Vivre sur tous les circuits de distribution, reconnaît que c’est auprès des restaurateurs et des cavistes que les ventes se développent le plus naturellement. « Mais c’est avant tout le profil des vins qui est apprécié de nos clients », indique Laura Coulon. La bouteille a aussi un réel atout gustatif : en plus de rappeler les amphores ancestrales, l’argile permet de conserver la fraîcheur. » La responsable évoque par ailleurs un effet marketing non négligeable, les consommateurs partageant volontiers des photos de ces bouteilles atypiques sur les réseaux sociaux.

A lire aussi : Le défi du réemploi des bouteilles de vin

voir plus loin

La seconde vie des bouteilles en grès

Une fois le vin consommé, qu’advient-il de ces bouteilles en grès ? La question est légitime. « Nos clients leur donnent une seconde vie, ils les recyclent en carafe d’eau, d’huile, en vase ou même en bougeoir », raconte Antoine Arraou, vigneron au Château Lafitte dans le Jurançon. Un constat partagé par Yohan Eynard, du Clos de Noël près de Bergerac. « Quand ils achètent la bouteille, les clients ont déjà en tête la façon dont ils pourront lui donner une seconde vie, observe-t-il. Sinon, ils peuvent tout à fait me les ramener ! » Ceux qui en auraient acheté des cartons entiers et ne savent plus quoi en faire peuvent se tourner vers une voie de recyclage peu connue mais bel et bien existante. « Le grès est beaucoup utilisé dans le secteur de la construction pour combler les trous ou pour les terrassements, indique Natacha Bichet. Il est d’ailleurs tout à fait possible de les déposer sur les chantiers. »

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