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Cornelis van Leeuwen, professeur de viticulture et d’écophysiologie à Bordeaux Sciences Agro
« Ces fortes températures accélèrent la phénologie de la vigne »

La vague de chaleur de la fin mai aura-t-elle des conséquences sur la vigne cette année ou l’année prochaine ? Cornelis van Leeuwen, professeur de viticulture et d’écophysiologie à Bordeaux Sciences Agro répond à nos questions.

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Cornelis van Leeuwen, professeur de viticulture et d’écophysiologie à Bordeaux Sciences Agro estime que les fortes chaleurs de ce mois de mai n'auront pas d'impact sur la vigne ou la vendange.
© Cornelis van Leeuwen

Quelles sont les conséquences physiologiques d’une vague de chaleur précoce pour la vigne ?

Cornelis van Leeuwen : La vigne est une plante méditerranéenne qui supporte très bien la chaleur et la contrainte hydrique. Des températures de 35-37 °C sont parfaitement supportables pour elle. Cela devient compliqué lorsque l’on dépasse 41-42 °C. Au-delà de 45 °C, il peut y avoir des brûlures des feuilles et des grappes. Mais jusqu’à ces températures, il n’y a aucun souci.

En revanche, ces fortes températures ont un impact sur la phénologie de la vigne. Le cycle est accéléré, ce qui laisse présager de vendanges précoces, à partir de fin août à Bordeaux.

Quel est l’impact potentiel sur la récolte ?

C. L. : Lorsque la chaleur arrive aussi tôt en saison, cela n’a pas d’impact sur la qualité de la récolte. Plus tard, cela affecte la composition aromatique des baies, avec des notes tirant davantage vers les fruits cuits et un peu moins vers les fruits frais. Mais ce n’est pas un défaut, c’est juste une modification de la typicité.

Quant au rendement, il ne devrait pas être impacté non plus, notamment à Bordeaux, car les précipitations ont été légèrement supérieures à la moyenne. Il n’y a donc aucune contrainte hydrique qui pourrait nuire au rendement.

Quelles répercussions cette chaleur peut-elle avoir sur la mise en réserve, l’initiation florale ?

C. L. : La vague de chaleur n’a aucune répercussion sur la mise en réserve ni sur l’initiation florale. Cette dernière se déroule durant la fleur. En l’occurrence, les conditions climatiques, à Bordeaux, ont été plutôt mitigées, avec un temps frais, couvert, de l’humidité et peu de luminosité. Or la faible luminosité a un impact négatif sur l’initiation, contrairement aux fortes chaleurs qui n’ont aucune conséquence. Dans les pays du nouveau monde où il y a des climats chauds, ensoleillés et de l’irrigation, il y a parfois des problèmes mais qui sont liés à la canopée qui ombrage trop.

Quelles mesures mettre en place pour limiter les impacts négatifs ?

C. L. : Il est possible de procéder à un léger effeuillage précoce à la nouaison, afin d’endurcir les baies. Les entrecœurs repousseront. Il ne faut pas trop exposer les grappes durant la maturation. Ce léger effeuillage a une autre vertu, celle de permettre une meilleure pénétration des produits phytos et donc une meilleure protection sanitaire.

On peut ensuite pratiquer des traitements avec de la kaolinite. C’est assez prometteur même si le produit étant lessivable, il faut renouveler les applications à la moindre pluie. Cela protège des brûlures.

À moyen terme, il sera peut-être intéressant d’employer des filets d’ombrage pour protéger la vigne, mais je ne connais pas la législation en vigueur. Et à long terme, l’agrivoltaïsme sera peut-être amené à se développer pour protéger la vigne, même si ce n’est pas très beau.

Quel est l'impact de ces températures sur les maladies cryptogamiques ?

C. L. : Je ne suis pas un spécialiste des maladies. On peut penser que le mildiou aimant les conditions plutôt fraîches et humides, il ne sera pas favorisé par ces températures, à l’inverse de l’oïdium qui affectionne la chaleur et l’humidité. C’est plutôt une bonne nouvelle car on perd rarement la totalité d’une récolte suite à une attaque d’oïdium.

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