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Pommes de terre : que réclament les producteurs en crise ?

Sécheresse, envolée des prix de l’énergie... très impactés, les producteurs de pommes de terre demandent plus de soutien pour sécuriser la production.

La filière française de la pomme de terre génère un chiffre d’affaires de près de 2 milliards d’euros, avec une balance commerciale positive.
© Véronique Bargain - FLD

« 2022 a été catastrophique pour les 15 000 producteurs qui ont cultivé 153 000 ha de pommes de terre », rappelle Geoffroy d’Evry, président de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT). Les canicules et la sécheresse de l’été ont réduit le rendement à 39 t/ha, le plus bas depuis 27 ans. Si la production pour le marché du frais, aux cycles plus courts et très irriguée, a moins souffert, celle pour l’industrie et encore plus la féculerie, non irriguée et dont le potentiel se fait en septembre, ont été très impactées. « Les rendements sont en baisse de 12 % en pommes de terre de consommation et 28 % pour la féculerie », indique Geoffroy d’Evry.

Au total, 6 millions de tonnes de pomme de terre de consommation ont été commercialisées, dont 1,2 Mt sur le marché du frais français, 1,4 Mt en frais export, 1,8 Mt en industrie export et 1,3 Mt pour l’industrie française, auxquelles s’ajoutent 1 Mt pour la féculerie. A la crise climatique se sont ajoutées, l’envolée des coûts des intrants dès fin 2021, puis l’explosion des prix de l’énergie. « Le stockage des pommes de terre pour le frais et l’industrie est très consommateur d’électricité, notamment avec les nouveaux anti-germinatifs qui exigent un pilotage très minutieux de la température », rappelle le président de l’UNPT.

A la hausse des coûts de production bord de champ de +30 %, s’ajoute donc celle du coût du stockage, passé en quelques mois de 9 €/t à 40-45 €/t. « La pomme de terre industrie, contractualisée à 83 %, est soumise à Egalim et les industriels ont pu en partie répercuter la hausse des coûts et revaloriser les contrats, précise Geoffroy d’Evry. Mais la chute des rendements a pénalisé les trésoreries. Et la féculerie n’a pas revalorisé la production ».

Une forte demande en pommes de terre pour l’industrie

La filière est donc très incertaine sur la fin de saison 2022-2023 et les assolements 2023. « Les industriels honorent leurs contrats, mais achètent très peu sur le marché libre, constate Geoffroy d’Evry. La fin de saison risque d’être tendue. Et pour la suite, dans un contexte incertain, nous ne savons pas si les producteurs choisiront de continuer la pomme de terre ou s’ils arbitreront pour d’autres cultures ». En parallèle, la demande, après le trou d’air de la crise Covid, est en forte augmentation. « La consommation de pomme de terre en France est de 52 kg/an, dont 32 kg sous forme transformée, principalement frites et chips. Et la demande est en forte hausse, avec la création d’une usine à Dunkerque par Clarebouts Potatoes, les ambitions de développement d’Aviko, de McCain, l’essor de la filière chips avec Vico et Altho… Il faudrait 2 Mt supplémentaires. Nous devons au moins maintenir les surfaces et si possible accompagner l’augmentation de la demande ».

La filière pommes de terre appelle la GMS à modérer ses marges

L’UNPT demande aussi l'extension du bouclier tarifaire à tous les producteurs de pommes de terre destinées à l’alimentation humaine, la poursuite du soutien à la rénovation des bâtiments de stockage et des facilités d’installation de panneaux photovoltaïques pour l’autoconsommation. Elle appelle aussi la GMS à modérer ses marges sur le frais, non soumis à Egalim, pour que la pomme de terre reste accessible à tous. « Il ne s’agit pas de brader le produit. Mais si les producteurs n’ont pas de prix rémunérateurs sur le frais, nous craignons des transferts vers l'industrie, plus sécurisée et moins exigeante ». Enfin, les producteurs demandent au gouvernement que les aides couplées à la pomme de terre féculière passent de 78 €/t à 500 €/t. « Le marché de la protéine est actuellement très porteur. Mais si des producteurs arrêtent, ils ne reviendront pas en arrière ».

« La France doit garder sa place de 3e producteur européen et premier exportateur mondial de pomme de terre », estime Geoffroy d’Evry, président de l’UNPT.

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