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Conciliez traitements dans les vignes et abeilles

Depuis l’an dernier, l’arrêté Abeilles s’applique à la vigne. Voici ce qu’il faut en retenir pour cette campagne de traitement.

<em class="placeholder">Viticulture. Vigne enherbée. vesce, phacélie et moutarde un rang sur deux. Engrais vert. enherbement</em>
Les couverts végétaux en fleur doivent être fauchés ou broyés avant tout traitement sur la vigne.
© IFV Sud-Ouest

L’arrêté du 20 novembre 2021 vise à protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs lors de la floraison des cultures dites attractives. Si la vigne devait au départ en être exemptée, ce n’est plus le cas depuis la décision du Conseil d’État du 26 avril 2024. Voici donc ce qu’il faut savoir si vous ne souhaitez pas écoper des 150 000 euros d’amende et des six mois d’emprisonnement (peine maximale) prévus en cas de non-respect.

Que prévoit l’arrêté Abeilles pour la vigne ?

Le texte stipule que « l’application sur une culture attractive en floraison ou sur une zone de butinage d’un produit autorisé en vertu de l’article 2 est réalisée dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui suivent le coucher du soleil. » Lors de la floraison, tous les produits phyto : insecticides, fongicides, acaricides, adjuvants et herbicides autorisés durant la floraison doivent donc être passés autour du coucher du soleil. Et ce, qu’ils soient appliqués sous forme liquide, de poudre ou encore de badigeon.

Les produits bio sont-ils exclus de l’arrêté ?

Tous les produits phyto, qu’ils soient conventionnels ou bio, sont concernés par l’arrêté. Le document ministériel édité pour répondre aux questions sur le sujet précise en effet que « l’arrêté ne prévoit pas de dispositions spécifiques ou d’exemption pour les produits phytopharmaceutiques de biocontrôle, à faible risque ou autorisés en agriculture biologique ».

Seules les PNPP (préparations naturelles peu préoccupantes), qui ne sont pas considérées comme des produits phyto, ainsi que les pièges et diffuseurs de phéromones, échappent à ces restrictions. Mais même dans ce cas, « les bonnes pratiques recommandent d’éviter l’application sur les plantes de tout produit en présence d’abeilles », rappelle le ministère.

Comment est définie la période de floraison de la vigne ?

L’arrêté définit la période de floraison non pas par rapport au stade de la vigne (50 % des plantes en fleurs) mais sur la base de la période végétative allant de l’ouverture des premières fleurs à la chute des pétales des dernières fleurs.

Que faire en cas de couvert végétal en fleur ?

Lorsqu’un couvert végétal, qui constitue une zone de butinage, est présent, il doit être rendu non attractif pour les pollinisateurs préalablement à tout traitement insecticide ou acaricide, par broyage ou fauchage par exemple.

Quelles sont les dérogations possibles ?

Dans certaines situations, il est possible d’adapter les horaires de traitement prévus par l’arrêté. C’est le cas par exemple des luttes obligatoires fixées par arrêté (flavescence dorée), ou encore des traitements fongicides relevant d’une urgence (pas en préventif) liée au développement d’une maladie.

Pour recourir à cette adaptation horaire, le viticulteur doit consigner les horaires de début et de fin de traitement et le motif (ravageur diurne, traitement fongicide urgent ou lutte obligatoire) dans son registre phyto.

Avis d’expert : Tristan Roze des Ordons, conseiller viticole chez Phloème, en Gironde

« Il y a peu d’arrêtés autorisant les traitements de nuit dans les vignes »

 

 
<em class="placeholder">Tristan Roze des Ordons, conseiller viticole chez Phloème, en Gironde</em>
Tristan Roze des Ordons, conseiller viticole chez Phloème, en Gironde pointe la complexité de la mise en pratique de l'arrêté Abeilles sur le terrain. © T. Roze des Ordons

« Cet arrêté pose plusieurs problèmes concrets. Tout d’abord, certains produits ou mélanges sont désormais interdits sur vigne durant la floraison, à l’image des mélanges pyréthrinoïdes et IBS, du Pyrévert ou du nouveau produit Vinergy d’Adama. Dans ce dernier cas, l’interdiction est spécifiquement inscrite sur l’emballage.

Par ailleurs, les produits autorisés doivent être appliqués autour du coucher du soleil. En période de floraison de la vigne, le soleil se couche tard, ce qui revient donc à traiter de nuit. Or les traitements de nuit sont interdits, sauf dans le cas d’un arrêté dérogatoire. Mais très très peu de maires en prennent, et ce d’autant plus que ces arrêtés sont annuels.

Autre souci, la floraison de la vigne peut facilement s’étaler sur 15, 20 jours si on a des cépages différents, ce qui complexifie l’application de l’arrêté sur cette culture.

Enfin, les couverts végétaux en fleur doivent absolument être tondus avant tout traitement. En présence d’un trèfle, ce ne sera pas gênant, car il a une floraison précoce. Mais dans le cas d’un enherbement naturel, avec une diversité d’espèces, on se retrouvera forcément avec des pissenlits ou autres en fleur à la période des traitements. Le pire, ce sont les bandes fleuries dans les vignes, qui sont conçues pour attirer les pollinisateurs. Mieux vaut les mettre à côté de la vigne qu’en interrang. »

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