Traitement phytosanitaire de nuit : les six points clés de réussite
Les conditions d’hygrométrie, de vent et de température sont souvent plus favorables la nuit, permettant des pulvérisations de meilleure qualité. Mais intervenir après le coucher du soleil impose aussi certaines précautions pour rester efficace.
Les conditions d’hygrométrie, de vent et de température sont souvent plus favorables la nuit, permettant des pulvérisations de meilleure qualité. Mais intervenir après le coucher du soleil impose aussi certaines précautions pour rester efficace.
Traiter de nuit s’est imposé dans de nombreuses exploitations, notamment dans un contexte de changement climatique. Les conditions sont souvent plus favorables et permettent d’optimiser l’efficacité de la pulvérisation.
Quelles conditions météo optimales pour pulvériser de nuit ?
La réussite d’une pulvérisation repose sur une combinaison de facteurs plus souvent réunis la nuit, notamment au printemps, explique Guillaume Ripoll, gérant de l’ETA Ripoll dans le Tarn, qui réalise 80 % de ses pulvérisations de nuit. « Intervenir de nuit permet de gagner en efficacité, confirme Claire-Lise Lévèque, conseillère grandes cultures à la chambre d’agriculture de l’Yonne. L’hygrométrie est souvent optimale, supérieure à 60 %, ce qui limite la volatilisation des gouttelettes et améliore l’hydratation de la surface foliaire. »
Ces conditions sont particulièrement intéressantes en bas volume : « Cela peut permettre de réduire la volumétrie d’eau dans la bouillie et donc de gagner un peu en hectares traités avec les mêmes volumes », précise la conseillère.
Autre atout, le vent est souvent plus faible la nuit. « Il est plus facile d’avoir un vent inférieur au seuil réglementaire de 19 km/h (arrêté du 12 septembre 2006), indique Pierre-Emmanuel Marchand, technicien machinisme à la chambre d’agriculture Charente-Maritime Deux-Sèvres. Pulvériser par vent faible permet de limiter la dérive des gouttelettes et de conserver une répartition homogène du produit. » Enfin, traiter de nuit permet d’éviter les fortes températures. L’absence de soleil limite les risques de brûlures foliaires, notamment avec certains adjuvants.
Mais la pulvérisation nocturne présente aussi un risque spécifique, l’inversion thermique. Pierre-Emmanuel Marchand explique que ce phénomène, fréquent en soirée et au lever du jour par ciel dégagé, correspond à un refroidissement de l’air au niveau du sol, sous une couche d’air plus chaud. Les fines gouttelettes restent en suspension dans cette couche froide et même des vents très faibles suffisent à faire glisser cette masse d’air horizontalement, parfois sur de longues distances. Pour détecter ce phénomène, il faut faire deux relevés de température (à 10 cm du sol et 3 mètres), explique le technicien. Si la température au sol est supérieure à celle à 3 mètres, il est préférable de différer l’intervention.
Quels types de produits phytosanitaires se prêtent particulièrement à une application nocturne ?
Benjamin Perriot d’Arvalis rappelle que l’hygrométrie joue un rôle clé dans l’efficacité des produits systémiques, qui doivent pénétrer dans la plante en traversant la cuticule des feuilles. Cette membrane cireuse devient plus perméable lorsque les conditions sont « poussantes » : hygrométrie élevée (> 70 %) et températures douces (entre 6-7 °C et 25 °C) après application. En sortie d’hiver, ces conditions peuvent être réunies toute la journée. En mai-juin, elles sont surtout présentes le matin et la nuit. En soirée, la plante reste marquée par le stress thermique de la journée et est moins réceptive. Il est donc recommandé d’appliquer les produits systémiques en fin de nuit ou en début de matinée.
À l’inverse, les produits de contact sont moins sensibles aux conditions hygrométriques, mais restent dépendants de la qualité de couverture de la pulvérisation.
Quels équipements sont préconisés concernant l’éclairage pour traiter de nuit ?
Pour Guillaume Ripoll, « l’éclairage est le point important. Il faut être équipé en phares et en éclairages sur la rampe ». Claire-Lise Lévèque insiste : « une des conditions indispensables pour traiter de nuit est d’avoir un éclairage spécifique sur la rampe. Cela permet de vérifier son bon fonctionnement, de détecter des buses bouchées. Si la pulvérisation est éclairée uniquement par les phares du tracteur, l’agriculteur verra plus difficilement ce qu’il fait. » Les pulvérisateurs récents sont souvent équipés de LED éclairant la rampe ou chaque buse. Sur les modèles plus anciens, « c’est quelque chose de facile à adapter et peu coûteux », rappelle Pierre-Emmanuel Marchand.
Se repérer dans la parcelle est également plus délicat la nuit. « Il y a beaucoup de choses que l’on voit moins bien », souligne Pierre-Emmanuel Marchand. Il peut donc être très utile d’être équipé d’un GPS, ajoute Claire-Lise Lévèque. Enfin, comme de jour, un système d’alerte météo connecté à des stations locales est un atout pour anticiper les variations de vent ou d’hygrométrie, rappelle Guillaume Ripoll.
Comment contrôler la qualité d’une pulvérisation de nuit ?
Claire-Lise Lévèque constate que les agriculteurs contrôlent rarement le résultat de leurs pulvérisations, en raison de la nature des produits (incolores) et de l’impossibilité réglementaire de descendre de la cabine pendant ou juste après un traitement. Les principaux outils restent le papier hydrosensible, qui permet de visualiser la répartition des gouttes, et les marqueurs fluorescents, notamment utilisés lors de démonstrations nocturnes.
De manière générale, les réglages du pulvérisateur (vitesse, pression, choix des buses) restent identiques de jour comme de nuit. Pierre-Emmanuel Marchand insiste toutefois sur un point : « de nuit, on détecte moins facilement les problèmes et c’est aussi plus problématique de tomber en panne ». D’où l’importance de vérifier le matériel en amont, en particulier l’éclairage et la signalisation.
Que dit la réglementation concernant un traitement de nuit ?
En France, aucun texte n’interdit ni n’encadre spécifiquement les traitements phytosanitaires nocturnes. Les règles habituelles s’appliquent : respect des conditions d’emploi des produits, des distances de sécurité vis-à-vis des habitations et des points d’eau, ainsi que des mesures de protection des riverains. Des dispositions locales peuvent toutefois préciser certaines pratiques. « Dans l’Yonne, la charte riverains dit que les agriculteurs doivent laisser leurs gyrophares quand ils appliquent des produits phytosanitaires, de jour comme de nuit », indique Claire-Lise Lévèque.
Quels sont les impacts d’un traitement de nuit sur la faune ?
Traiter de nuit réduit l’impact sur les insectes pollinisateurs et les auxiliaires des cultures, explique Claire-Lise Lévèque. C’est d’ailleurs l’objectif de l’arrêté pollinisateurs du 21 novembre 2021 (« arrêté abeilles »), qui limite les applications sur cultures attractives à des plages horaires précises : dans les deux heures avant le coucher du soleil et les trois heures suivantes.
En revanche, la faune nocturne est davantage exposée. « La nuit, les carabes, petits et gros gibiers, sont plus présents », souligne Claire-Lise Lévèque, avec des impacts globalement négatifs d’une pulvérisation à ces moments-là.