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Des tests simples pour connaître l’activité du sol

Sans avoir recours à des analyses de laboratoire, il existe quelques tests agronomiques simples qui permettent de donner une idée de l’activité biologique de ses sols.

© X. Delbecque

Ça aura été le buzz de l’année. Dans toute la France, des dizaines de viticulteurs ont enterré puis déterrés slips et culottes, suscitant étonnements et commentaires décalés sur les réseaux sociaux et parfois même dans les journaux régionaux. Avec le test du sachet de thé et le bait lamina, c’est l'un des moyens simples d’enquêter sur le fonctionnement de ses sols. « Ces tests ont tous la même logique : il s’agit d’enterrer quelque chose et de regarder la dégradation », explique Marie-Pascale Couronne, de la chambre d’agriculture de la Drôme. Ce sont des expérimentations peu coûteuses comparées à une analyse biologique de laboratoire, qui peut atteindre 1 500 euros. 

S’ils ne permettent pas de déterminer la quantité et la qualité des organismes en activité dans le sol, ces tests ont toutefois l’avantage de refléter une situation en conditions réelles. « Les analyses biologiques quant à elles sont réalisées dans des conditions contrôlées, et donnent une idée de l’activité du sol en conditions optimales », poursuit la technicienne. Ces tests se font plutôt au printemps et à l’automne, périodes favorables à la minéralisation, mais peuvent être réalisés en hiver pour évaluer le potentiel de base, ou l’été sur des parcelles irriguées.

Le test du slip

Le test du slip permet de visualiser la dégradation et la minéralisation de la matière organique du sol. Il donne une idée de la vitesse et de l’intensité du phénomène. C’est donc une mesure indirecte de l’activité biologique. « C’est un test qui est très parlant et beaucoup plus visuel que d’autres comme les litterbags, mais il est moins précis », explique Marion Casagrande. Les données n’étant pas interprétables en termes de valeur absolue, ce test est intéressant plutôt dans un usage comparatif entre deux sols, deux pratiques, deux parcelles… Il peut être également une première étape, un bon moyen de mettre en exergue un éventuel problème. « En première intention, on peut commencer par cela puis pousser les investigations avec des analyses plus coûteuses si le slip ne s’est pas dégradé », propose l’experte. 

Découvrez notre tuto ici : Sol viticole : comment effectuer le test du slip ? Vidéo tuto

Concernant la mise en œuvre, elle est on ne peut plus simple : il s’agit d’enterrer un slip en coton pendant 3 mois environ. Bien entendu, il est important de repérer l’endroit où le slip a été enterré et de choisir un endroit où il ne gênera pas pour la culture, mais qui soit représentatif du sol et de la pratique.

La chambre d’agriculture de la Drôme propose le protocole suivant : peser le slip et l’installer verticalement dans une tranchée de 10 à 5 cm de profondeur. Bien recouvrir et ne laisser dépasser que le haut de l’élastique. « L’installation verticale permet de voir si l’activité est la même sur toute la hauteur » commente Marie-Pascale Couronne. Laisser le slip enterré au moins 2 à 3 mois, puis le déterrer et le laver à l’eau claire. Le laisser sécher, peser à nouveau et constater le degré de dégradation. « L’idéal en vigne est d’en mettre un dans un rang, un dans un interrang et de faire une répétition », conclut la technicienne.

Le test du teabag

Harmonisé au niveau international, le test du teabag (sachet de thé) a été développé par une équipe d’universitaires aux Pays-Bas. Il est tout aussi bon marché et simple que celui du slip, si ce n’est qu’il nécessite une balance de précision (que l’on trouve notamment chez les pharmaciens). Grâce à une méthode standardisée, il permet de donner une idée relativement bonne de la vitesse de décomposition de la matière organique, et donc de l’activité biologique. Et plus précisément de l’activité microbiologique, puisque le maillage fin des sachets de thé empêche l’accès aux vers de terre. 

