« La performance en agriculture est encore trop souvent uniquement jugée à l’aune du volume de production », alertent dix agronomes
Un collectif de dix agronomes publie une tribune intitulée « La transformation de notre agriculture est possible ». L’Association française d’agronomie (AFA) apporte son soutien à cette contribution et en assure aujourd’hui la diffusion.
Un collectif de dix agronomes publie une tribune intitulée « La transformation de notre agriculture est possible ». L’Association française d’agronomie (AFA) apporte son soutien à cette contribution et en assure aujourd’hui la diffusion.
L’Association française d’agronomie (AFA) a choisi de soutenir et de relayer sur son site une tribune intitulée « La transformation de notre agriculture est possible » signée par un collectif de dix agronomes. « Les choix de politique agricole faits dans les années 1960, axés sur la production et la transformation agricole, doivent aujourd’hui être revus au regard des évolutions du climat, de la dégradation de la biodiversité et des sols, du droit fondamental d’accès de tous à une alimentation de qualité et des enjeux territoriaux, en particulier sur le plan social » écrivent-ils. Les signataires de cette tribune sont à la fois membres de l'Association française d'agronomie et de l'Académie d'agriculture de France. Il s'agit de : Marianne Cerf, Michel Duru, Marie-Hélène Jeuffroy, Antoine Messéan, Jean-Marc Meynard, Bertrand Omon, François Papy, Philippe Prévost, Guy Richard, Jean-Marie Seronie.
« L’allègement des normes et la focalisation sur la seule innovation technologique, ne sont pas suffisantes »
« La recherche du maintien du statu quo actuel par certains lobbies ne fait qu’accélérer la disparition des exploitations agricoles au seul profit d’une agriculture de « firmes » capable d’affronter le marché mondial. Les citoyens souhaitent un environnement sain et une alimentation de qualité, et la plupart des agriculteurs ont pour demande essentielle de pouvoir vivre dignement de leur métier » poursuivent les agronomes qui « considèrent que les réponses politiques actuelles, notamment l’allègement des normes et la focalisation sur la seule innovation technologique, ne sont pas suffisantes ». Les auteurs identifient trois conditions majeures pour engager réellement la transformation agricole.
Restaurer l’autonomie des exploitations agricoles
Il faut tout d’abord restaurer l’autonomie des exploitations agricoles, estiment les auteurs. « La performance en agriculture est encore trop souvent uniquement jugée à l’aune du volume de production, sans interroger l’impact que la taille de l’exploitation, la spécialisation et le volume de produits par travailleur ont sur la valeur créée, la dépendance aux achats d’intrants, les conditions de travail, la résilience et les impacts territoriaux », écrivent les dix agronomes. Selon les dix eux, la recherche exclusive de volumes de production et de compétitivité internationale a conduit à une dépendance accrue aux intrants, au crédit, aux technologies et aux marchés mondiaux.Ils affirment que les travaux agronomiques montrent pourtant qu’un renforcement de l’autonomie technique et économique des fermes est une condition essentielle de leur résilience climatique et économique.
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Intégrer les coûts cachés et prendre en compte les services écosystémiques
Les auteurs estiment ensuite qu’il faut intégrer les coûts cachés et prendre en compte les services écosystémiques. Selon eux, les comparaisons entre modèles agricoles omettent encore trop souvent les effets indirects (pollution des eaux et des sols, impacts sanitaires, vulnérabilité climatique) et les bénéfices non valorisés (qualité des sols, biodiversité, décarbonation, qualité alimentaire).
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Changer les règles du jeu du système agroalimentaire
Les signataires pensent enfin qu’il faut changer les règles du jeu du système agroalimentaire Ils soulignent que la spécialisation, l’intensification et la compétitivité ont structuré l’ensemble du système sociotechnique agricole (formation, conseil, financement, recherche, filières). Pour eux, sans évolution cohérente des règles qui ont prévalu dans l’organisation de ce système, les alternatives existantes peinent à se diffuser. Une nouvelle politique intégrant agriculture, environnement, alimentation et santé est désormais indispensable, estiment-ils.
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L’Association française d'agronomie appelle à un débat citoyen
Considérant que cette tribune constitue « une contribution scientifique et citoyenne essentielle au débat public », l’AFA appelle à un débat citoyen fondé sur un diagnostic approfondi des racines de la crise, la prise en compte des impacts directs et indirects ainsi que la construction d’un nouveau pacte agricole et alimentaire.
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