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Un bon démarrage, premier levier de démédication

Les vétérinaires de Chêne Vert Conseil réalisent des audits de démarrage en volailles de chair. Dans un contexte de réduction des antibiotiques, cette phase critique de l'élevage est devenue un point clé de la santé animale.

Il est 7 heures à Guilliers dans le Morbihan. Thierry Duval achève la préparation de son poulailler de 1220 m2 à l'arrivée de poussins de souche lourde sexés. Anouk Dronneau, vétérinaire de Chêne Vert Conseil, traverse le bâtiment de long en large, décompte, positionne ses instruments de mesure, observe ... et remplit sa grille d'audit du démarrage. Il se déroule en trois phases.
La première a lieu durant les deux heures précédant l'arrivée des poussins, le temps de mesurer une cinquantaine de critères. Anouk Dronneau accorde beaucoup d'importance au confort thermique : elle mesure notamment l'homogénéité de la température d'ambiance, la température sous les radiants mais surtout la température de la litière. « C'est un facteur très déterminant dans la réussite du démarrage.» Ici, la température, prélevée en différents points à l'aide d'une sonde introduite dans le tiers supérieur de l'épaisseur de litière, varie entre 26,5 et 28,5°C. « C'est un peu juste, l'objectif avec un sol en terre battue est d'atteindre 28°C. Pour y arriver, le temps de mise en chauffe doit être d'au moins 48 h en été et de 72 h en hiver. » Sur ce lot, Thierry Duval reconnaît avoir démarré la mise en chauffe plus tard que d'habitude (36 h). « L'air ambiant arrive très vite à température mais l'inertie pour chauffer les matériaux est bien plus importante », constate-t-il. La vétérinaire mesure également les teneurs en gaz. Le taux d'oxygène s'avère insuffisant (20,2% au lieu de 20,6%) et le taux de CO2 dépasse 3000 ppm, indiquant que le bâtiment statique n'est pas suffisamment ventilé. Mis en route la veille, les trois échangeurs de chaleur du poulailler statique ont en effet été coupés durant la nuit. « Une erreur fréquente est d'attendre l'arrivée des poussins pour ventiler. Les gaz liés à la combustion doivent être évacués (CO et CO2)." Des sondes mal étalonnées peuvent être préjudiciables au bon fonctionnement de la ventilation. Ici, elles sont bien positionnées à hauteur des animaux. Par contre, la sonde d'hygrométrie est très décalée (plus de 20% d'écart). Probablement hors service, elle devra être remplacée.
Pour stimuler l'activité des poussins, la luminosité devrait atteindre 40 lux, ce qui est peu souvent observé en pratique. La vétérinaire mesure en détail le matériel d'alimentation (comptage des assiettes, réglage, surface de papier, mise à disposition de l'aliment) et le matériel d'abreuvement (nombre de pipettes, réglage des lignes, débit d'eau). Un endoscope permet d'apprécier visuellement l'hygiène des canalisations. « Au démarrage, les consommations d'eau sont peu élevées. Une purge une à deux fois par jour permet de maintenir une eau fraîche et limite le développement bactérien.» « Pendant les 24 premières heures, précise l'éleveur, j'ajoute deux à trois fois de l'aliment frais sur le papier et les alvéoles pour stimuler la consommation. Le papier est retiré à 3 jours.»

9 heures : le camion de poussins arrive au bâtiment. L'éleveur est accompagné de trois personnes afin de décharger les caisses, dans les meilleurs délais afin que le poussin ne se refroidisse pas. Cette deuxième phase d'audit consiste à observer les méthodes de déchargement et la qualité du poussin. Anouk mesure la température dans le camion. Elle pèse individuellement une centaine d'individus pour mesurer l'homogénéité du lot. « Le poids moyen est un peu élevé et le coefficient de variation atteint 6,8% sur les femelles et 7,2% chez les mâles. » Les poussins sont déversés directement sur les deux bandes de papier centrales, ce qui est favorable. « Il faut éviter de répartir les poussins uniquement près du long pan où a eu lieu le déchargement. Les poussins mettent plus d'une demi-journée à traverser le bâtiment.»

16 heures : la deuxième visite vise à évaluer le comportement des poussins. Ceux-ci sont bien répartis sur les quatre longueurs de papier et autour des pipettes. La vétérinaire palpe les jabots : 95 poussins sur 100 ont déjà bu et mangé. Suite à la modification des paramètres de ventilation réalisée dans la matinée, le taux d'oxygène est devenu conforme. Par contre la température de litière est encore faible par endroit. Pendant la journée, Thierry Duval a réajusté régulièrement la hauteur et la pression des lignes d'eau (le débit de 60 ml par minute est conforme). « On ne peut vraiment finaliser les réglages qu'en présence des animaux », souligne-t-il.

À 7 jours d'âge, Anouk reviendra pour peser une centaine d'individus et calculer l'homogénéité du lot. « Le taux de mortalité (inférieur à 1% à 7 jours) n'est pas le seul critère pour qualifier la réussite d'un démarrage. Il faut aussi s'intéresser à l'augmentation du coefficient de variation entre 0 et 7 jours (inférieur à deux %), à l'augmentation du poids et à l'absence de traitement antibiotique."
L'éleveur et son technicien recevront une synthèse des différents points et des recommandations d'actions à court et moyen termes. Malgré tout le soin apporté au démarrage, l'audit a permis de mettre en avant quelques points à améliorer notamment la durée de préchauffage, la ventilation, l'étalonnage des sondes et le réglage du débit des pipettes. « Avec le temps, on prend de mauvaises habitudes sans forcément s'en rendre compte », souligne l'éleveur. « Cet audit permet de réaliser à quel point la réussite du démarrage est liée à une somme de critères à respecter. »

Pour en savoir plus, voir aussi article " La réussite du lot se joue dès le démarrage "

et " L'audit identifie les pratiques à risque et les facteurs de réussite ".

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