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Conférences de la souveraineté alimentaire : quelles ambitions de reconquête se fixent les filières agricoles à dix ans ?

Au salon de l’agriculture, chaque grande filière agricole a présenté ce 24 février ses objectifs de production d’ici à 2035. Des ambitions de reconquête du coeur de marché qui nécessiteront une évolution de la réglementation et des fonds.

Présentation des premières conclusions des conférences de la souveraineté alimentaire au salon de l'agriculture.
Annie Genevard et les référents des sept groupes sectoriels ont présenté ce 24 février au salon de l’agriculture les premières conclusions des conférences de la souveraineté.
© Nathalie Marchand

« La situation est grave » insiste Annie Genevard, ce 24 février, au salon de l’Agriculture en introduction des premières conclusions des conférences de la souveraineté alimentaires lancées en décembre dernier. Et ce alors que l’excédent commercial agricole et agroalimentaire a presque « entièrement fondu l’an dernier ». « Cette alerte révèle des fragilités structurelles profondes et un décalage entre l’offre et la demande », poursuit la ministre de l’Agriculture. « Une situation grave mais pas désespérée » nuance-t-elle ensuite, se félicitant de la réactivité des filières interpelées pour construire une vision claire de leurs capacités de production à horizon 10 ans en tenant compte de la consommation, des contraintes climatiques et géopolitiques.

Lire aussi : « La guerre agricole nous menace » : que propose Annie Genevard pour réarmer l’agriculture française ?

« La situation est préoccupante mais le rebond est possible », commente pour sa part Ludovic Spears, coordinateur général des Conférences de la souveraineté alimentaire et ancien DG d’Agrial. « Tout le monde s’accorde à dire que nous avons un problème de compétitivité en amont mais aussi en aval par rapport à nos concurrents européens », poursuit-il. Face à cette situation, « il faudra faire évoluer la réglementation et se remettre à produire pour le cœur de gamme ». 

Au salon de l’agriculture, chaque référent de secteur présente ensuite les grandes conclusions des travaux.

Relire : Salon de l’agriculture 2026 : Emmanuel Macron ne renie pas son discours de montée en gamme de Rungis

Volailles, porc et œufs : 500 élevages à construire par an

En viandes blanches, le niveau de souveraineté demeure globalement satisfaisant pour 4 des 5 filières, qui restent proches de l’autosuffisance. « La photo est belle mais la vidéo se dégrade », souligne Christiane Lambert, présidente de la Fict et référente du groupe de travail. En poulet de chair, les imports représentent plus de 50 % de la consommation nationale. « A 18h il y a une rupture d’œufs tous les jours dans les magasins », ajoute l’ancienne présidente de la FNSEA. Pour reprendre la main, à dix ans, les filières estiment qu’il faudrait installer ou reprendre 500 élevages/an pour un investissement total (amont et aval) de 10 à 15 milliards d’euros sur 10 ans.

Par types de production, les objectifs de construction à dix ans sont de : 220 nouveaux poulaillers standard par an et 60 poulaillers Label rouge par an ; 70 poulaillers de pondeuses par an, 55 élevages de palmipèdes gras par an, 100 élevages de porc par an (y compris les reprises), et 30 élevages par an en lapin (y compris les reprises). 

Pour ce faire, les filières demandent de simplifier les autorisations administratives (pour une obtention en 1 an), et de mobiliser le Fonds Souverain agricole en régions. « Nous avons sollicité aussi quelques décideurs en région », indique Christiane Lambert. « Rendez-vous compte que dans certains départements, il n’y a pas eu de construction de bâtiments de volailles depuis 2 ans », ajoute-elle.

Lire aussi :  Il faudrait construire 2 200 poulaillers d’ici 2035 pour accompagner la croissance de la consommation de viande de volailles »

Redevenir exportateur net de farine

C’est au tour des grandes cultures. Si les filières de grandes cultures restent globalement exportatrices avec des taux d’autoapprovisionnement largement supérieurs à 100 %, l’ensemble des filières de grandes cultures connait au niveau de chacun de ses maillons un déficit de compétitivité intra-européen. « Notre secteur est paradoxal : nous exportons beaucoup de production brute mais nous passons souvent au deuxième rang pour des produits transformés », commente Christoph Büren, président de Vivescia, et référent du groupe.

A dix ans, la filière ambitionne de redevenir exportateur net de farine en remplaçant par exemple une partie des importations de farines en sachet en provenance d’Allemagne par des produits français. « Nous visons 200 à 400 000 tonnes de production de farine de plus en France » explique Christoph Büren. L’objectif de la filière est aussi de remplacer une partie de la consommation de pâtes importées d’Italie où elles sont fabriquées avec du blé dur français par des pâtes fabriquées en France avec du blé dur français. Elle vise une reconquête de 1 % de part de marché par an. La filière prévoit par ailleurs d’accompagner la demande croissante d’aliment du bétail (avec une hausse de production d’environ 1 Mt, soit 150 000 ha).