Il suffit pour cela de prendre des sachets pyramidaux en nylon type thé vert ou rooibos Lipton (le nylon est important pour que le sachet ne se dégrade pas), de les peser au centigramme près et de les mettre en terre en prenant soin de laisser sortir l’étiquette. Il est recommandé d’enterrer trois sachets par site pour obtenir un résultat statistique, dans les trous profonds de 8 cm et distants de 15 cm. Les sachets doivent être exhumés au bout de 90 jours. Il reste ensuite à les faire sécher, les ouvrir, retirer le reste de thé et le peser de nouveau.

Découvrez notre tuto ici : Sol viticole : comment mesurer l’activité biologique avec le test du sachet de thé ?

Sur le même principe, des chercheurs de l’Inra et l’ESA d’Angers ont mis au point le Levabag, utilisé dans le cadre du programme de recherche AgrInnov. Il s’agit d’un sachet en nylon comprenant des pailles caractérisées, envoyé puis récupéré par les scientifiques, qui étudient ensuite quel type de matière organique s’est dégradé. « L’intérêt de ce test est également de pouvoir se placer sur un référentiel français de valeurs observées en viticulture », estime Marion Casagrande. Il a toutefois un coût : 100 euros le kit, comprenant 3 Levabags.

Le protocole complet du test teabag est disponible sur teatime4science.org

Découvrez notre tuto ici : Sol viticole : comment mesurer l'activité biologique avec le test du LEVAbag ? 

Le test bait lamina

Moins artisanal, le bait lamina consiste à planter en terre un bâtonnet d’une dizaine de centimètres, perforé de 16 petits trous. Chacun de ces orifices est rempli d’un appât constitué d’un mélange de cellulose, de charbon actif et de son de blé. Quand on sort le bâtonnet, on regarde si les appâts ont été mangés ou non. « C’est un résultat binaire : si la cellulose a été dégradée on note 1, si le trou est toujours opaque on note O », indique Sophie Campiche, la scientifique suisse ayant développé le test. 

Découvrez notre tuto ici : Sol viticole : comment évaluer l’activité biologique de son sol avec le test Bait Lamina ? Vidéo tuto

L’avantage de ce dernier est qu’il est plus rapide que les autres : il ne demande qu’une quinzaine de jours. Des études ont montré qu’il cible plutôt l’action de la macrofaune, notamment les vers de terre. « Ce test est couramment utilisé en comparaison, constate Sophie Campiche. Mais on peut imaginer l’utiliser chaque printemps au même endroit pour vérifier la pérennité de son sol. » Dans l’idéal, la scientifique conseille de poser 8 ou 16 bâtonnets sur une surface de 30 cm2 avec 3 ou 4 réplicats sur la parcelle.

Les bâtonnets de test sont commercialisés au tarif de 3,20 euros pièce par EnviBioSoil sur envibiosoil.ch
 

Les tests de structure et de stabilité du sol

D’autres tests permettent d’avoir une idée de l’activité biologique en observant la cohésion des agrégats de sol. En effet, la stabilité et la vie du sol sont très liés puisque ce sont les organismes vivants qui sécrètent les molécules servant de liant pour le sol. 

Découvrez notre tuto : Sol viticole : comment observer la structure de son sol avec le test bêche ?

Parmi ces tests figure le test bêche, qui permet à la fois d’évaluer la structure du sol via l’observation d’un bloc de terre, mais aussi d’évaluer l’activité des macro-organismes. On y retrouve aussi différents types de tests de stabilité tels que le slake test consistant à plonger une motte dans l’eau et à regarder sa vitesse de désagrégation. Cela peut aussi prendre la forme d’un « drop test », où on lâche un bloc de sol depuis un mètre de haut pour étudier ensuite son éclatement.

Découvrez notre tuto : Sol viticole : comment évaluer le risque d’érosion et la structure avec le Slake Test ? 

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