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Pollution à l’ammoniac en Bretagne : l’ONG Splann vise l'élevage intensif

La Bretagne occuperait la 1re place en matière d’émissions d’ammoniac au niveau national. C’est ce qu’affirme le rapport publié le 14 juin par Splann, une association bretonne à but non lucratif créée en 2021 qui mène des enquêtes journalistiques. L’organisation tient l’agriculture pour principale responsable de cette pollution de l’air à l’ammoniac et dénonce les écueils des politiques de réduction.

Ramassage des algues vertes en baie de Saint-Michel-en-Grève.
© Stéphane Leitenberger (archives)

Splann, mot breton, peut se traduire par clair. C’est pour revendiquer le besoin de clarté que ce media qui se décrit comme « la première ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne » a choisi de prendre ce nom. L’association à but non lucratif a été créé en février 2021. Son modèle et parrain est Disclose.

Ce lundi, le media publie sur son site et sur celui de Mediapart les résultats d’une enquête consacrée à la pollution de l'air à l'ammoniac en Bretagne. L’élevage intensif est accusé d’être responsable des émissions de ce gaz NH3 qui contribue à la formation de particules fines dans l’air et qui serait la « deuxième cause de mortalité évitable dans le pays », peut-on lire dans la présentation du rapport. Globalement, « ce gaz est issu à 95 % de l’activité agricole, » affirme le media d’investigation.

Sous le titre « Bretagne : bol d’air à l’ammoniac », les journalistes qui ont mené l’enquête constatent que « la Bretagne va dans le sens inverse des directives européennes ». Pour eux, « la pollution à l’ammoniac pourrait encore s’aggraver ».

Outils de surveillance et politiques publiques de « régulation sous-dimensionnés »

L’étude comporte trois volets.

Le premier s’intitule « la Bretagne, malade de l’ammoniac » et dresse le constat d’une région qui ne couvre que 5 % de l’Hexagone mais qui serait classée par Air Breizh, à qui incombe la surveillance de la qualité de l’air en Bretagne, en tête des régions émettrices d’ammoniac. La carte présentée montre une carte de France où la Bretagne est couverte d’une multitude de points d’émissions.

Le volet 2 intitulé « Industriels et collectivités roulent plein gaz pour l’ammoniac » dénonce l’attitude des collectivités et du système agroalimentaire vis-à-vis des rejets de NH3. Une carte interactive de Bretagne est publiée qui montre les émissions déclarées en 2019 par les exploitations agricoles et les usines soumises à la Directive relative aux émissions industrielles (IED). « Des données partielles, » précise cependant le media : « pour les exploitations agricoles, seuls les porcheries de plus de 2000 têtes et les poulaillers de plus de 40 000 emplacements sont concernés, pas les élevages bovins ». De plus « certains industriels ne respectent pas leur obligation de déclaration ».

Trois sources d’émissions sont visées. En premier lieu, les élevages, notamment hors sol, responsables en particulier de l’épandage du lisier. L'association indique que « 58% du cheptel et de la production porcine française » sont concentrés sur 5% de la SAU nationale. La production et l’utilisation d’engrais azotés sont également montrées du doigt ainsi que les digestats issus de la méthanisation.

Pour l’association, « les outils de surveillance bretons et les politiques publiques de régulation de ce polluant restent sous-dimensionnés ». Et elle dénonce un sujet « passé sous silence ». Pourtant l’Union européenne a imposé en 2016 une directive pour réduire les émissions d’ammoniac et des particules fines d’origine agricole. En France, des orientations nationales ont été fixées.  « La France devait les réduire de 13 % d’ici à 2030… ce qui semble mal engagé en Bretagne, » observent les enquêteurs. « Certaines mesures jugées efficaces par la profession agricole sont rarement appliquées, car trop coûteuses», écrivent les journalistes, évoquant des dérogations préfectorales. Les auteurs estiment que la région ne se dirige pas vers une réduction. Au contraire, « c'est le chemin inverse qui est pris ».

Le troisième volet n’est pas encore publié. Il sera « bientôt en ligne » promettent les auteurs de l’étude.

L’une des co-fondatrices du media Splann est la journaliste bretonne Mogan Large, victime au mois d’avril, d’actes de malveillance. Lire aussi « En Bretagne, un acte de malveillance contre la journaliste Morgan Large »

Lire aussi « Algues vertes : la Bretagne doit prendre de nouvelles mesures réglementaires »

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