Lire aussi : Blé dur : le financement du Plan de souveraineté chute de 43 à 28 M€

Retrouver une production laitière de 24 milliards de litres de lait et développer l’engraissement

Les filières élevages ruminant sont globalement proches de l’autosuffisance (viande bovine, lait de chèvre) ou plus qu’autosuffisantes (lait de vache : 108 % en 2025 contre 115 % en 2015, lait de brebis : 105 %), à l’exception notable de la viande ovine pour laquelle la production domestique ne couvre que la moitié des besoins. Mais à long terme, si la tendance actuelle n’est pas enrayée, la perspective est à une franche dégradation de la production primaire par diminution du cheptel. Pour éviter cette décroissance, « nous préconisons la contractualisation pour maintenir des marges à chaque maillon », résume Damien Lacombe, ex-président de Sodiaal et référent du groupe de travail.

Pour la filière laitière, l’objectif est d’installer 2000 éleveurs par an, avance-t-il avec l’ambition de retrouver une production de 24 milliards de litres de lait et de reconquérir le cœur de gamme en développant notamment les fromages ingrédients et les coproduits. 

En viande bovine, « nous souhaitons le maintien des effectifs et le développement de l’engraissement (avec 80 000 bovins engraissés en plus d’ici 2030 et 200 000 ha de surfaces en herbe en plus) », poursuit-il.

En viande ovine, la feuille de route projette de regagner 1 million d’agneaux en plus d’ici 2028.  Pour le lait de brebis la feuille de route vise une production de 330 à 340 millions de litres. « Et en caprins, nous visons d’installer d’ici dix ans 500 à 600 exploitations », complète Damien Lacombe. 

Lire aussi : Conférence de la souveraineté alimentaire : que demande Interbev au gouvernement ?

La filière fruits et légumes envisage de gagner 5 points de souveraineté à 2030

La filière fruits et légumes a déjà planché il y a trois ans sur son plan de souveraineté. Malgré une capacité de production importante au sein du marché européen, le taux d’auto-approvisionnement français reste faible en fruits et légumes frais (hors pommes de terres), à 54 % (en moyenne 2021-2023) et 67 % en excluant la banane, les agrumes et les fruits exotiques.

La filière envisage de gagner 5 points de souveraineté à l’horizon 2030 et d’engager une dynamique pour atteindre +10 points à l’horizon 2035. 

Pour les pommes de terre, la filière table sur une progression de la consommation nationale hors domicile sous forme transformée (produits surgelés, chips, purée) et une augmentation de la demande en pommes de terre transformées : 0,7 à 1,2 millions de tonnes de pommes de terre (0,2 marché intérieur et 0,5 à 1 M export), sans augmentation de surface.

Lire aussi : Plan de souveraineté fruits et légumes au SIA 2023 : à quoi serviront les 200 millions d’euros ?

La filière vin doit s’adapter à l’évolution de la consommation

Confrontée à une baisse de la consommation des vins en France (qui pourrait encore reculer de 5 à 6 millions d’hectolitres d’ici à 2035) et à un essoufflement de la dynamique internationale, la filière vitivinicole estime que ses principaux défis à relever sont l’adaptation aux évolutions de la demande, la création de valeur et sa bonne répartition dans la filière, l’adaptation au changement climatique et la gestion des risques climatiques et sanitaires.

Les actions prioritaires pour la filière sont de développer des segments de produits complémentaires aux AOP / IGP (vins de France, vins aromatisés, autres produits innovants…), intégrer la demande des marchés dans la gestion du potentiel de production, développer une contractualisation pluriannuelle et équilibrée ou encore poursuivre les chantiers de simplification administrative et éviter les surtranspositions et améliorer la lisibilité réglementaire

Lire aussi : Comment mesure-t-on la souveraineté alimentaire de la France ?

Productions végétales spécialisées : doublement des surfaces de houblon et de lin envisagé

Pour les productions végétales spécialisées, le groupe de travail vise à dix ans : des augmentations de surfaces de 10 000 ha pour les plantes aromatiques et médicinales ou encore le doublement des surfaces cultivées en houblon passant de 724 ha en 2025 à 1 500 ha en 2035 et des surfaces cultivées en lin.
 

Et maintenant ?… La mise en œuvre de ces objectifs de production dans les territoires

« Une nouvelle étape s’ouvre désormais, et elle appartient aux territoires », conclut Annie Genevard à l’issue de la présentation de ces objectifs 

D’ici l’été, les préfets de région, les présidents de conseils régionaux et les chambres d’agriculture auront la responsabilité de décliner ces ambitions au plus près du terrain : enrichir les contributions nationales, identifier les leviers propres à chaque bassin de production, et faire émerger des projets structurants, associant l’amont et l’aval.

« La vraie bataille commence maintenant » prévient Annie Genevard qui invite les territoires à s’emparer de ces perspectives pour pousser les projets. « La souveraineté alimentaire ne se décrète pas depuis Paris », ajoute-t-elle. Et d’indiquer cette reconquête des capacités de production passera aussi par les Jeunes agriculteurs et leurs contrats d’avenir.

Lire aussi : « Nous voulons quelques milliers de contrats d’avenir signés d’ici la fin de l’année », demandent les Jeunes agriculteurs

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